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Santé en Guyane : les quatre rendez-vous qui font de 2026 une année charnière

Santé en Guyane : les quatre rendez-vous qui font de 2026 une année charnière
Face du CHU de Cayenne | CHUG

Cinq jours en mars. Trois sites. Trois hôpitaux de proximité. Et, en septembre, quatre mille mètres carrés de consultations neuves qui ouvrent à Cayenne. 2026 n'est pas une année ordinaire pour la santé en Guyane : c'est l'année où le CHU, officiellement créé le 16 juin 2025, passe son premier grand examen.

Moins d'un an après la fusion des centres hospitaliers de Cayenne, de Kourou et de l'Ouest guyanais en un seul CHU, la jeune institution aborde une année charnière. Quatre rendez-vous structurants vont dire, chacun à leur façon, si la promesse de la consolidation tient. Le premier est administratif et très dur : la certification par la Haute Autorité de santé. Le second, clinique et spectaculaire : l'ouverture du Bâtiment K. Le troisième et le quatrième, géographiques : la mise en service de Sinnamary et le lancement d'un EHPAD à Kourou. Quatre échéances, un même test.

Un Bâtiment K qui redistribue la carte à Cayenne

Le Bâtiment K doit ouvrir en septembre 2026 sur le site Andrée-Rosemon du CHU de Guyane, à Cayenne. Quatre mille mètres carrés répartis sur trois niveaux, une cinquantaine de salles de consultations mutualisées, toutes spécialités confondues. Au rez-de-chaussée, le bureau des entrées et les caisses. C'est la nouvelle porte d'entrée de l'hôpital, annoncée par l'ARS comme un élément central de la restructuration du site cayennais.

Dit autrement : le Bâtiment K, c'est la fin d'un modèle éclaté, où chaque spécialité tenait ses consultations dans son coin. À la clé, un gain de lisibilité pour les patients, une mutualisation des locaux qui doit dégager des mètres carrés pour les services d'hospitalisation, et un signal envoyé aux professionnels de santé que le CHU s'équipe. Le vrai test viendra dans la logistique du jour J : flux, orientation, coordination entre spécialités. Dans un territoire où les déplacements coûtent cher y compris en temps la promesse portée par ce bâtiment est forte.

L'accès aux soins s'extirpe de l'axe Cayenne-Kourou

Trois autres équipements sortent du sol ou se préparent à ouvrir, tous situés en dehors de l'épicentre cayennais. Le centre de santé de Sinnamary a été réceptionné le 10 janvier 2026. Son ouverture effective est attendue dans les mois qui suivent. Il est géré par le CHU site de Kourou et doit pérenniser les consultations avancées cardiologie, gynécologie, pédiatrie notamment sur une commune longtemps sous-dotée.

À Kourou, les travaux d'un EHPAD de 38 places, porté par l'association L'Ebene, débutent au deuxième trimestre sur l'emprise de l'ancien centre d'accueil de Vieux Bourg. L'enjeu démographique est connu : la Guyane vieillit plus lentement que l'Hexagone mais la cohorte des 75 ans et plus progresse, et les solutions d'hébergement médicalisé manquent cruellement sur la bande littorale. Sur le pôle santé de Mirza, le centre de dialyse Imid prend pied, et le Csapa (centre de soins et d'accompagnement en addictologie) du CH de Cayenne y est transféré deux services qui débordaient de leur site historique.

Ces ouvertures n'ont rien d'anecdotique. Elles traduisent, sur la carte, ce que le CHU s'est engagé à porter : désenclaver l'offre de soins, alléger la pression sur le CH Andrée-Rosemon, et affermir le maillage avec des communes qui, pour certaines, ne sont accessibles qu'en avion ou en pirogue.

Certification HAS : les cinq jours qui comptent

Du 9 au 13 mars 2026, la Haute Autorité de santé s'est déplacée en Guyane pour la première visite de certification du CHU. Dans le cadre du sixième cycle de certification, ouvert au 1er septembre 2025, les experts-visiteurs ont évalué les trois sites Cayenne, Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni simultanément, et ont également instruit les hôpitaux de proximité de Maripasoula, Grand-Santi et Saint-Georges. Pour la préparation, le CHU s'est fait accompagner par le cabinet Kamel Mami.

Un exercice classique, à un détail près : c'est la première fois que cette jeune institution s'y soumet en tant qu'ensemble. Et l'un des trois sites part avec un handicap documenté. Le rapport de la chambre régionale des comptes publié en décembre 2024 sur le Centre hospitalier de Kourou, couvrant la période 2018-2024, avait sans détour parlé de « gouvernance instable et fragile » six directeurs entre 2020 et 2023 d'une « situation financière insoutenable », d'une chaîne comptable « déficiente ». Les magistrats financiers évaluaient alors les surcoûts salariaux minimum à 7 millions d'euros en 2022, soit 20 % de la masse salariale. Le CHK n'avait, selon eux, « ni projet d'établissement ni projet médico-social » pourtant obligatoires.

Depuis, la fusion au sein du CHU a changé la donne administrative. La certification HAS doit désormais dire si elle a changé la donne qualitative. Le rapport final n'est pas attendu avant la fin 2026 ou le début 2027. C'est lui qui conditionnera la reconnaissance publique de la qualité de prise en charge, et pourra influer sur la signature de contrats d'objectifs et de moyens y compris pour l'accueil d'internes, la recherche clinique et les financements MIGAC.

Ce que la certification ne réglera pas

La certification HAS mesure la qualité de la prise en charge, la sécurité des patients, la coordination des parcours. Elle ne tranche pas la question structurelle du modèle économique du CHU. Sur ce plan, les signaux restent contrastés. Côté ressources humaines, la démographie médicale guyanaise demeure fragile, dépendante des vacations et des contrats courts, avec des concurrents privés et hexagonaux qui tirent les rémunérations vers le haut. Côté financement, le CHU reste largement tributaire des dotations spécifiques aux territoires ultramarins, régulièrement en discussion à Bercy.

Deux autres jalons, moins médiatiques, devront aussi être regardés. Le CHU a plusieurs études de recherche en cours parmi lesquelles Nutri pou Ti'moun sur la nutrition des femmes enceintes et nourrissons, Yananer sur les neuropathies périphériques, Guyaquali sur la perception de l'autisme. Ces programmes, discrets, donnent au CHU sa vraie dimension universitaire. Et sur le versant prévention, l'Ophtabus, qui renforce depuis peu le dépistage visuel des enfants à Saint-Laurent-du-Maroni, illustre le type d'initiatives qui font la différence sur le terrain à condition de tenir dans la durée.

En 2026, la santé en Guyane ne se jouera pas seulement dans les discours. Elle se jouera dans le détail d'un bâtiment K qui fonctionne, d'un centre de santé à Sinnamary qui tient ses horaires, d'un EHPAD à Kourou qui sort de terre, et d'un rapport HAS qui, dans quelques mois, dira dans quelle mesure la fusion a produit autre chose qu'un changement d'en-tête.

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