La chambre régionale des comptes (CRC) a réintégré dans les comptes de Kourou 6,8 millions d'euros de factures. Elles n'avaient été ni engagées ni mandatées au 31 décembre 2025, c'est-à-dire que la commune n'avait ni réservé les crédits ni donné l'ordre de les payer. Avec ces corrections, le déficit de clôture 2025 du budget principal passe de 18,4 à 20,4 millions d'euros.
L'avis n° 2026-0053, rendu le 24 septembre et publié le 16 octobre, va plus loin. La chambre juge que le budget primitif 2026, voté le 5 juin, « n'est pas en équilibre réel ». Elle propose au préfet de Guyane de le régler lui-même, en modifiant le budget voté par le conseil municipal.
Des fournisseurs hors des écritures
Le détail des corrections intéresse directement les entreprises qui travaillent avec la commune. En fonctionnement, la chambre a ajouté 4,4 millions d'euros de factures au chapitre des charges à caractère général, celui des achats, des prestations et de l'entretien. En investissement, elle en a ajouté 2,4 millions.
Ce sont des dépenses réelles, déjà facturées, qui n'apparaissaient pas dans les comptes de la commune. L'avis ne précise pas depuis combien de temps ces factures attendent, ni à combien s'élève la dette fournisseurs totale de la commune. Il ne donne pas non plus de délai de paiement.
D'autres dettes ont été réintégrées. La commune doit 921 602 euros de taxes foncières et d'habitation. La chambre a aussi procédé au mandatement d'office d'une dette de 2 millions d'euros due à l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) : c'est l'inscription d'une dépense obligatoire que la commune n'avait pas inscrite elle-même.
Un plan de redressement qui ne tient plus
Kourou est sous surveillance budgétaire depuis 2019. Un premier avis de la chambre, en août 2019, avait fixé une trajectoire de redressement jusqu'en 2024. Un second, en septembre 2025, l'a prolongée jusqu'en 2029. Le budget 2025 avait déjà été arrêté en déséquilibre par le préfet, sur proposition de la chambre.
La chambre constate que la commune n'a pas respecté cette trajectoire depuis plusieurs exercices. Pour 2025, le plan prévoyait un excédent de fonctionnement de 867 313 euros. Après corrections, l'exercice se solde par un déficit de 5,8 millions.
Le budget 2026 creuse l'écart. La trajectoire visait un excédent de fonctionnement de 1,6 million d'euros sur l'année. Le budget corrigé par la chambre affiche un déficit de 6,9 millions, soit un écart de 8,4 millions.
Ce ne sont pas les salaires
L'avis permet de localiser l'origine du dérapage. Les dépenses de personnel sont inscrites à 28,8 millions d'euros, légèrement sous la trajectoire, qui en prévoyait 29,4. Les recettes fiscales dépassent l'objectif de 2,1 millions.
Le problème se situe sur deux autres postes. Les charges à caractère général atteignent 15,2 millions d'euros, contre 8,9 millions prévus. Les autres charges de gestion courante, qui regroupent notamment les subventions et les participations versées, montent à 7,9 millions, contre 2,7 millions. Selon la chambre, ces deux postes ont doublé ensemble par rapport à la trajectoire. Elle demande à la commune de les contrôler plus strictement pour « se réinscrire » dans son plan.
Roura dans la même procédure
Kourou n'est pas seule. Dans un avis publié la veille, le 15 octobre, la même chambre juge que le budget 2026 de Roura n'est pas non plus en équilibre réel. Le déficit de clôture 2025 de la commune atteint 1,86 million d'euros. La chambre lui demande de contenir nettement ses dépenses de fonctionnement, en particulier ses charges de personnel, qui dépassent la trajectoire de 641 542 euros.
Dans les deux cas, la procédure est la même. Le code général des collectivités territoriales prévoit qu'une commune dont le compte présente un déficit important est placée sous le contrôle de la chambre. Si le budget suivant ne comporte pas de mesures suffisantes pour le résorber, la chambre propose des corrections et le préfet règle le budget. S'il s'écarte des propositions de la chambre, il doit motiver sa décision.
Ce qui vient ensuite
Le préfet doit désormais arrêter le budget 2026 de Kourou et celui de Roura. Les deux communes devront ensuite transmettre à la chambre leur compte financier 2026 et leur budget 2027. L'avis de la chambre doit être rendu public sans délai par chaque commune et présenté à son conseil municipal.
Pour les entreprises qui ont des factures en attente auprès de Kourou, le point à suivre est le budget réglé par le préfet. C'est lui qui fixera les crédits disponibles pour payer les dépenses réintégrées par la chambre.
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