L’Agence régionale de santé (ARS) de Guyane a annoncé le 17 avril vouloir maintenir un stock permanent de 1 000 doses de vaccin contre le chikungunya sur le territoire. Depuis fin janvier 2026, plus de 100 cas ont été biologiquement confirmés, dont 22 hospitalisations et une forme sévère. Huit foyers épidémiques restent actifs sur le littoral Ouest, principalement à Saint-Laurent du Maroni et Mana, qui concentrent 87 % des contaminations.
Le 9 avril, la Haute Autorité de santé (HAS) a rendu un avis distinguant deux vaccins autorisés. Le Vimkunya (Bavarian Nordic) est recommandé pour les personnes de 65 ans et plus, ainsi que pour celles de 12 à 64 ans présentant des comorbidités. L’Ixchiq (Valneva), premier vaccin contre le chikungunya à avoir obtenu une autorisation de mise sur le marché, voit son usage restreint aux 18-64 ans sans comorbidité, après évaluation individuelle du rapport bénéfice-risque. La HAS maintient la suspension de l’Ixchiq chez les plus de 65 ans, prononcée en avril 2025, en raison de signaux de pharmacovigilance notamment des effets indésirables neurologiques graves.
Les deux vaccins seront distribués gratuitement. L’ARS prend en charge l’achat et la logistique de distribution. Une première livraison est attendue dans les prochains jours, avec un acheminement via les grossistes-répartiteurs vers les pharmacies, les établissements de santé et les centres de prévention. La Semaine guyanaise de la vaccination, programmée du 27 avril au 3 mai, servira de rampe de lancement à la campagne. Un webinaire régional est prévu le 29 avril pour coordonner la stratégie vaccinale avec les professionnels de terrain.
Sur le plan épidémiologique, la situation reste contenue sans atteindre le stade d’épidémie généralisée. Le littoral Ouest est classé en phase de « foyers épidémiques » par Santé publique France, avec une dizaine de nouveaux cas confirmés chaque semaine depuis janvier. Les secteurs du Maroni et des Savanes sont passés en phase de transmission sporadique, tandis que l’Île de Cayenne, l’Intérieur et l’Oyapock demeurent en surveillance. Le vecteur, le moustique Aedes aegypti, prolifère en saison des pluies, qui se prolonge jusqu’en juillet en Guyane, laissant craindre une accélération de la circulation virale dans les semaines à venir.
Le chikungunya avait frappé la Guyane une première fois en 2014-2015, avec plus de 16 000 cas cliniquement évocateurs et un impact majeur sur le système de santé et l’activité économique absentéisme prolongé lié aux douleurs articulaires invalidantes qui caractérisent la maladie. La disponibilité de vaccins, inexistants à l’époque, change la donne pour cette réémergence. Mais le défi logistique reste entier dans un territoire de 84 000 km², où les communes de l’intérieur ne sont accessibles que par voie fluviale ou aérienne, et où le réseau de pharmacies se concentre sur le littoral.
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