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Orpaillage illégal : trois barges détruites sur l'Oyapock, une économie souterraine dopée par un or à 150 dollars le gramme

Orpaillage illégal : trois barges détruites sur l'Oyapock, une économie souterraine dopée par un or à 150 dollars le gramme
Barges détruite en Juin dernier à Camopi et à Saint-Georges de l'Oyapock par La Gendarmerie accompagné des militaires du 3e Régiment étranger d'infanterie. Crédits : Gendarmerie.

Le bataillon de gendarmerie de Camopi a détruit trois barges utilisées pour l'orpaillage clandestin à Saut-Maripa, sur la commune de Saint-Georges-de-l'Oyapock, à l'issue d'une mission de reconnaissance de 48 heures sur le fleuve, rapporte France-Guyane le 18 octobre. Quinze barges ont été détruites depuis le début de l'année 2026, dans un contexte où le gramme d'or a dépassé 150 dollars début 2026, contre 20 dollars dans les années 1980 selon un reportage de RFI diffusé le 11 octobre.

La logistique des garimpeiros prise pour cible

Outre les trois barges, les militaires ont détruit ou saisi deux motopompes à quatre cylindres, trois tables de levée, deux compresseurs, un groupe électrogène, 350 mètres de tuyaux et 50 mètres carrés de tapis de levée. L'opération a permis de neutraliser 500 litres de carburant et de récupérer 500 kilos de matériel ainsi que 100 kilos de nourriture. S'attaquer à la logistique plutôt qu'à la production est la stratégie affichée des forces de l'ordre pour asphyxier les chantiers clandestins.

Cette approche judiciaire a déjà abouti à des condamnations. Début octobre 2025, la section de recherches de Cayenne et l'antenne du GIGN de Guyane avaient intercepté six pirogues chargées de matériel destiné à l'orpaillage, soit cinq tonnes de marchandises saisies, selon GendInfo, le site de la gendarmerie nationale. Le piroguier avait été condamné à 18 mois d'emprisonnement avec incarcération immédiate et dix ans d'interdiction du territoire français.

Un or à 150 dollars le gramme

La rentabilité du trafic explique sa résistance. Le prix du gramme d'or a dépassé 150 dollars début 2026, contre 20 dollars dans les années 1980, et plus de 600 sites d'orpaillage illégal sont recensés dans le département. Le préjudice porté aux réseaux clandestins a atteint près de 95 millions d'euros en 2024 entre destructions de matériel et saisies d'or, dont 14,5 kilos de métal, selon le bilan de la sécurité présenté en février 2025 par le préfet Antoine Poussier.

Le coût de la lutte est du même ordre de grandeur. Près de 600 soldats et gendarmes sont déployés sur le terrain dans le cadre de l'opération Harpie, qui ne parvient selon les associations qu'à contenir le phénomène. En février 2026, le conseil scientifique du parc amazonien de Guyane dénombrait un record de 189 chantiers illégaux sur le parc, jugeant la situation inacceptable et réclamant une réponse publique plus ambitieuse.

Barrage fluvial et saison sèche

Les dispositifs se renforcent à l'approche de la saison sèche. Un barrage fluvial est déployé dans la zone de Camopi depuis le 23 juin 2026, mené conjointement par les forces armées en Guyane et la gendarmerie, avec des patrouilles terrestres renforcées. Parmi les objectifs 2026-2027 annoncés par la préfecture figurent la création d'une brigade fluviale à Saint-Georges-de-l'Oyapock et de brigades à Roura et Montsinéry-Tonnegrande.

La sécheresse historique qui frappe le territoire complique la donne. Le Maroni et l'Oyapock sont des axes de circulation pour les pirogues de ravitaillement des chantiers, et la baisse des débits rend les sites d'autant plus accessibles. Les destructions de matériel s'accumulent donc sur les deux fleuves frontaliers, sans faire reculer le nombre de chantiers actifs.

Un trafic transfrontalier

La dimension régionale du phénomène limite l'efficacité des opérations unilatérales. Les garimpeiros clandestins constituent environ 10 % de la population guyanaise non recensée, selon une analyse publiée par The Conversation le 25 juin 2026. Selon le responsable du bureau guyanais du WWF, Laurent Kelle, 95 % de la main d'œuvre du trafic vient du Brésil et 80 % de la logistique du Suriname.

L'or extrait clandestinement en Guyane est revendu via des comptoirs surinamais qui blanchissent le métal avant un transit par les Émirats arabes unis vers la Russie ou la Chine, selon le coordinateur de Guyane Nature Environnement Mathieu Guyomat. En attendant d'éventuels nouveaux projets miniers, un inventaire des ressources minérales de Guyane est en cours et doit livrer ses résultats d'ici 2030.

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