La directrice de l’Agence française anticorruption et le procureur de la République financier se sont rendus en Guadeloupe puis en Martinique du 9 au 16 octobre, pour sensibiliser acteurs publics et privés aux atteintes à la probité.
Six enquêtes judiciaires visant quatre administrations en Martinique, dont la gendarmerie, des affaires deux fois plus nombreuses qu’au niveau national sur l’île, et quatre fois plus en Guadeloupe : la tournée antillaise de l’Agence française anticorruption (AFA) et du parquet national financier (PNF) s’est achevée sur un constat sévère. Du 9 au 16 octobre, Isabelle Jégouzo, directrice de l’AFA, a multiplié les séances de sensibilisation en Guadeloupe puis en Martinique. Pascal Prache, procureur de la République financier, a tenu des conférences de presse à Basse-Terre le 13 octobre et à Fort-de-France le 16.
Lors de cette seconde conférence, à la cour d’appel, aux côtés du préfet Étienne Desplanques, du procureur général Patrice Camberou et du procureur de la République Yann Le Bris, les autorités ont fait état de six enquêtes en cours en 2026. Elles en sont pour l’essentiel au stade préliminaire et portent sur des sujets allant de la vie chère à la corruption, rapporte La 1ère.
Le PNF veut davantage de dossiers ultramarins
Trois jours plus tôt, à l’hôtel de police de Basse-Terre, Pascal Prache avait tenu la première conférence de presse du PNF en Guadeloupe. Il y avait exposé la nouvelle feuille de route de sa juridiction pour l’Outre-mer, dont les dossiers pèsent encore trop peu dans son activité, et promis des moyens supplémentaires aux Antilles. Des cellules de liaison doivent multiplier les contacts avec les acteurs locaux susceptibles de faire remonter des affaires. Le PNF suit moins d’une dizaine de dossiers pour l’ensemble du ressort Antilles-Guyane. Parmi eux figure celui du groupe GBH, visé depuis décembre 2025 par une information judiciaire pour entente, abus de position dominante et escroquerie en bande organisée. À Fort-de-France, le magistrat a dit vouloir augmenter « le nombre de procédures ultramarines, notamment de la Martinique ».
Ports, aéroports et élus en première ligne
Les deux territoires partagent une même vulnérabilité. « Les Antilles sont aujourd’hui situées sur la route de la drogue », avait rappelé Isabelle Jégouzo le 15 octobre sur RCI. La préfecture de Martinique a d’ailleurs inscrit la visite dans le plan Antilles-Guyane de lutte contre les trafics : « Lutter contre le narcotrafic et la criminalité organisée, c’est aussi prévenir la corruption ».
En Guadeloupe, la mission avait débuté le 10 octobre au Gosier par un séminaire destiné aux cadres de l’aéroport Maryse-Condé. Le Grand Port maritime, les agents de l’État et les élus avaient été rencontrés ensuite. Le préfet Thierry Devimeux avait alors estimé sur RCI que « les Guadeloupéens sont en demande d’une société forte ».
Selon la directrice de l’AFA, citée par Outremers 360, environ 80 % des infractions relevées en Guadeloupe concernent le secteur public local et les élus. Au micro de RCI, elle avait attribué cette surexposition à des territoires où intérêts publics et privés « s’entremêlent ». Elle avait aussi rappelé quelques règles : « On n’embauche pas soi-même quelqu’un. On ne donne pas un marché public ou une subvention à un organisme dans lequel on a des intérêts. On surveille les cadeaux et les invitations. » L’AFA doit se rendre ultérieurement en Guyane, selon La 1ère.
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