La Guyane possède un trésor que peu de territoires peuvent revendiquer : des cacaoyers sauvages, un groupe génétique unique baptisé « Guiana ». Portée par la recherche et par une poignée de pionniers, une filière cacao locale commence, doucement, à s'organiser.
Au fond de la forêt du sud-est guyanais poussent des cacaoyers que personne n'a plantés. Repérés au fil de missions scientifiques menées entre 1987 et 2012, ces arbres spontanés forment un groupe génétique à part, que les chercheurs ont nommé « Guiana ». C'est sur ce patrimoine rare que le Cirad, l'institut de recherche agronomique, travaille depuis 1988, en sélectionnant peu à peu les clones les plus prometteurs.
L'enjeu n'est pas seulement botanique. Dans un monde où le cacao rime trop souvent avec déforestation, disposer d'une variété locale, adaptée et cultivable sous couvert forestier, est un atout précieux. Le Cirad conserve à ce jour une collection de référence d'environ 1,41 hectare quelque 1 600 arbres et déploie des parcelles expérimentales d'un hectare à travers le territoire pour étudier le comportement de dix clones « Guiana » et former les agriculteurs.
Des pionniers qui transforment sur place
La recherche ne fait pas une filière à elle seule. Ce sont des producteurs et des artisans qui, sur le terrain, transforment l'essai. Une entreprise cultive déjà près de quatre hectares de cacaoyers en agroforesterie, selon un modèle qui associe production, transformation et accueil du public, de la fève à la tablette, sur place. C'est exactement le type de valeur ajoutée qui, d'ordinaire, échappe aux territoires producteurs : ici, le chocolat se fabrique là où pousse le cacao.
Signe que le mouvement mûrit, l'association Bwakako a vu le jour fin 2025. Elle réunit producteurs et transformateurs, et marque une étape clé : structurer un secteur encore dispersé, fait d'initiatives isolées, pour lui donner une voix et une organisation communes.
Un pari patient sur le terroir
Il ne faut pas rêver plus vite que les arbres ne poussent. La filière cacao guyanaise reste minuscule à l'échelle mondiale, et un cacaoyer demande des années avant de donner. Mais tout ce qu'il faut est là : une génétique unique, une recherche solide, un climat favorable, une demande croissante pour les chocolats d'origine et « sans déforestation », et désormais des producteurs organisés.
Pour une Guyane qui importe l'essentiel de ce qu'elle consomme et cherche des filières à forte valeur, le cacao coche beaucoup de cases. Il ne nourrira pas le territoire, mais il raconte quelque chose de juste : partir d'une ressource que la forêt offre déjà, la travailler avec exigence, et en garder la richesse ici. Le chocolat guyanais n'en est qu'à ses premières fèves. C'est peut-être ce qui le rend si prometteur.
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