Le président américain a publié lundi 7 septembre sur Truth Social une carte où la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Martin, Saint-Barthélemy et Saint-Pierre-et-Miquelon apparaissent sous le drapeau des États-Unis, aux côtés de la quasi-totalité de la Caraïbe, et sans un mot d'explication.
Publiée le lundi 7 septembre 2026 sur son réseau Truth Social, la carte diffusée par Donald Trump recouvre de la bannière étoilée une large partie de l'Amérique du Nord et de la Caraïbe, l'ensemble étant simplement légendé « United States of America ». Cinq territoires français y figurent : la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Martin, Saint-Barthélemy et Saint-Pierre-et-Miquelon, au large du Canada. Le président des États-Unis n'a assorti sa publication d'aucun commentaire permettant d'en préciser le sens, et la Maison-Blanche n'a pas indiqué que le visuel correspondait à une quelconque proposition officielle. Plusieurs médias américains décrivent une image générée par intelligence artificielle, dont l'origine reste indéterminée.
Le périmètre caribéen est large. Outre les quatre territoires français des Antilles, la carte englobe Cuba, Haïti, la République dominicaine, la Jamaïque, les Bahamas, les îles Turques-et-Caïques et les îles Caïmans, ainsi que Porto Rico et les îles Vierges américaines, déjà sous souveraineté des États-Unis. Elle s'étend au Canada, au Mexique, au Groenland, à l'Islande et à une partie de l'Amérique centrale, avec le Guatemala, le Belize, le Salvador et le Honduras. Selon Newsweek, plusieurs territoires du sud de l'arc antillais n'apparaissent pas sur l'image : Trinité-et-Tobago, Aruba, Bonaire et Curaçao. Le golfe du Mexique y porte la mention « Gulf of America », appellation retenue par l'administration américaine dans ses usages officiels fédéraux.
Cuba répond, Haïti et la Jamaïque se taisent
Dans la Caraïbe, la première réaction officielle est venue de La Havane. Le président cubain Miguel Díaz-Canel a affirmé mardi sur X, sans nommer explicitement la publication, que son pays connaît le sens du mot colonie pour l'avoir été de deux empires, et que le sang versé pour l'indépendance et la souveraineté ne l'aura pas été en vain. Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez, a répondu sur le mode ironique, jugeant que le gouvernement américain finirait par rendre ses propres citoyens géographiquement désorientés. À la date du 8 septembre, aucune réaction officielle n'avait en revanche été relevée du côté d'Haïti, de la République dominicaine ou de la Jamaïque.
Hors de la Caraïbe, les protestations ont été plus rapides. L'Islande a convoqué dès lundi l'ambassadeur des États-Unis à Reykjavik, Billy Long, sa ministre des Affaires étrangères Thorgerdur Katrin Gunnarsdottir jugeant la publication totalement déplacée, selon la radiotélévision publique RÚV. Au Mexique, la présidente Claudia Sheinbaum a réaffirmé que son pays ne serait « ni une colonie ni un protectorat » d'un autre pays.
Le silence de Paris critiqué
En France, ni l'Élysée ni le ministère des Affaires étrangères n'avaient réagi officiellement à la fin de l'après-midi du mardi 8 septembre. Sur X, Jean-Luc Mélenchon a dénoncé l'absence de protestation dans l'officialité politique et médiatique avant d'interpeller le chef de l'État : « Macron devrait envoyer le porte-avions pour garder le contrôle de notre souveraineté », a écrit le leader de La France insoumise. Le député LFI Aurélien Taché a estimé que Donald Trump revendique désormais ouvertement les Antilles françaises et s'est interrogé sur la durée pendant laquelle cette situation serait acceptée. Ancienne ministre des Outre-mer et ex-députée de Saint-Pierre-et-Miquelon, Annick Girardin a réagi sur Facebook, évoquant « notre souveraineté qui est attaquée par un supposé allié ».
La ministre des Outre-mer répond
Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer, a apporté la première réponse gouvernementale, invitée de l'émission Face aux Outre-mer sur le pôle Outre-mer de France Télévisions. Qualifiant la carte d'extravagante, elle y a vu l'occasion de lever toute ambiguïté : la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, Saint-Barthélemy, Saint-Martin et Saint-Pierre-et-Miquelon « sont françaises et leurs habitants sont nos compatriotes français ». En Guadeloupe et en Martinique, les riverains interrogés par les rédactions de France Télévisions ont exprimé agacement et incrédulité. La publication s'inscrit dans une série d'initiatives comparables : le président américain a rebaptisé le golfe du Mexique, puis le lac Ontario, et évoqué la veille le changement de nom de l'État du Nouveau-Mexique. Elle intervient à moins de deux mois des élections américaines de mi-mandat.
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