121 millions d'euros. C'est ce que l'État prévoit d'engager en 2027 pour l'aménagement du territoire dans l'ensemble des outre-mer. L'enveloppe atteignait 362 millions cette année. Le chiffre figure dans le projet annuel de performances (PAP) de la mission Outre-mer, annexé au projet de loi de finances (PLF) pour 2027. Le texte a été déposé à l'Assemblée nationale le 1er octobre. Il arrive au moment où les chefs d'entreprise guyanais du BTP disent craindre une baisse de la commande publique.
Une mission stable en apparence
Vu de loin, le budget des outre-mer ne bouge presque pas. Les autorisations d'engagement de la mission passent de 3 632,4 millions d'euros en 2026 à 3 622,4 millions en 2027, soit un recul de 0,3 %. Les crédits de paiement progressent, eux, de 11,4 %, de 3 357,5 à 3 739,8 millions.
La distinction compte pour les entreprises. Les autorisations d'engagement fixent le montant maximal que l'État peut engager dans l'année : un marché signé, une convention de financement, une subvention attribuée. Les crédits de paiement correspondent à ce qu'il peut effectivement décaisser. Le PAP justifie la hausse des crédits de paiement par la volonté de réduire les « restes à payer » du programme 123, qui finance les conditions de vie outre-mer. Ces restes à payer atteignaient près de 2,7 milliards d'euros début 2026.
Autrement dit, l'État paiera davantage ce qu'il a déjà promis. Il promettra moins pour la suite.
Trois lignes qui touchent directement les chantiers
Le recul se concentre sur trois actions du programme 123.
- Aménagement du territoire : les autorisations d'engagement tombent de 362,2 à 121,3 millions d'euros (−66,5 %). Les crédits de paiement baissent de 4,6 %, à 206,6 millions.
- Logement (ligne budgétaire unique, LBU) : les engagements passent de 234,3 à 189,2 millions d'euros (−19,3 %). Les paiements reculent de 2 %, à 205,1 millions.
- Fonds exceptionnel d'investissement (FEI) : les engagements chutent de 51,6 à 33 millions d'euros (−35,9 %). Les paiements bondissent de 81,6 %, à 61,3 millions.
Le FEI est l'outil par lequel le ministère des Outre-mer subventionne les investissements des collectivités. En Guyane, l'appel à candidatures 2026 était réservé aux collectivités territoriales, avec un dépôt clos le 15 juin.
Le PAP ne justifie pas la baisse des autorisations d'engagement de l'action Aménagement du territoire. Il ne répartit pas non plus ces montants entre les territoires. Impossible, à ce stade, de dire quelle part de la baisse touchera la Guyane.
En Guyane, les entreprises du BTP voyaient venir le coup
Les professionnels du secteur n'ont pas attendu le PLF pour s'inquiéter. Dans sa note de conjoncture du deuxième trimestre 2026, l'Institut d'émission des départements d'outre-mer (IEDOM) relève que l'activité du BTP guyanais reste positive. Mais les chefs d'entreprise anticipent une dégradation, liée à la crainte d'une baisse de la commande publique.
Le reste du tableau est contrasté. L'indicateur du climat des affaires progresse de 1,1 point, à 105,2, au-dessus de sa moyenne de longue période depuis quatre trimestres. Dans le même temps, la Guyane compte 175 défaillances d'entreprises sur douze mois au deuxième trimestre, soit 40 % de plus qu'un an plus tôt.
Le budget 2027 donne une première réponse à cette crainte, au moins pour la part qui vient de l'État. Le FEI finance des investissements de collectivités : la baisse de ses autorisations d'engagement réduit les subventions nouvelles qu'elles pourront obtenir en 2027. La hausse de ses crédits de paiement, elle, sert à honorer les engagements passés.
Ce qu'il faut surveiller d'ici la fin de l'année
Le PLF 2027 n'est qu'un projet. Les montants de la mission Outre-mer peuvent encore évoluer par amendement lors de l'examen de la seconde partie du budget. La date de son passage en séance n'est pas encore publiée par l'Assemblée nationale.
Pour les entreprises guyanaises qui répondent aux appels d'offres publics, le chiffre à suivre n'est pas le total de la mission. Ce sont les autorisations d'engagement des actions Aménagement du territoire, Logement et FEI qui conditionnent les marchés signés en 2027. La prochaine étape utile sera la répartition de ces crédits par territoire, une fois le budget voté.
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