Réuni jeudi 17 juillet 2026 à Basse-Terre, la Conférence territoriale de l'action publique (CTAP) présidée par Ary Chalus a acté la création d'une task force dédiée aux crises croisées du BTP et de l'eau. Objectif : deux mois de travail intensif pour dénouer les dettes des collectivités envers les entreprises et accélérer les paiements. Une cellule opérationnelle a été installée dès le lundi 20 juillet pour traiter les créances les plus urgentes. Réponse politique attendue par une profession en alerte maximale.
Deux mois. C'est le délai que se donne la nouvelle task force créée à l'issue de la Conférence territoriale de l'action publique (CTAP) qui s'est tenue jeudi 17 juillet 2026 à Basse-Terre, sous la présidence d'Ary Chalus, président de la Région Guadeloupe. Task force dédiée aux crises croisées qui plombent l'économie guadeloupéenne : celle du BTP (dettes accumulées des collectivités envers les entreprises, retards de paiement, appels d'offres infructueux), celle de l'eau (déficit SMGEAG, 5 000 fuites à réparer d'ici fin 2026, préparation de l'entité unifiée pour janvier 2027).
Le pari est clair : au lieu de traiter chaque sujet dans son silo, mobiliser un dispositif transversal capable de casser les blocages. La cellule opérationnelle doit être installée dès le lundi 20 juillet 2026, avec pour mission prioritaire d'identifier les créances les plus urgentes des entreprises du BTP et d'accélérer les paiements dus par les collectivités et l'État.
L'ambition n'est pas anecdotique. Selon les données FRBTP, entre novembre 2024 et novembre 2025, seulement 331 appels d'offres ont été publiés en Guadeloupe contre 501 sur la période précédente, et moins d'un sur dix trouve preneur. Les retards de paiement dénoncés par les transporteurs et sous-traitants peuvent atteindre six mois. Résultat : chiffre d'affaires en baisse de 9,8 % en 2025, 91 % des chefs d'entreprise inquiets. La profession du BTP est en alerte maximale, avec un courrier du sénateur Victorin Lurel au Premier ministre daté du 19 juin qui a mis le sujet à l'agenda national.
Ary Chalus a également profité de la CTAP pour formuler une demande politique majeure : une habilitation législative permettant à la Région Guadeloupe d'adapter les règles applicables à la gouvernance de l'eau. Cette demande, si elle prospère au niveau parlementaire, ouvrirait des marges de manœuvre significatives pour la Guadeloupe : dérogations réglementaires, ajustement des règles tarifaires, dispositifs spécifiques de financement, articulation entre nouveaux opérateurs. Elle rejoint d'ailleurs des demandes similaires portées ailleurs (Martinique via l'accord-cadre du 1er juillet, Guyane via les débats sur l'évolution institutionnelle).
Pour les entreprises du BTP guadeloupéennes, la task force est le premier signal politique concret depuis plusieurs semaines. Les créances anciennes qui asphyxient les trésoreries peuvent, si le dispositif fonctionne, être débloquées en quelques semaines plutôt que quelques mois. C'est un enjeu de survie pour plusieurs opérateurs, particulièrement les PME et TPE qui ne disposent pas de la trésorerie pour porter des retards prolongés.
Pour le SMGEAG et les collectivités, la task force impose une remise à plat des priorités. Les échéances à traiter sont multiples : dettes accumulées, chantiers en attente, arbitrages budgétaires. Chaque collectivité devra présenter son état des créances et s'engager sur un calendrier d'apurement.
Pour l'État déconcentré en Guadeloupe (préfecture, DGFiP, DEETS, DEAL), le dispositif appelle une coordination renforcée. Les créances portées par l'État lui-même envers les entreprises du BTP guadeloupéen ne sont pas anecdotiques. Le préfet Thierry Devimeux est directement impliqué dans le pilotage de la task force.
Pour les habitants guadeloupéens, particulièrement ceux qui subissent au quotidien la crise de l'eau (50 000 à 60 000 personnes vivent sans eau au robinet chaque jour), la nouvelle instance est un signal politique. Mais l'attente reste concrète : ils veulent voir baisser le nombre de fuites, améliorer la desserte, retrouver un service public digne. Les délibérations institutionnelles ne remplacent pas les chantiers effectifs.
Reste que la démarche ouvre une fenêtre. Une task force limitée à deux mois avec une cellule opérationnelle dédiée est un format court, ciblé, orienté résultat. Si elle produit des décaissements effectifs et une clarification des trajectoires, elle peut redonner un souffle à l'économie du BTP guadeloupéen. Si elle se dilue dans les procédures administratives habituelles, elle sera un rendez-vous manqué de plus. Le suivi sera à faire jour après jour.
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