Le 14 avril 2026, une enquête nationale menée en Guyane, Guadeloupe, Martinique et à La Réunion éclaire les pratiques sexuelles et les enjeux de santé.
Une photographie inédite des comportements sexuels dans les territoires ultramarins. Le 14 avril 2026, l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) et l’ANRS MIE (Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales Maladies infectieuses émergentes) ont rendu publics les premiers résultats du volet outre-mer de l’enquête Contexte des sexualités en France 2023.
Cette recherche « a pour objectif d’analyser les pratiques sexuelles et préventives de la population générale en France âgée de 15 à 89 ans », en lien avec les évolutions sociétales récentes. Pour la première fois, quatre territoires ultramarins ont été intégrés dès sa conception. L’étude repose sur « un échantillon représentatif de 10 259 personnes de 15 à 89 ans » interrogées par téléphone et internet entre mai 2023 et janvier 2024. Elle vise à produire des données permettant « d’évaluer la stratégie nationale de santé sexuelle » et d’adapter les politiques publiques aux réalités locales.
Des évolutions marquées mais des inégalités persistantes
Les premiers résultats mettent en évidence « des changements qui semblent redéfinir les contours des sexualités, notamment chez les jeunes générations ». L’âge au premier rapport sexuel tend globalement à augmenter, même si des disparités demeurent entre territoires.
L’activité sexuelle reste élevée dans l’ensemble des DROM, avec « 66,2 % à 76,2 % des femmes et 78,7 % à 86,4 % des hommes » déclarant un partenaire dans l’année. Les hommes déclarent davantage de partenaires au cours de la vie, même si l’écart se réduit chez les plus jeunes.
L’étude souligne aussi une « acceptation sociale de l’homosexualité relativement faible » par rapport à l’Hexagone, malgré une diversification des pratiques et des identités sexuelles, particulièrement chez les jeunes.
Sur le plan de la santé sexuelle, plusieurs fragilités apparaissent. Le recours au préservatif « reste faible » lors des nouveaux partenariats, tandis que « près d’un quart à près d’un tiers des femmes » ne recourent à aucune contraception. Enfin, les violences sexuelles concernent « au moins une femme sur cinq » dans les territoires étudiés.
La Guadeloupe marquée par des vulnérabilités fortes
En Guadeloupe, l’âge médian au premier rapport sexuel « se situe à 17,7 ans en 2023 et tend à augmenter depuis une dizaine d'années ». Les hommes déclarent davantage de partenaires, y compris à des âges élevés, et restent plus nombreux à avoir plusieurs partenaires dans l’année.
Les jeunes générations affichent des évolutions sociétales, avec « des opinions plus favorables à l’égard de l’homosexualité » et une diversité accrue des orientations. « Environ une femme sur six âgée de 18 à 29 ans » déclare ainsi avoir eu une partenaire de même sexe, soit la proportion la plus élevée observée.
Mais les indicateurs de santé sexuelle sont particulièrement préoccupants. « 35,1 % » des femmes de 18 à 29 ans concernées ne recourent à aucune contraception, un niveau record parmi les territoires. Parallèlement, « 16 % » déclarent que leur dernière grossesse n’était « pas du tout souhaitée ». Les violences sexuelles concernent « plus de 28 % des femmes », avec une exposition accrue chez les jeunes.
En Guyane, des débuts plus précoces et des contrastes marqués
La Guyane se distingue par une entrée plus précoce dans la sexualité, avec « 17,4 ans pour les femmes et 15,7 ans pour les hommes ». Les hommes y déclarent davantage de partenaires, tandis que « l’acceptation de l’homosexualité y demeure moins élevée », notamment chez les jeunes.
Les pratiques numériques y sont moins répandues, mais les comportements de prévention restent contrastés. « 72,5 % des femmes et 69,3 % des hommes » de 18 à 29 ans déclarent avoir utilisé un préservatif lors du premier rapport sexuel, et « près d’une personne sur deux » lors d’un nouveau partenariat.
Le territoire présente en revanche des niveaux élevés de dépistage, avec « 76,4 % des femmes et 64,6 % des hommes » testés pour le VIH au cours de leur vie. Malgré cela, les auteurs soulignent que ces niveaux restent insuffisants au regard des enjeux sanitaires.
Les difficultés en matière de contraception sont marquées : « trois femmes sur dix » ne recourent à aucune méthode, et la pilule n’est utilisée que par « 11 % » des jeunes femmes. Les grossesses non souhaitées sont fréquentes, avec « 11,5 % » jugées « pas du tout souhaitées » et « 25,7 % » souhaitées plus tard. Les violences sexuelles concernent « plus d’une femme sur quatre ».
En Martinique, des pratiques plus équilibrées mais des fragilités persistantes
En Martinique, l’âge au premier rapport sexuel atteint « 17,7 ans pour les femmes et 18,1 ans pour les hommes ». Une spécificité apparaît chez les jeunes, où « les écarts entre femmes et hommes […] sont moins élevés », les femmes déclarant parfois davantage de partenaires avant 30 ans.
Les jeunes générations se distinguent par une plus grande ouverture, avec « une acceptation de l’homosexualité plus élevée » et une diversité accrue des orientations sexuelles.
Les usages numériques sont fréquents, notamment chez les hommes : « près d’un homme sur deux âgé de 18 à 29 ans a déjà reçu des images intimes ». En matière de prévention, les comportements sont proches entre femmes et hommes, avec « 75,9 % » et « 77,9 % » d’utilisation du préservatif lors du premier rapport sexuel.
Cependant, « 26,1 % » des femmes ne recourent à aucune contraception, et les méthodes médicalisées restent peu utilisées. Les violences sexuelles concernent « plus de 28 % des femmes », notamment parmi les plus jeunes.
À travers ces résultats, l’enquête met en évidence des dynamiques communes mais aussi des situations contrastées selon les territoires, soulignant la nécessité d’adapter les politiques de santé sexuelle aux réalités locales.
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