L'Assemblée de Martinique a pris acte ce jeudi 24 septembre du rapport de la chambre régionale des comptes sur les finances de la CTM. L'exécutif y a présenté un deuxième plan de redressement, dont l'effet est estimé à 69,2 millions d'euros sur 2027 et 2028.
Réunie en séance plénière ce jeudi 24 septembre, l'Assemblée de Martinique a pris acte du rapport de la chambre régionale des comptes (CRC) sur la situation financière de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM). Ce rapport n'a pas encore été rendu public. L'exécutif, présidé par Serge Letchimy, ne conteste pas le diagnostic. Dans un communiqué, il reconnaît que la collectivité fait face à un déséquilibre structurel qui place ses finances dans une situation critique. Il a présenté aux élus le bilan intermédiaire de son premier plan d'optimisation des recettes et des dépenses, ainsi que les orientations d'un second plan, dont l'effet cumulé est estimé à 69,2 millions d'euros sur 2027 et 2028.
« La situation financière de la CTM est difficile. Nous le disons depuis 2021 et nous avons engagé dès 2022 un travail de redressement qui doit aujourd'hui être poursuivi et amplifié », affirme Serge Letchimy. Le président du conseil exécutif estime que le rapport « confirme la profondeur des déséquilibres auxquels nous devons faire face ». Il les attribue notamment à la baisse des dotations de l'État, de 40 millions d'euros entre 2022 et 2025, et à la revalorisation par l'État des charges de personnel, à hauteur de 20 millions d'euros. S'y ajoutent près de 70 millions d'euros par an de dépenses de solidarité non compensées, restés à la charge de la collectivité.
Une dette accumulée depuis dix ans
La CTM conteste surtout la lecture qui est faite du milliard d'euros de dette. Selon elle, cet encours résulte de plus de dix années d'emprunts cumulés et ne correspond pas à une somme empruntée récemment. Il intègre aussi les engagements hérités du conseil général et du conseil régional lors de la création de la collectivité unique. Toujours selon la CTM, la dette a progressé de 366 millions d'euros entre 2015 et 2021, puis de 157 millions entre 2022 et 2025. La collectivité explique que les gouvernances successives ont dû affronter la même équation : des dotations de l'État en baisse, des dépenses de solidarité en hausse et des besoins d'investissement considérables. S'y ajoutent, selon elle, des factures impayées antérieures à 2021 qui n'avaient pas été inscrites dans les comptes.
Lors de la séance plénière, Serge Letchimy est revenu sur ce que la CTM qualifie de « trou financier » hérité de la précédente mandature. « Je vous ai apporté 91 pages de la liste de ce qu'il y avait à payer en 2021. 91 pages. Parce que nous avons prouvé une situation extrêmement dégradée », a-t-il lancé aux élus, avant de citer de nombreux exemples.
Dans le même temps, la collectivité affirme avoir investi près d'un milliard d'euros entre 2021 et 2026. Ces fonds ont notamment servi à poursuivre la reconstruction du lycée Schœlcher, à mener les travaux de mise hors d'eau de la RN5 et à réparer la casse de Séguineau. Ils ont aussi financé la relance des investissements dans les infrastructures de l'eau, la construction du viaduc de la Rivière des Pères, l'accès au numérique dans les collèges et lycées, ainsi que l'entretien des routes et des établissements scolaires.
La CTM rappelle aussi qu'elle consacrera plus de 400 millions d'euros à la solidarité en 2026, au titre du RSA et de l'autonomie des personnes âgées et handicapées. Cela représente 894 euros par habitant pour l'aide à la personne, contre 336 euros en moyenne dans les départements comparables. La collectivité finance également les transports en commun, à hauteur de 110 millions d'euros, et les pompiers, pour 22,5 millions.
74,9 millions d'euros déjà réalisés
Voté en juin 2025, le premier plan d'optimisation prévoyait 90,8 millions d'euros de mesures. Au 30 juillet 2026, 74,9 millions avaient été réalisés, selon la collectivité, et la capacité d'autofinancement brute s'était améliorée de 26,4 millions d'euros. Ces résultats reposent, d'après la CTM, sur une meilleure mobilisation des recettes, un suivi renforcé des cofinancements européens, une gestion plus rigoureuse des moyens généraux et le réaménagement de la dette. Une tranche supplémentaire de 20 millions d'euros doit suivre. Les travaux menés en 2026 ont aussi permis de recenser près de 60 millions d'euros d'engagements parfois très anciens, notamment des aides accordées aux communes. Leur apurement se fait en concertation avec elles.
« Les premiers résultats sont là, ils sont mesurables, mais le chemin reste long », reconnaît Serge Letchimy. La collectivité admet elle-même que ces avancées ne suffisent pas à combler l'écart structurel entre ses dépenses récurrentes et ses ressources. Le second plan vise donc à reconstituer une capacité d'autofinancement suffisante pour préserver l'investissement et stabiliser l'endettement.
Ce second plan repose sur trois principes. Le premier est la continuité du service public, avec une prise en compte de la situation réelle de chaque organisme et de chaque établissement plutôt que des réductions uniformes. Le deuxième est la proportionnalité de l'effort, grâce à une organisation plus efficiente et à la mutualisation des moyens. Le troisième est la protection des publics prioritaires. « Nous ne ferons pas porter l'effort à l'aveugle. Chaque mesure tient compte de la réalité de ceux qu'elle concerne, et les Martiniquais les plus fragiles ne subiront aucune rupture de leurs droits », assure le président du conseil exécutif.
La CTM s'engage également à mettre en œuvre les quinze recommandations de la CRC, dans le cadre d'un plan d'action suivi et évalué. Elle prévient que le rétablissement de ses équilibres financiers exigera des choix, une maîtrise renforcée des dépenses et une adaptation de l'investissement à ses capacités réelles de financement. « Cela exigera des efforts, des choix et une rigueur de chaque instant. Mais une chose est essentielle : le redressement de nos finances doit préserver la stabilité de nos agents et garantir les dépenses de solidarité pour les Martiniquais les plus fragiles », insiste Serge Letchimy.
Le dialogue doit se poursuivre avec les établissements, les organismes satellites, les communes et les partenaires sociaux. Un état d'avancement sera présenté régulièrement à l'Assemblée de Martinique. « Redresser nos finances, c'est retrouver la capacité d'investir pour la Martinique et de décider par nous-mêmes de notre avenir », conclut Serge Letchimy.
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