Le compte à rebours est lancé. Orange Caraïbe procédera à l'extinction de son réseau 2G à Cayenne et Rémire-Montjoly le 21 avril 2026, avant une généralisation progressive à l'ensemble du territoire guyanais entre le 29 septembre et le 26 novembre 2026. Cette transition, encadrée par l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep), marque la fin d'une technologie vieille de trente ans et pose des questions concrètes pour les usagers, les professionnels et les territoires isolés du territoire.
La fermeture du réseau 2G s'inscrit dans un mouvement national et international d'extinction progressive des technologies mobiles de première et deuxième génération. En métropole, Orange a amorcé les premières extinctions 2G le 31 mars 2026 dans le Pays Basque. Aux Antilles-Guyane, c'est Orange Caraïbe qui pilote le calendrier territorial. Digicel, autre opérateur présent sur la zone, avait de son côté déjà procédé à des extinctions progressives tout au long de l'année 2025 en Guyane, en Martinique, en Guadeloupe, à Saint-Martin et à Saint-Barthélemy.
Un calendrier en deux phases pour la Guyane
La fiche pratique de l'Arcep, mise à jour le 30 mars 2026, détaille le calendrier applicable aux territoires d'outre-mer. Pour la Guyane, deux échéances structurent la transition :
La première phase concerne Cayenne et Rémire-Montjoly, les deux communes les plus peuplées et les mieux couvertes en 4G du territoire. L'extinction 2G y est programmée au 21 avril 2026. La deuxième phase, entre le 29 septembre et le 26 novembre 2026, étendra l'extinction à l'ensemble du territoire guyanais. En Martinique, la première extinction est prévue le 19 mai 2026.
Ce calendrier progressif répond à une logique d'accompagnement des usagers : en commençant par les zones urbaines les mieux équipées, les opérateurs et les pouvoirs publics disposent d'un délai pour identifier les foyers et équipements non encore compatibles 4G dans les zones plus reculées, et anticiper les situations de rupture de service.
Quels usagers sont concernés ?
Le grand public est en grande partie déjà basculé vers la 4G. Selon l'Arcep, plus de 99,8 % des sites d'émission 2G et 3G sont aujourd'hui également équipés en 4G. Pour les particuliers possédant encore des téléphones 2G ou 3G souvent des modèles anciens ou des téléphones dit « basiques » la transition nécessitera l'acquisition d'un appareil compatible 4G VoLTE (Voice over LTE), technologie permettant de passer des appels via le réseau 4G.
Les professionnels et les entreprises constituent une catégorie particulièrement exposée. De nombreux équipements utilisent encore la 2G pour des communications machine-to-machine : systèmes d'alarme, compteurs connectés, terminaux de paiement, objets connectés industriels, équipements de géolocalisation de flottes de véhicules. En Guyane, secteur forestier, agriculture, BTP et pêche utilisent ce type de terminaux pour leurs opérations de terrain. Ces équipements devront être mis à jour ou remplacés avant les dates d'extinction sous peine de perte de connexion.
L'Arcep recommande à tout professionnel d'effectuer dès maintenant un diagnostic de ses équipements en contactant son fournisseur de service, qui peut être amené à déclencher des campagnes d'information, de mise à jour logicielle ou de remplacement matériel.
L'enjeu spécifique des zones isolées de Guyane
La Guyane présente une configuration géographique et démographique unique en France. Avec 83 000 km² de superficie soit un sixième de la France métropolitaine et une population concentrée sur la bande côtière, le territoire compte de nombreuses communes de l'intérieur accessibles uniquement par voie fluviale ou aérienne : Saint-Laurent-du-Maroni, Maripasoula, Papaichton, Saint-Georges-de-l'Oyapock, Grand-Santi. Ces communes, souvent peuplées de communautés amérindiennes et bushinenge, dépendent de réseaux mobiles dont la couverture reste inégale.
La question centrale est celle-ci : au moment de l'extinction généralisée du 2G, ces territoires seront-ils effectivement couverts par la 4G ? L'Arcep publie des cartes de couverture par département qui permettent de vérifier l'état de la couverture mobile en 4G pour chaque opérateur. En Guyane, les zones intérieures présentent encore d'importantes zones blanches ou grises en 4G. L'extinction de la 2G dans ces zones sans alternative fonctionnelle serait synonyme de rupture totale de communication pour leurs habitants.
Les obligations de couverture imposées aux opérateurs dans le cadre de leurs licences mobiles prévoient des engagements de déploiement, mais ces obligations se heurtent aux contraintes économiques et techniques propres à la Guyane : coût de déploiement en forêt tropicale, absence d'infrastructures routières, faible densité de population. L'extinction de la 2G constitue donc un test de la solidarité numérique territoriale.
Ce que la transition implique concrètement
Pour les usagers résidant à Cayenne et Rémire-Montjoly, la date du 21 avril est une échéance immédiate. Tout appareil non compatible 4G VoLTE sera hors service pour les appels vocaux et les SMS à partir de cette date. La transition ne s'accompagne d'aucune modification tarifaire : Orange a indiqué que la fermeture interviendra sans changement d'offre ni augmentation de prix.
Pour les professionnels équipés de terminaux 2G, le calendrier impose d'agir sans délai. Les démarches auprès des fournisseurs de solutions IoT ou de sécurité pour identifier les équipements concernés et planifier leur remplacement doivent être engagées maintenant, afin d'éviter des interruptions de service opérationnelles au moment des extinctions.
La fermeture de la 2G est aussi une opportunité : les ressources spectrales libérées par l'extinction des anciens réseaux permettront aux opérateurs de renforcer la qualité et la capacité de leurs réseaux 4G et 5G. Pour la Guyane, territoire en retard numérique structurel, cet élan technologique ne prendra son sens qu'à condition que la couverture 4G soit effectivement déployée avant que le dernier signal 2G ne s'éteigne.
Cet article vous a plu ?
Inscrivez-vous gratuitement pour recevoir les prochains directement par email.
Pas de publicité, pas de spam, données jamais revendues.

À lire aussi
Orpaillage illégal : trois barges détruites sur l'Oyapock, une économie souterraine dopée par un or à 150 dollars le gramme
oct. 22, 2026
Guadeloupe : une nuit plus calme, le dialogue toujours rompu
oct. 22, 2026
Vie chère : deuxième nuit de violences en Martinique
oct. 21, 2026