Croissance en trompe-l'œil en Guyane : l'activité s'emballe, les entreprises s'éteignent

Croissance en trompe-l'œil en Guyane : l'activité s'emballe, les entreprises s'éteignent
Image d'illustration. DR

L'activité économique guyanaise affiche une vigueur inhabituelle au premier semestre 2026. Mais derrière les bons chiffres de l'Insee, le chômage reste au plus haut, les défaillances d'entreprises explosent et les PME, privées de commande publique, s'effritent.

Une activité au plus haut depuis des années

L'activité économique guyanaise affiche une vigueur inhabituelle au premier semestre 2026. Selon le tableau de bord de la conjoncture de l'Insee, les heures rémunérées ont progressé de 3,8 % en juin 2026 sur un an, la meilleure performance mensuelle de l'année, portée par la construction (+1,1 point de contribution), l'industrie (+0,9 point) et les services marchands (+1,3 point). L'emploi salarié atteint 75 700 postes au premier trimestre 2026, avec une industrie en hausse de 1,4 %, et ce rebond s'inscrit dans la continuité de la croissance de 3,9 % du PIB enregistrée en 2025, tirée par la reprise spatiale et les exportations (+76,1 %), comme le détaille l'Insee Analyses Guyane n° 82 publié le 9 juillet dernier.

Chômage, défaillances : les fractures du modèle

Pourtant, ce tableau lumineux masque une fragilité structurelle inquiétante. Le taux de chômage atteint 19,3 % de la population active au premier trimestre 2026, contre 8,1 % en France hors Mayotte, et près de 19 960 personnes sont inscrites à France Travail en catégories A, B, C. Surtout, l'indice Insee de défaillances d'entreprises s'envole : après être passé de 158 en juin 2025 à plus de 212 en décembre, il se situe autour de 256 au printemps 2026, presque le double du niveau national (137). Le PIB par habitant, à 18 500 euros, reste le plus faible des départements d'outre-mer, et la commande publique, en recul (investissement public en baisse de 9,2 % en 2025, consommation publique en repli de 1,9 %), ne compense plus.

Une croissance à deux vitesses

Cette contradiction tient à la nature de la croissance, concentrée sur le spatial et quelques grands projets privés, comme la centrale du Larivot ou la biomasse de Sinnamary, pendant que le tissu de PME, historiquement dépendant de la commande publique, s'effrite. La procédure lancée le 11 juin par le tribunal mixte de commerce de Cayenne, qui a convoqué 1 500 entreprises (dont une cinquantaine seulement se sont présentées, la plupart ayant régularisé leur situation), illustre la tension : si l'opération relève d'une mise à jour administrative classique, selon son président Charles Tellier, elle s'inscrit dans un contexte où redressements et liquidations judiciaires auraient bondi de plus de 200 % en un an, chiffre rapporté uniquement par peyi.guyane et que nous n'avons pu recouper auprès d'une seconde source. Dave Drelin, président du MEDEF Guyane, y voit la preuve qu'il faut sortir de cette hyperdépendance à la commande publique et bâtir une économie fondée sur la valorisation locale des ressources. La question centrale des prochains mois : la programmation pluriannuelle d'investissement de 200 millions d'euros annoncée par la CTG pour 2027 parviendra-t-elle à irriguer les PME, ou seulement les grands chantiers ?

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