« Le déclenchement du plan Orsec en 2026 est inéluctable. » Le préfet de Guyane Antoine Poussier n'a pas laissé de doute, le 4 septembre, à l'issue d'une réunion de préparation en préfecture. Selon les prévisions actuelles, le dispositif d'urgence pourrait être activé dès le début du mois d'octobre, contre fin octobre lors de l'épisode 2024. Approvisionnement en eau et en marchandises, circulation sur les fleuves, continuité scolaire, production électrique : les volets du plan se mettent en place.
Le 4 septembre en préfecture, les services de l'État, la CTG, les opérateurs de réseaux et les représentants des communes de l'intérieur ont passé en revue ce qui les attend. Le message du préfet en sortie de réunion tenait en une idée : vérifier que chacun a commencé à prendre ses dispositions.
Il y a deux ans, le plan Orsec sécheresse avait été déclenché fin octobre 2024, dans l'urgence, alors que le Maroni était déjà au plus bas et que les communes du fleuve manquaient de tout. Cette fois, l'État veut activer le dispositif avant la crise, pas pendant.
Ce qu'est un plan Orsec
Le plan Orsec, pour Organisation de la réponse de sécurité civile, est le cadre juridique qui permet au préfet de coordonner l'ensemble des moyens publics et privés face à un événement majeur. Une fois déclenché, il autorise la réquisition de moyens, la mobilisation des forces armées en appui, la priorisation des flux logistiques et la mise en œuvre de mesures dérogatoires.
Pour la sécheresse guyanaise, le plan cible principalement la continuité territoriale avec les communes de l'intérieur, dont l'approvisionnement dépend de la navigation fluviale sur le Maroni et l'Oyapock.
Les volets qui se préparent
Le fret. Quand les pirogues ne passent plus, il faut voler. Les autorités ont identifié deux ressources : les avions des compagnies Van Air et Guyane Express Fly, et les Casa des Forces armées en Guyane. Une liste de biens prioritaires doit être établie avec la CTG. Les transporteurs fluviaux ont déjà commencé à réduire le tonnage de leurs embarcations. D'ici fin septembre, seules les pirogues de taille moyenne pourront circuler sur certains tronçons.
L'eau. À Maripasoula, des travaux de régénération des forages sont en cours. Des chantiers similaires sont prévus à Papaïchton et Grand-Santi pour améliorer le rendement des puits. Sur le littoral, la menace est différente : la remontée du biseau salin, l'eau de mer qui s'infiltre dans les captages d'eau douce à marée haute. Une salinité trop élevée peut entraîner l'interdiction de consommer l'eau du robinet. Des mesures préventives ont été prises sur les captages exposés.
L'école. La CTG augmente les stocks d'eau potable dans les collèges et lycées. Pour le transport scolaire dans les zones isolées, le préfet a évoqué des mesures de continuité pédagogique, sans en détailler le contenu à ce stade.
L'énergie. EDF Guyane a annoncé le 9 septembre le renforcement de ses réserves de carburant dans les communes du Lawa, où les centrales thermiques dépendent d'un approvisionnement fluvial. Une rupture de livraison signifierait des coupures d'électricité prolongées.
L'agriculture. La Chambre d'agriculture a mis en place une cellule pour faire remonter les difficultés des exploitants. L'état de calamité agricole avait été reconnu pour la saison 2024. À Mana, une convention signée le 16 septembre entre la mairie et le SDIS permet aux pompiers d'acheminer de l'eau aux éleveurs dont les bêtes n'ont plus de quoi s'abreuver.
Le calendrier climatique
Météo-France Guyane confirme la trajectoire. Juillet et août ont été des mois records en déficit de précipitations. L'épisode El Niño va aller crescendo jusqu'en décembre, puis se poursuivre sur les premiers mois de 2027. Les températures dépassent régulièrement la normale de plus d'un degré. Le Maroni pourrait atteindre son niveau le plus bas dans quelques semaines.
La séquence est donc longue. Un plan Orsec activé en octobre pourrait rester en vigueur jusqu'au retour effectif des pluies, potentiellement au premier trimestre 2027.
Ce qui change par rapport à 2024
L'anticipation. Les réunions de coordination ont commencé un mois avant l'activation probable du plan, là où en 2024 elles avaient suivi le déclenchement.
Les moyens aériens. La bascule fluvial-aérien est planifiée, avec des opérateurs identifiés, plutôt qu'improvisée.
Les forages. Les travaux de régénération à Maripasoula sont en cours avant la crise, pas pendant.
Ce qui ne change pas : la dépendance structurelle des communes de l'intérieur à des fleuves dont le régime devient imprévisible. Deux épisodes El Niño majeurs en trois ans posent la question d'une réponse qui dépasse le plan d'urgence. Le maire de Maripasoula, Jonathan Abienso, a demandé publiquement le 8 septembre des solutions pérennes pour le fret. La question est posée. Le plan Orsec y répond pour cette saison, pas pour les suivantes.
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