Lors de la présentation de l’enquête de la chambre régionale des comptes sur les Ehpad, mercredi, Serge Letchimy a mis en avant l’action de la Collectivité et appelé l’État à revoir ses compensations.
Moins de 2 000 places en Ehpad, 4,9 millions d’euros de déficits cumulés dans les établissements contrôlés et plus d’un milliard d’euros de dépenses d’autonomie non compensées par l’État depuis 2004 : la question du grand âge en Martinique a été au cœur de la présentation, le 4 novembre à l’Hôtel de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM), de l’enquête « Vieillir en Martinique : le défi de la prise en charge en Éhpad ». Publiée le 8 octobre par la chambre régionale des comptes (CRC), elle a été présentée par la Première présidente de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin, devant la presse et les professionnels du secteur. Le président du Conseil exécutif, Serge Letchimy, et le directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS), Yves Servant, étaient à ses côtés.
« La qualité des soins apportés en Martinique est bonne, en termes de propreté, d’hygiène, de vie sociale, de qualité aussi ressentie par les personnes âgées et leurs familles », a souligné Amélie de Montchalin. Elle a ajouté que « budgétairement, cela a un coût », avec « des surcoûts qui sont liés, évidemment, à l’éloignement, à l’insularité ». Le rapport « recommande notamment que la collectivité trace une vision pluriannuelle de ses investissements, de la trajectoire de vieillissement, du niveau de dépendance et du bon niveau d’accompagnement qui est nécessaire selon les personnes », a-t-elle expliqué.
L’enquête repose sur le contrôle de sept Ehpad et d’un service autonomie à domicile. En 2050, selon le Sénat, la Martinique sera la collectivité la plus âgée de France. Selon la CTM, 36 % de la population a déjà 60 ans ou plus, contre 29 % dans l’Hexagone. Au moins 3 800 personnes supplémentaires seront en perte d’autonomie importante d’ici 2030.
Une offre en deçà des besoins
Le territoire compte 16,6 places en Ehpad pour 1 000 habitants de 60 ans et plus, contre 39,3 en France entière. Le schéma de l’autonomie 2018-2023 de la CTM, aujourd’hui caduc, estimait qu’il faudrait créer plus de 4 700 places pour rejoindre le niveau national. Au Prêcheur, la liste d’attente est passée de 31 demandes en 2021 à 161 en 2025. La chambre souligne aussi le poids de la pauvreté : 84 % des places sont habilitées à l’aide sociale à l’hébergement, contre 14,8 % dans l’Hexagone, et 32 % des 75 ans et plus vivent sous le seuil de pauvreté.
Une qualité réelle mais peu formalisée
La chambre relève une animation abondante, des locaux globalement adaptés et un encadrement au chevet compris entre 0,32 et 1,19 équivalent temps plein par résident. Selon l’enquête de satisfaction, 80 % des résidents se disent très satisfaits, mais seuls 43 % apprécient la qualité et le goût des repas. La chambre note en revanche que les événements indésirables graves ne sont pas transmis aux autorités. Les évaluations externes manquent dans la moitié des structures, et trois établissements n’ont pas de conseil de la vie sociale. Le temps de présence du médecin coordonnateur est inférieur au seuil réglementaire dans quatre Ehpad sur sept. La plupart des établissements n’ont aucun protocole écrit avec un hôpital pour gérer les urgences.
Des finances fragilisées
Entre 2021 et 2024, 86 % des exercices de la section hébergement ont été déficitaires, et deux structures privées ont été placées en redressement judiciaire. Le coût de revient d’une place varie de 57 500 à plus de 101 000 euros par an, bien au-delà des 28 500 à 31 300 euros facturés pour une place habilitée. La CTM a en outre réduit de 6,57 % les moyens alloués aux établissements en 2025, alors que certains tarifs dépassent déjà 3 200 euros par mois, pour un revenu médian de 1 648 euros. La chambre y voit « un report de la contrainte financière vers les usagers ».
La Collectivité met en avant son action
Dans un communiqué, la CTM a détaillé ses efforts. En 2025, elle a accompagné plus de 12 000 bénéficiaires de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) et plus de 4 000 de la prestation de compensation du handicap (PCH), pour 118,4 millions d’euros. Le soutien à domicile a bénéficié à 8 264 personnes, et le tarif horaire des services est passé de 23,50 euros en 2024 à 25 euros en 2026. Un calendrier d’appels à projets conjoints avec l’ARS a été publié en juillet. Il cible le Nord Atlantique et le Sud, pour créer des places en résidences autonomie, en petites unités de vie et en accueil de jour. La chambre ne recensait qu’un contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens sur l’île ; la Collectivité annonce trois premiers contrats engagés pour des Ehpad en grande difficulté financière.
« J’appelle l’État à honorer ses engagements »
La CTM estime toutefois ne pas pouvoir relever seule le défi. Selon elle, les compensations de l’État ne couvrent plus que 26,78 % des dépenses d’APA et de PCH en 2025, contre 35,82 % en 2023. Le reste à charge cumulé depuis 2004 atteint 678 millions d’euros pour l’APA et 330 millions pour la PCH. Selon la Collectivité, une lettre d’intention cosignée avec la ministre déléguée à l’Autonomie et au Handicap engage une révision du mode de calcul. « La Martinique affronte le vieillissement le plus rapide de France avec des moyens qui sont loin d’être suffisants », a déclaré Serge Letchimy, avant d’ajouter : « J’appelle l’État à honorer ses engagements, par une compensation à la hauteur de notre réalité démographique. » Dans un autre communiqué, il avait affirmé que « bien vieillir ne doit pas être un privilège, mais une possibilité offerte à chaque Martiniquaise et à chaque Martiniquais ».
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