Fangass.com, le site qui aide les Antillais à éviter les sargasses

Fangass.com, le site qui aide les Antillais à éviter les sargasses
Affiche de présentation fangass.com. Crédit Fangass.com

Lancé le 7 mai dernier, Fangass.com cartographie en temps réel l’état des plages de Guadeloupe, Martinique, Saint-Barthélemy et Saint-Martin touchées par les sargasses. Son objectif ? « Offrir au territoire une plateforme simple pour voir d’un coup d’œil où ça pue, où c’est tranquille, et planifier sa journée sans se poser la question ». Son fondateur, Morgan Haillus, nous présente cet outil gratuit qui revendique déjà plus de 22 000 visites.

Morgan Haillus, fondateur de Fangass.com. Crédit : Morgan Haillus

Pourquoi avoir créé Fangass.com ?

J’habite à Saint-François en Guadeloupe, une commune assez touchée par les sargasses. La crèche de ma fille se situe à quelques centaines de mètres du littoral, et il y a des périodes où l’on sent fortement les algues. Un matin, je me demandais si je pouvais la déposer ou s’il valait mieux la garder à la maison. J’ai cherché des informations sur internet et j’ai trouvé beaucoup de choses —des prévisions d’échouages, des cartes satellitaires, des communiqués officiels etc. — mais rien de suffisamment concret pour me permettre de prendre une décision. Je suis parti la déposer, et il m’a fallu quinze minutes de trajet pour me rendre compte que, ce jour-là, on ne sentait pas grand-chose. C’est là que je me suis dit que c’était dingue : rien ne permettait de savoir si j’allais devoir faire demi-tour avant d’y être. Sur le trajet retour, je me suis amusé à penser aux fonctionnalités de l’outil idéal. Le soir même Fangass.com était en ligne.

Je suis chef de projet dans le digital depuis plus de dix ans : mon métier, c’est de trouver des solutions techniques face à un problème. Et mon constat, c’est que les prévisions d’échouages ne suffisent pas. D’une part, parce que de nombreux acteurs ramassent les algues au quotidien sur les plages fréquentées : quand les cartes annoncent de gros échouages, il arrive qu’une fois sur place il n’y ait rien. À l’inverse, on peut n’avoir aucun échouage aujourd’hui mais des sargasses entassées depuis des jours, et donc de fortes odeurs. Il existe aussi beaucoup de capteurs de qualité de l’air, mais ils ne sont pas toujours installés aux endroits stratégiques pour les sargasses : ils servent aussi à mesurer les brumes de sable ou la pollution urbaine. Au final, aujourd’hui, il n’y a que les habitants pour rendre un verdict concernant l’état d’une plage. D’où le côté communautaire de Fangass.com.

Fangass.com fonctionne-t-il sur le principe d’une collaboration entre l’intelligence artificielle et les utilisateurs ?

Fangass.com, c’est d’abord un bulletin météo quotidien, rédigé par l’intelligence artificielle à partir de plusieurs sources : Météo France pour la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Martin et Saint-Barthélemy, les cartes satellitaires et les données américaines de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration). Ces informations sont ensuite reportées sur la carte de chaque territoire. Pour chaque plage, le zonage est double : au sein d’une même zone impactée, certaines plages sont plus ou moins épargnées selon leur orientation. On regarde donc ce que cela donne zone par zone et, en fonction de l’exposition, on attribue un score de 1 à 5, de la plage quasi sans sargasses à celle qu’il vaut mieux éviter. Les utilisateurs présents sur place viennent valider ou infirmer le score du matin. Cela dit, même si les données sont globalement fiables, elles ne remplacent pas les sources officielles qui doivent être consultées pour toutes décisions pouvant avoir des conséquences sur la santé des individus.

Fangass.com cultive une vraie liberté de ton, à commencer par son nom — une insulte en créole. Tonton Sargasse, le personnage qui délivre le bulletin, est volontairement vulgaire. Pourquoi ?

