Adopté par la commission d’enquête du Sénat et déposé le 30 juin 2026, le rapport « Les inégalités systémiques outre-mer : pour un nouveau paradigme » formule 63 recommandations pour construire, à partir de 2027, un nouveau modèle d’action publique en faveur d’une égalité ambitieuse.
Les écarts observés entre les territoires ultramarins et l’Hexagone ne peuvent pas être expliqués par un simple retard de développement. Ils résultent d’un ensemble de mécanismes historiques, économiques, sociaux et géographiques qui se renforcent mutuellement. C’est le constat dressé par la commission d’enquête du Sénat sur les inégalités systémiques auxquelles sont confrontés les collectivités ultramarines et leurs habitants pour répondre aux enjeux de développement social et durable.
Le rapport intitulé « Les inégalités systémiques outre-mer : pour un nouveau paradigme » a été adopté par la commission d’enquête puis déposé le 30 juin 2026. Il a été réalisé sous la présidence de Viviane Malet, sénatrice de La Réunion, avec Evelyne Corbière Naminzo, sénatrice de La Réunion, comme rapporteure. Au terme de ses travaux, la commission d’enquête formule 63 recommandations. Celles-ci sont présentées comme un plan d’action à mettre en œuvre dès 2027, avec l’objectif de « déjouer la fatalité » et de viser « une égalité ambitieuse au service de l’égalité des chances ».
Des inégalités qui se renforcent entre elles
La notion d’« inégalités systémiques » constitue le fil conducteur du rapport. Pour les sénateurs, les difficultés observées dans les outre-mer ne peuvent pas être traitées séparément car elles produisent des effets cumulatifs. Les fragilités économiques influencent ainsi les conditions sociales. Le coût de la vie, les contraintes liées à l’éloignement, la dépendance à certains approvisionnements extérieurs ou encore la taille limitée des marchés locaux pèsent sur les ménages comme sur les entreprises. Ces contraintes ont des conséquences sur l’emploi, les revenus et l’attractivité des territoires. Elles peuvent également contribuer au départ d’une partie des jeunes actifs et diplômés, ce qui fragilise à son tour les capacités de développement local. Pour la commission d’enquête, l’enjeu est donc de dépasser une lecture sectorielle des difficultés ultramarines. Les écarts de revenus, les difficultés d’accès aux services publics, les fragilités démographiques ou les contraintes géographiques participent d’un même système.
Martinique et Guadeloupe : vieillissement, départ des jeunes et fragilités économiques
Dans les Antilles, le rapport met en évidence plusieurs mécanismes spécifiques. La Martinique et la Guadeloupe sont confrontées à une évolution démographique marquée par le vieillissement de leur population et par le départ d’une partie des jeunes générations.
Cette situation crée plusieurs défis simultanés : répondre à l’augmentation des besoins liés au vieillissement, maintenir une population active suffisante et préserver les compétences nécessaires au développement économique. Le départ des jeunes constitue un enjeu majeur dans l’analyse sénatoriale. Les mobilités vers l’Hexagone peuvent être liées aux études ou à la recherche d’opportunités professionnelles, mais elles peuvent aussi traduire les difficultés rencontrées pour construire certains parcours localement. Le rapport souligne également le poids des contraintes économiques structurelles dans les deux territoires. La dépendance aux importations, les coûts liés à l’éloignement et les caractéristiques des économies insulaires limitent les capacités de diversification et peuvent renforcer les écarts sociaux.
L’accès aux services essentiels au cœur des écarts
La commission d’enquête analyse également les inégalités d’accès aux services essentiels comme un facteur déterminant. La santé constitue un exemple majeur. Les difficultés de recrutement de professionnels, l’offre de soins parfois insuffisante dans certaines spécialités et les contraintes liées aux déplacements peuvent créer des écarts dans les parcours de santé. Les sénateurs abordent également les questions d’éducation, de formation, de logement et de mobilité. Dans ces domaines, les difficultés rencontrées peuvent avoir des effets durables sur les trajectoires individuelles. Le rapport souligne que ces situations ne relèvent pas uniquement d’un manque ponctuel de moyens mais d’une combinaison de facteurs structurels qui nécessitent des réponses adaptées aux réalités locales.
La Guyane confrontée à des contraintes particulières
La Guyane occupe une place spécifique dans l’analyse du Sénat. Le territoire cumule plusieurs défis : une forte dynamique démographique, une superficie importante, des contraintes d’accès liées à la géographie et des écarts importants entre les zones urbaines du littoral et les communes plus isolées. Ces caractéristiques rendent plus complexe le déploiement des services publics et des infrastructures. L’accès à l’éducation, aux soins, aux transports ou aux services administratifs peut être particulièrement difficile dans certains secteurs. Le rapport souligne que la Guyane ne peut pas être appréhendée uniquement à travers les mêmes critères que les autres territoires ultramarins. Ses contraintes propres nécessitent des politiques publiques adaptées à sa réalité géographique et démographique.
63 recommandations pour changer de modèle
Au-delà du diagnostic, la commission d’enquête propose une nouvelle méthode d’intervention publique. Les 63 recommandations formulées dans le rapport doivent constituer, selon les sénateurs, une feuille de route à engager dès 2027. Elles visent à rompre avec une approche limitée au seul rattrapage des écarts avec l’Hexagone et à construire une politique davantage fondée sur les réalités propres à chaque territoire. Cette stratégie repose notamment sur une meilleure prise en compte des spécificités ultramarines, une adaptation des politiques publiques et une action coordonnée dans plusieurs domaines : développement économique, emploi, formation, santé, mobilité, logement, services publics et accompagnement des transitions. L’objectif affiché par la commission est de « déjouer la fatalité » en recherchant « une égalité ambitieuse au service de l’égalité des chances ». Pour les sénateurs, réduire les inégalités systémiques suppose donc d’agir simultanément sur les différents mécanismes qui les entretiennent. Pour la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane, le rapport propose ainsi de passer d’une logique de correction des écarts à une stratégie de transformation durable des conditions de développement.
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