Le 2 avril 2026, l'Autorité de la concurrence a infligé 6,5 millions d'euros d'amendes aux groupes Nexans et Sonepar pour une entente illicite sur l'importation de câbles électriques dans les départements et régions d'outre-mer. La Guyane est directement concernée par ces pratiques anticoncurrentielles qui se sont déroulées sur huit ans.
Cette décision constitue une première à double titre : elle est la plus lourde sanction jamais prononcée pour des pratiques d'exclusivité d'importation, et elle marque l'utilisation inédite, dans une décision de l'Autorité, du statut de lanceur d'alerte protégé. Derrière ces chiffres, la sanction révèle un mécanisme bien rodé de verrouillage des marchés ultramarins, au détriment de la concurrence et, in fine, des consommateurs et des entreprises locales.

La loi Lurel bafouée pendant huit ans
Le cadre légal est pourtant clair. La loi du 20 novembre 2012 relative à la régulation économique outre-mer, portée par le député guadeloupéen Victorin Lurel et entrée en vigueur le 22 mars 2013, interdit expressément tout accord d'importation exclusive dans les DROM-COM. L'objectif affiché par le législateur était de lutter contre la vie chère en favorisant l'arrivée de nouveaux importateurs et en cassant les positions dominantes historiques.
Pourtant, du 13 mai 2015 au 20 novembre 2023, les groupes Nexans et Sonepar ont maintenu un dispositif d'exclusivité de fait couvrant la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, La Réunion et Mayotte. L'instruction menée par les services de l'Autorité de la concurrence, alimentée par un rapport d'enquête de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) et les éléments fournis par un lanceur d'alerte, a permis d'établir que les contrats officiels, qui stipulaient un statut de « distributeur non exclusif », ne correspondaient pas à la réalité commerciale.
Plusieurs pièces du dossier attestent d'une conscience claire du caractère illicite de cet arrangement. Lors d'une conférence téléphonique interne à Nexans en novembre 2020, un cadre reconnaissait explicitement que « Sonepar à La Réunion a une exclusivité de facto, qui est complètement interdite, mais bon qui est là ». Cette formulation illustre la double réalité d'un système conçu pour contourner l'interdiction légale tout en maintenant, dans les faits, un monopole d'importation.
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