La 18ᵉ Conférence de coopération régionale Antilles-Guyane s’est tenue du 1er au 3 juillet en Martinique. Présidant les travaux, la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou a appelé à franchir une nouvelle étape dans la coopération régionale autour de l’économie, de la jeunesse, de l’environnement et de la sécurité.
Réunis sur le campus de Schoelcher de l’Université des Antilles en Martinique, élus, représentants de l’État, acteurs économiques, universitaires et partenaires régionaux ont participé, du 1er au 3 juillet, à la 18ᵉ Conférence de coopération régionale Antilles-Guyane (CRAG). Présidée par la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou, cette rencontre était consacrée aux grands enjeux de coopération dans la Caraïbe et le plateau des Guyanes.
Dans son discours d’ouverture, la ministre a insisté sur la nécessité de franchir une nouvelle étape dans l’intégration régionale des territoires français d’Amérique. « Toutes ces avancées sont nécessaires, mais elles n’étaient qu’une étape. Le défi devant nous consiste désormais à produire davantage de résultats », a-t-elle déclaré.
Naïma Moutchou a rappelé les évolutions récentes de la place des collectivités françaises dans les organisations régionales, citant notamment l’accession de la Martinique au statut de membre associé de la CARICOM, le rapprochement engagé par la Guyane et l’intégration accrue des territoires dans les instances caribéennes. Selon elle, ces évolutions traduisent « l’évolution du regard porté par nos partenaires régionaux sur les collectivités françaises d’Amérique ».
Une coopération tournée vers l’économie, la jeunesse et l’environnement
La ministre a fixé plusieurs priorités pour les travaux de cette édition. La première concerne la jeunesse, avec le développement de la mobilité étudiante, des coopérations universitaires et des opportunités professionnelles à l’échelle régionale. Elle a également insisté sur les enjeux économiques, estimant que les échanges demeurent « en deçà de leur potentiel ». Les entreprises ultramarines restent confrontées à des difficultés liées au transport, au financement, à la connaissance des marchés voisins ainsi qu’aux contraintes administratives et réglementaires. Pour autant, Naïma Moutchou considère que l’insertion régionale peut constituer un levier de développement. Elle a évoqué la possibilité de renforcer la diversification des économies, de structurer des filières stratégiques et de créer de nouveaux débouchés pour les entreprises des territoires. Cette approche doit également concerner les talents, avec l’adaptation de l’offre de formation aux besoins des entreprises, l’attractivité des métiers prioritaires et le retour des compétences ultramarines. La ministre a par ailleurs consacré une partie de son intervention aux enjeux environnementaux et énergétiques. Elle a rappelé que les régions ultramarines sont directement confrontées aux conséquences du changement climatique et aux défis de la transition énergétique.
Les sargasses, exemple d’une mobilisation régionale
Parmi ces enjeux, la question des sargasses a occupé une place particulière. Naïma Moutchou a cité la mobilisation engagée autour de cette problématique comme un exemple de coopération ayant permis de dépasser les seules réponses locales. Elle a rappelé le chemin parcouru depuis les premières initiatives de coopération, jusqu’à la reconnaissance internationale de cette problématique, notamment à travers les échanges menés dans différentes enceintes internationales. Pour la ministre, cette mobilisation illustre « ce que cette méthode peut conduire de bon », grâce à une démarche fondée sur le partage des compétences et la coopération entre acteurs. Les échouements massifs de sargasses restent en effet un enjeu majeur pour les territoires caribéens, en raison de leurs conséquences environnementales, sanitaires, économiques et touristiques. La gestion de cette crise faisait également partie des sujets d’actualité autour de la conférence avec la préparation du Plan Sargasses III, destiné à poursuivre et renforcer l’action engagée par l’État et les collectivités.
Ce nouveau plan doit notamment permettre de prolonger les efforts autour de la prévention, de la collecte, de la valorisation des algues échouées et de l’accompagnement des territoires touchés. Son élaboration s’inscrit dans une logique de coopération entre les différents acteurs concernés, au niveau local, national et régional. Pour Naïma Moutchou, les enjeux environnementaux rappellent que « les solutions ne peuvent être qu’uniquement locales ». Elle a appelé à renforcer « la coopération, le partage d’expertises et la mutualisation des financements » afin d’apporter des réponses plus efficaces.
La sécurité régionale au cœur des échanges
Autre sujet majeur abordé lors de l’ouverture de la CRAG : la sécurité régionale. La ministre a souligné la progression des trafics de stupéfiants, des trafics d’armes et de l’orpaillage illégal, estimant nécessaire de renforcer les échanges avec les États voisins. Cette question a fait l’objet d’une conférence régionale de sécurité organisée en parallèle de la CRAG. Naïma Moutchou a défendu une approche fondée sur « la confiance », « le partage de l’information » et « le respect des compétences de chacun ». La ministre a également rappelé la place des outre-mer dans l’Union européenne, estimant que l’Europe devait être « un levier de puissance pour nos outre-mer, et pas une contrainte supplémentaire ». Elle a évoqué l’article 349 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, dont l’objectif est selon elle de permettre « l’intégration structurelle des régions ultrapériphériques dans l’Union européenne ». À l’issue de son intervention, Naïma Moutchou a appelé à dépasser une approche uniquement institutionnelle de la coopération régionale. « Faisons donc de cette Conférence de coopération régionale une conférence d’action », a-t-elle conclu.
Après ce discours d’ouverture, le président du conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Martinique, Serge Letchimy, a pris la parole. Il a salué les propos de la ministre, estimant qu’ils montraient que « la France, la République, se situe sur un cheminement nouveau, moderne, en termes de pensée et d’émancipation ». La presse n’a ensuite pas été autorisée à assister à la suite des travaux, les échanges se poursuivant entre les participants dans un format fermé.
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