Martinique. Après deux homicides et deux tentatives d’homicide par arme à feu survenus ce week-end, les autorités réaffirment leur mobilisation face à une violence armée qui continue de gagner du terrain.
« Ces derniers événements graves confortent la détermination de l’ensemble des services de l’État sous la responsabilité du préfet de la Martinique et, s’agissant des enquêtes judiciaires, du procureur de la République, à lutter contre la circulation des armes à feu. » Dans un communiqué diffusé le 1er juin, au lendemain d’un week-end marqué par deux homicides et deux tentatives d’homicide par arme à feu, les services de l’État ont réaffirmé leur volonté de renforcer la lutte contre la circulation des armes en Martinique.
Entre le 30 mai et le 1er juin, deux hommes ont été tués par balles, l’un au François, l’autre à Fort-de-France, dans le quartier de Volga Plage. Deux autres fusillades, qualifiées de tentatives d’homicide, se sont également produites au Lamentin devant une discothèque et au Saint-Esprit lors d’une soirée privée. Dans son communiqué, la préfecture souligne que ces affaires, « qui ne sont pas liées entre elles », ont néanmoins « pour point commun l’emploi d’armes à feu dans des contextes d’altercations ».
Sous l’autorité du procureur de la République, les services de police et de gendarmerie sont « pleinement mobilisés pour retrouver les auteurs ». La préfecture annonce également que « les opérations de contrôle pour saisir des armes à feu seront poursuivies et amplifiées ».
Cette mobilisation s’appuie sur des moyens déjà renforcés. En 2025, 294 armes à feu illégales ont été saisies en Martinique. Depuis le début de l’année 2026, 93 armes ont déjà été retirées de la circulation. Grâce aux renforts obtenus au second semestre 2025, deux groupes d’investigation spécialisés dans les trafics d’armes ont été créés au sein de la section de recherches de la gendarmerie et du service territorial de la police judiciaire.
Depuis septembre 2025, le groupe de la gendarmerie a procédé à 19 interpellations ayant conduit à 12 poursuites pénales. Celui de la police nationale a été mobilisé sur 12 enquêtes, « dont certaines aux ramifications internationales ». Les autorités mettent également en avant les résultats des contrôles maritimes. Depuis février 2025, 56 interceptions de débarquements clandestins ont été réalisées, dont 16 depuis le début de l’année, permettant la saisie de plusieurs armes à feu et de plusieurs milliers de munitions.
Au-delà de l’action répressive, le préfet et le procureur rappellent que « toute information, tout signalement, peut avoir une importance décisive pour aider les enquêteurs, démanteler les réseaux de trafics d’armes et sauver des vies ». Ils soulignent également que « la réponse face à la violence, qui touche en premier lieu les jeunes, ne peut pas être que sécuritaire ».
Une mobilisation collective réclamée
Quelques jours avant ces nouveaux faits de violence, la Collectivité territoriale de Martinique avait déjà tiré la sonnette d’alarme. Dans un communiqué publié le 29 mai, elle estimait que l’île traversait « une situation d’une gravité exceptionnelle » marquée par « la montée des violences, la circulation des armes, l’emprise du narcotrafic, les règlements de comptes, les rixes, le décrochage et l’exposition précoce de certains jeunes à l’économie souterraine ».
La collectivité rappelait alors que 40 homicides avaient été recensés en Martinique en 2025, dont 34 par arme à feu. Au 26 mai 2026, 12 homicides avaient déjà été enregistrés, dont 10 commis avec une arme à feu. Les deux meurtres survenus durant le week-end portent désormais ce bilan à 14 victimes depuis le début de l’année.
Pour la CTM, « derrière ces chiffres, il y a des vies fauchées, des familles endeuillées, des quartiers fragilisés, des jeunes happés par la violence et des communes en première ligne face à une situation qui dépasse désormais les capacités ordinaires d’intervention locale ». Elle estime que « toute inertie est inacceptable » et appelle à une mobilisation de l’ensemble des acteurs du territoire.
À sa demande, une conférence régionale de sécurité se tiendra en Martinique au mois de juillet sous l’autorité de l’État. En amont, le président du Conseil exécutif, Serge Letchimy, réunira le 17 juin les parlementaires, les 34 maires de Martinique, les présidents d’EPCI, les services de l’État compétents en matière de sécurité et de prévention de la délinquance, ainsi que les acteurs de la justice, de l’insertion, de la jeunesse et de l’éducation.
Cette rencontre doit permettre d’aborder les enjeux liés à la prévention des ruptures, à l’accompagnement des familles, à l’insertion des jeunes et aux alternatives à l’économie informelle. « Face à la violence et au narcotrafic, aucune institution ne peut agir seule. L’État doit assumer ses compétences en matière de sécurité. Mais la réponse doit aussi être éducative, sociale, locale et collective. Nous devons protéger nos familles, encadrer nos jeunes, prévenir les ruptures et construire des alternatives réelles à l’économie de la violence », a déclaré Serge Letchimy.
L’appel à un « sursaut républicain »
Cette prise de position s’inscrit dans la continuité d’une démarche engagée quelques jours plus tôt auprès du chef de l’État. Le 26 mai, à la suite de la fusillade survenue le 22 mai sur le front de mer du Robert, Serge Letchimy adressait un courrier à Emmanuel Macron pour l’alerter sur l’aggravation de la violence armée en Martinique.
Le président du Conseil exécutif y déplorait ce qu’il qualifie de « routine macabre » et appelait l’État à un « sursaut républicain » face à une situation qu’il juge désormais hors norme. Tout en reconnaissant les efforts déjà engagés, il estimait que ceux-ci demeuraient insuffisants au regard de l’ampleur du phénomène et plaidait pour des mesures exceptionnelles afin de lutter contre les trafics d’armes et protéger la jeunesse martiniquaise.
À quelques semaines de la conférence régionale de sécurité, la convergence des messages portés par la préfecture, le parquet et la CTM traduit une préoccupation commune. Tous insistent désormais sur la nécessité de conjuguer action répressive, prévention et mobilisation collective pour enrayer une violence armée qui continue de faire des victimes sur le territoire.
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