Le rapport d'Aude Luquet, coordinatrice interministérielle pour l'égalité entre les femmes et les hommes en Outre-mer, publié cet été, constate des inégalités « plus prononcées et davantage complexes » dans les territoires ultramarins que dans l'Hexagone. Quinze recommandations couvrent la lutte contre les violences, la formation, l'émancipation économique. Aucune n'est contraignante. Pour la Guyane, où la monoparentalité, la précarité féminine et les violences intrafamiliales atteignent des niveaux parmi les plus élevés du pays, le rapport nomme un problème connu et laisse ouverte la question de qui paiera pour le traiter.
« Plus prononcées et davantage complexes. » La formule du rapport résume une double réalité. Les écarts entre femmes et hommes sont plus larges en Outre-mer qu'en France hexagonale, et les mécanismes qui les produisent sont plus enchevêtrés : précarité, isolement géographique, poids des structures familiales, faiblesse de l'offre de formation, éloignement des services publics.
D'un rapport à l'autre
Aude Luquet, ancienne députée, a pris en janvier 2025 la suite de Justine Bénin à la coordination interministérielle. Le rapport Bénin, remis en octobre 2024, portait sur les violences intrafamiliales et formulait quarante-quatre recommandations. La mission de Luquet a été élargie : égalité professionnelle et économique, accès à l'éducation et aux formations stratégiques, santé des femmes, émancipation des jeunes filles.
Le rapport publié cet été est le produit de cette mission élargie. Ses quinze recommandations s'organisent autour de plusieurs axes : renforcement des dispositifs de protection contre les violences, développement de la formation des femmes vers les secteurs porteurs, soutien à l'entrepreneuriat féminin, adaptation des politiques publiques aux réalités de chaque territoire plutôt que transposition des recettes hexagonales.
Le ministère des Outre-mer a accompagné la démarche d'un appel à projets doté de 500 000 euros, « Mobilisés en faveur de l'égalité entre les femmes et les hommes en Outre-mer », destiné aux associations et collectivités porteuses d'actions locales.
Ce que la Guyane a de spécifique
Le territoire cumule plusieurs des facteurs que le rapport identifie.
La monoparentalité. La Guyane compte l'une des proportions de familles monoparentales les plus élevées de France, très majoritairement portées par des femmes. Une mère seule avec plusieurs enfants, sans réseau familial proche, dans une commune éloignée des services, cumule les obstacles à l'emploi, à la formation, à l'autonomie.
Le taux d'activité féminin. Il reste nettement inférieur à celui des hommes, et inférieur à la moyenne hexagonale. Une partie des femmes guyanaises est hors du marché du travail formel, dans l'économie domestique ou informelle, sans droits sociaux propres.
Les violences. Les signalements de violences conjugales et intrafamiliales sont, rapportés à la population, parmi les plus élevés du pays. Les dispositifs d'accueil et d'hébergement d'urgence sont sous-dimensionnés, particulièrement dans l'ouest et dans les communes de l'intérieur.
L'accès aux droits. Une part importante des femmes en situation de précarité en Guyane est étrangère ou en cours de régularisation. Les délais administratifs, qui atteignent plusieurs mois pour les demandes d'asile, retardent d'autant l'accès aux protections.
La limite du rapport
Quinze recommandations non contraignantes. Un appel à projets de 500 000 euros pour l'ensemble des Outre-mer. Un mandat de coordinatrice d'un an, renouvelable. Les moyens ne sont pas à la hauteur du diagnostic.
Le rapport le reconnaît implicitement en insistant sur les solutions à moindre coût : meilleure coordination des dispositifs existants, mise en réseau des acteurs de terrain, sensibilisation. Ce sont des leviers réels, mais qui ne remplacent ni les places d'hébergement d'urgence, ni les formations qualifiantes, ni les postes de travailleurs sociaux.
Ce que les acteurs guyanais peuvent en faire
Pour les associations, le rapport et l'appel à projets qui l'accompagne ouvrent une fenêtre de financement, modeste mais réelle. Les structures guyanaises d'accompagnement des femmes victimes de violences, d'insertion professionnelle, de soutien à l'entrepreneuriat féminin ont intérêt à se positionner.
Pour les entreprises, le sujet n'est pas seulement social. L'index d'égalité professionnelle s'applique aux entreprises de plus de cinquante salariés, en Guyane comme ailleurs. Les écarts de rémunération, de promotion, d'accès aux postes à responsabilité y sont mesurables et, dans certains secteurs (BTP, transport, spatial), marqués. Le rapport Luquet donne un cadre pour que les branches professionnelles s'en saisissent.
Pour la CTG et les communes, il s'agit d'articuler les compétences locales (formation professionnelle, action sociale, petite enfance) avec les priorités du rapport. Les modes de garde, en particulier, sont un levier direct sur l'activité féminine : sans place en crèche, une mère seule ne travaille pas.
Le rapport Luquet ne découvre rien que les acteurs guyanais ne sachent. Il le dit avec l'autorité d'une mission interministérielle. La suite dépend de ce que les administrations et les collectivités feront d'un texte qui ne les oblige à rien.
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