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Conférence régionale de sécurité des Antilles : la « Déclaration de Martinique » adoptée par 21 délégations, plan à 14 millions

Conférence régionale de sécurité des Antilles : la « Déclaration de Martinique » adoptée par 21 délégations, plan à 14 millions
Ministère de l'Intérieur , D. Mendiboure. Crédit : Ministère de l'intérieur.

Du 29 juin au 3 juillet 2026, Fort-de-France a accueilli la Conférence régionale de sécurité des Antilles, dans le cadre de la présidence française du G7. Vingt-et-une délégations internationales ont adopté le 3 juillet la « Déclaration de Martinique », engagement collectif pour renforcer la coopération contre les trafics illicites dans la Caraïbe. Le plan Antilles-Guyane, mobilisé pour 14 millions d'euros, prévoit le renforcement de 74 agents de sécurité et se déploie autour de cinq axes stratégiques.

Fort-de-France, capitale antillaise d'une semaine diplomatique. Du 29 juin au 3 juillet 2026, la capitale martiniquaise a accueilli la Conférence régionale de sécurité des Antilles, événement international organisé dans le cadre de la présidence française du G7 en 2026. Vingt-et-une délégations sont venues : États caribéens (Trinité-et-Tobago, Barbade, Sainte-Lucie, Dominique, Grenade, République dominicaine, Cuba, Jamaïque, Haïti), États sud-américains riverains (Suriname, Guyana, Brésil, Venezuela, Colombie), États européens avec intérêts caribéens (Pays-Bas via Aruba et Curaçao, Royaume-Uni via ses territoires britanniques), organismes internationaux (Union européenne, ONUDC, CARICOM). Réunion sans précédent par son ampleur et sa géographie.

L'objectif était clair. Face à une augmentation inédite des trafics illicites dans le bassin Caraïbe-Guyane (cocaïne, armes, êtres humains, or issu de l'orpaillage clandestin), les États affectés doivent structurer une réponse coordonnée. La conférence de Fort-de-France a été conçue pour poser les bases de cette coordination, dans un format qui dépasse les cercles bilatéraux habituels.

Point d'aboutissement : la Déclaration de Martinique, adoptée le 3 juillet 2026. Texte politique qui engage les 21 délégations à renforcer les échanges d'information, à harmoniser les procédures d'enquête, à mutualiser certains moyens opérationnels (surveillance maritime, coopération judiciaire), à protéger les populations civiles exposées aux réseaux criminels. La portée juridique reste limitée (une déclaration n'est pas un traité), mais le signal politique est fort.

En parallèle, le gouvernement français a précisé sa contribution à travers le plan Antilles-Guyane, doté de 14 millions d'euros et prévoyant le renforcement de 74 agents de sécurité. Le plan avait été lancé le 29 janvier 2026 par le président de la République. Il est piloté par le ministère de l'Intérieur en articulation avec le ministère des Outre-mer, le ministère de la Justice, le ministère chargé des Comptes publics (pour le volet Douanes) et le ministère des Armées (pour l'opération Harpie en Guyane).

Cinq axes structurent le plan.

Axe 1 — Coopération régionale. Renforcement des liens avec les États voisins, création de postes d'officiers de liaison (notamment à Trinité), harmonisation des procédures avec les partenaires anglophones. C'est l'axe le plus direct, celui qui se traduit en accords bilatéraux et en équipes de terrain conjointes.

Axe 2 — Cordon sanitaire autour des territoires insulaires. Renforcement des contrôles aux points d'entrée maritimes et aériens, brigades maritimes supplémentaires, surveillance côtière, technologies de détection. En Martinique, cela concernera notamment le Grand Port Maritime de la Martinique (GPMLM) et l'aéroport Aimé-Césaire.

Axe 3 — Présence et prévention renforcées. Sur le terrain, dans les quartiers exposés aux réseaux, renforcement des effectifs de police et gendarmerie, actions de prévention auprès des jeunes, coordination avec les acteurs sociaux et éducatifs. C'est l'axe qui touche le plus directement le tissu urbain martiniquais.

Axe 4 — Ciblage des profils vulnérables. Actions dédiées aux publics susceptibles d'être recrutés par les réseaux (jeunes en décrochage, personnes en situation précaire, migrants sans papiers). L'objectif est de réduire le vivier des « mules » et des acteurs de bas niveau qui alimentent les chaînes de trafic.

Axe 5 — Protection des agents. Les personnels qui luttent contre le narcotrafic (policiers, gendarmes, douaniers, magistrats) font l'objet de menaces croissantes. L'axe 5 prévoit des dispositifs de sécurisation, d'accompagnement psychologique, de réponse judiciaire aux atteintes.

Pour les acteurs économiques martiniquais, le plan a plusieurs conséquences pratiques.

Les compagnies aériennes desservant Aimé-Césaire (Air France, Air Caraïbes, Corsair, French Bee) devront intégrer un environnement de contrôle renforcé, avec les procédures qui vont avec.

Les acteurs portuaires (GPMLM, transitaires, transporteurs, importateurs) verront leurs procédures de conformité douanière évoluer, avec des contrôles plus systématiques sur les conteneurs et les flux sensibles.

Les chefs d'entreprise et opérateurs immobiliers exposés à des flux financiers atypiques doivent particulièrement soigner leurs dispositifs LCB-FT (Lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme). La JIRS de Fort-de-France, désormais coordonnée par le PNACO, est en mesure d'engager rapidement des saisines patrimoniales.

Les acteurs sociaux et associatifs engagés dans la prévention (missions locales, structures de jeunesse, associations de quartier) pourront bénéficier de crédits de fonctionnement complémentaires liés à l'axe 4.

Le pari du plan est de faire converger, sur cinq axes et cinq ans, une réponse coordonnée à un phénomène qui a longtemps été traité en silo. Les 14 M€ mobilisés sont modestes rapportés aux enjeux (le narcotrafic pèse plusieurs milliards de dollars annuels dans la seule zone caribéenne). Mais l'ambition n'est pas de mesurer la puissance financière du plan à celle du narcotrafic. Elle est de reconstruire une capacité collective, humaine, institutionnelle, à contenir la vague.

Reste à faire vivre la Déclaration de Martinique. Un texte adopté à Fort-de-France par 21 délégations est une base. Un texte transformé en accords opérationnels, en équipes conjointes, en résultats mesurables serait une réussite politique.

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