J’ai choisi des termes familiers, voire vulgaires, pour commenter l’état des plages, parce que dans la vie réelle c’est comme ça que l’on parle des sargasses : « c’est la merde », « c’est horrible », « ça pue ». Je voulais coller à ce ton naturel, mais aussi faire quelque chose de drôle. Le projet est né de ma frustration de ce matin où je devais prendre une décision simple face à toutes les sources disponibles sur internet qui ne donnent finalement pas de réponse concrète. J’ai donc pris le contre-pied : quelque chose de très familier et accessible, qui ne soit pas ennuyeux — même si le sujet, lui, n’a rien de drôle.

En quoi ce projet s’inscrit-il dans votre parcours personnel et professionnel ?

Je suis né en Guadeloupe, puis je suis parti faire mes études de commerce à Paris. J’ai ensuite été chef de projet digital pendant une dizaine d’années, en France mais aussi en Inde, où je me suis expatrié deux ans au sein d’une start-up e-commerce — ce qui m’a appris à travailler très vite car l’e-commerce ne s’arrête jamais. C’est au terme de cette expérience à l’étranger que j’ai ressenti le besoin de revenir au pays. J’avais aussi envie de pouvoir voyager : c’est pour ça que j’ai créé une agence de communication digitale conçue pour me permettre de travailler depuis n’importe où, Katchak. Cela fait donc plusieurs années que je communique pour le compte de différentes marques.

Fangass.com est l’aboutissement de plusieurs choses. D’abord, de ma capacité à faire émerger un projet très vite : je l’ai créé en une journée, grâce notamment à ma maîtrise des outils d’intelligence artificielle. C’est aussi le fruit de mon envie d’une vraie liberté de ton, d’un projet qui m’amuse, sans financeur ni autre partie prenante que mon agence et moi-même. Enfin, quand on revient aux Antilles, on peut avoir le sentiment qu’il y manque beaucoup de choses et notamment regretter de ne pas y retrouver la modernité technologique connue ailleurs. Or, pour moi, la bonne posture n’est pas de se demander ce que l’île peut nous offrir, mais ce que nous pouvons lui offrir. C’est même très stimulant : on voit alors un monde d’opportunités. Mon idée, avec ces cartes collaboratives, c’était donc d’apporter ma brique pour améliorer le quotidien de tout le monde — collectivités, baigneurs, restaurateurs, hôteliers, habitants, touristes, loueurs de bateaux et autres professionnels du littoral — et de participer à la transformation digitale de nos territoires.

Fangass.com est gratuit pour les utilisateurs. Comment le site est-il financé ?

Pour l’instant, en dehors du temps que j’y consacre sur mes heures libres, tous les coûts sont pris en charge par l’agence Katchak : la propriété intellectuelle, puisque c’est maintenant une marque déposée, les serveurs, l’intelligence artificielle qui réalise les bulletins… Je chercherai peut-être à le co-financer un jour au moins pour que les comptes soient à l’équilibre, mais je ne toucherai pas à sa gratuité pour les utilisateurs.

Quels sont les prochains développements ?

Il y a déjà une avancée technique dont je suis fier depuis le lancement : un système de vote ultra-rapide. Au début, il fallait 40 secondes entre le vote de quelqu’un et sa prise en compte sur le serveur, c’est suffisant pour faire fonctionner le site, mais insuffisant pour garantir une expérience de navigation fluide ; aujourd’hui, c’est 50 millisecondes. Et ma priorité actuellement est de m’assurer que l’existant est parfait avant de sortir de nouvelles fonctionnalités majeures donc je travaille à fiabiliser les données : vérifier que les plages sont toutes bien localisées et que les informations qui leur sont associées sont correctes. Enfin, au-delà des fonctionnalités, ce qui fait la valeur du site, ce sont les retours utilisateurs, plus il y aura de votants et plus le site sera utile et fiable pour tout le monde.  Du coup, je m’adresse au lecteur : Il ne faut pas hésiter à en parler autour de vous, à vos amis, à votre famille, à vos collègues. Tous les retours positifs comme négatifs sont bienvenus et me permettent d’améliorer la solution pour tout le monde.

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