Aucune des onze masses d'eau côtières de Guadeloupe n'est en bon état écologique. Le constat figure dans le projet de schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) 2028-2033. Ce projet a été présenté au Comité de l'eau et de la biodiversité (CEB) lors de sa séance plénière du 6 octobre. Son vote d'adoption est inscrit au calendrier du 8 décembre 2026.
Le SDAGE fixe, pour six ans, les orientations de gestion de l'eau du bassin Guadeloupe–Saint-Martin. Le CEB a remplacé l'ancien comité de bassin en application de la loi du 8 août 2016 sur la biodiversité. Il en reprend les compétences et sert aussi d'instance de concertation sur la biodiversité.
Un état des lieux qui repousse les échéances jusqu'en 2045
Le document de séance dresse l'état des masses d'eau évaluées en 2025 et les objectifs fixés pour chacune.
- Cours d'eau (47 masses d'eau) : 9 sont en bon état écologique. 15 se voient fixer des objectifs moins stricts. Pour 23 autres, l'échéance est reportée à 2045 en raison des conditions naturelles. Sur le plan chimique, 40 sont en bon état et 7 bénéficient d'un report à 2033 ou 2039.
- Eaux souterraines (7 masses d'eau) : 5 sont en bon état quantitatif. Sur le plan chimique, 5 sont en bon état, une relève d'un objectif moins strict et une autre d'un report à 2045. La chlordécone est signalée dans la nappe du Sud Basse-Terre.
- Eaux côtières (11 masses d'eau) : aucune n'est en bon état écologique. 8 relèvent d'objectifs moins stricts, 3 d'un report d'échéance. Les 11 sont classées en bon état chimique, mais le document indique une confiance très faible dans cette évaluation 2025.
La retenue de Gaschet présente un potentiel écologique moyen, avec un report à 2045 lié principalement à la chlordécone. Le document signale aussi des traces de mercure dans les organismes vivants.
Ce que le schéma vise chez les entreprises
Le projet s'organise en cinq orientations fondamentales et 23 dispositions : gouvernance de l'eau et urbanisme, gestion quantitative sobre, pollutions agricoles, assainissement et rejets, préservation des milieux aquatiques.
Plusieurs dispositions concernent directement les activités économiques :
- la réduction de l'impact des rejets des activités économiques (disposition O4D4) ;
- le renforcement de l'autosurveillance pour la conformité de l'assainissement (O4D5) ;
- la gestion quantitative et le suivi des prélèvements (orientation 2 et disposition O1D5), avec une attention particulière au rapport entre ressource et prélèvements dans les nappes du Sud Basse-Terre ;
- l'accompagnement du changement des pratiques agricoles et la réduction des pollutions diffuses et des substances dangereuses (O3D1 à O3D3).
Le volet agricole a fait l'objet d'une concertation spécifique le 10 septembre 2026. Le document présenté au CEB donne les intitulés des dispositions, pas leur rédaction détaillée.
Leur portée juridique, elle, est connue. Selon l'article L. 212-1 du code de l'environnement, les décisions administratives dans le domaine de l'eau doivent être compatibles avec le SDAGE. C'est le cas des autorisations de prélèvement ou de rejet délivrées au titre de la loi sur l'eau. Une entreprise qui prélève ou rejette en Guadeloupe verra donc ses futures demandes instruites au regard de ces dispositions.
Archipel'Eau : la régie se structure, sans calendrier public
La même séance a examiné les nouvelles orientations du Syndicat mixte de gestion de l'eau et de l'assainissement de Guadeloupe (SMGEAG) et l'avancement de la régie Archipel'Eau. La note stratégique du SMGEAG, datée de septembre 2026, répartit les rôles. Le syndicat devient l'autorité organisatrice : il fixe les objectifs et contrôle. Archipel'Eau assure l'exploitation au quotidien et rend compte de ses résultats.
Le pilotage doit reposer sur une convention-cadre, un contrat de performance pluriannuel et un tableau d'indicateurs partagés. La note signale un point de vigilance sur le patrimoine : ouvrages transférés, actifs inutilisés et responsabilités de renouvellement restent à clarifier.
La note ne donne ni date de reprise de l'exploitation par la régie, ni données financières, ni tarifs.
Après le 8 décembre, la consultation du public
Le vote du 8 décembre ne clôt pas la procédure. Lors du cycle précédent, le projet de SDAGE 2022-2027 avait été soumis à la consultation du public du 15 mars au 15 septembre 2021. Le calendrier de la consultation 2028-2033 n'est pas encore publié.
C'est la fenêtre dans laquelle industriels, agriculteurs, hôteliers et gestionnaires de réseaux pourront faire valoir leurs observations, avant que les dispositions ne s'imposent aux autorisations. Les documents de la séance du 6 octobre sont consultables sur le site du Comité de l'eau et de la biodiversité de Guadeloupe.
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