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La Brahman, le « 4x4 des savanes » qui séduit au-delà des tropiques

La Brahman, le « 4x4 des savanes » qui séduit au-delà des tropiques
Jessica Perrette, cheffe de projet UEBB. Crédits : Fanny Fontan

Biguine, fière représentante de la race Brahman martiniquaise, était l'égérie du Salon international de l'agriculture 2026 à Paris. Si elle a finalement dû être présentée sous forme d'hologramme en raison de l'épidémie de dermatose nodulaire contagieuse, elle a néanmoins permis de braquer les projecteurs sur la race Brahman, mise à l'honneur pour la première fois lors de cet événement majeur. Naïma Moutchou, la ministre des Outre-mer, a d’ailleurs rendu visite à son éleveur, André Prosper, à Trinité lors de sa venue en Martinique début juillet. Race d'élevage de référence dans les régions tropicales, la Brahman attire désormais l'attention d'éleveurs de zones tempérées confrontés aux effets du changement climatique. Jessica Perrette, cheffe de projet à l'Union des éleveurs de bovins Brahman (UEBB), en dévoile les particularités.

 

Naïma Moutchou, le 3 juillet dernier, à Trinité chez l'éleveur de Biguine, André Prosper, en présence de Jessica Perrette, cheffe de projet UEBB. Crédits : MOM

Combien y'a-t-il d'éleveurs de Brahman en Martinique ? Combien de têtes ?

 

L’UEBB fédère 13 cheptels adhérents qui s’engagent tous à produire en pure race Brahman sur une partie de leur production, certains élèvent seulement du Brahman et d’autres pratiquent du croisement avec des taureaux de race de l’Hexagone qui saillissent en monte naturelle des femelles Brahman. Ces cheptels sont aussi adhérents de la coopérative CODEM qui fédère une centaine d’associés coopérateurs à l’échelle de la Martinique.

 

Plus largement dans le programme de sélection Brahman on a aussi des élevages qu’on qualifie d’élevages participants au programme. Ils vont utiliser la génétique Brahman issue des cheptels adhérents de l’UEBB par l’acquisition de génisses de renouvellement ou par l’acquisition de taureaux de monte naturelle et qui contribuent à la multiplication de cette race à l’échelle de la Martinique.

 

Dans le paysage d’élevage on a donc 13 cheptels adhérents et 2 participants au programme de sélection en Martinique mais aussi 4 participants au programme de sélection en Guyane. On compte en Martinique, 17 900 bovins nés sur le territoire et inscrits au Livre généalogique Brahman, 1747 vaches Code Race 81 en 2025 et 1170 veaux nés en 2025 au sein de la base de sélection, dont 70 % en pure race et 30 % en croisement.

 

Ce qu’on définit « race » en France, est codé par un « code race ». Et pour le mériter ce « code race Brahman », le code 81, il faut prouver qu’on s’engage dans différents processus de suivi génétique, de déclaration des généalogies, de suivi de la production… Ce sont tous ces paramètres-là qu’il faut piloter dans les cheptels participants du programme ou qui souhaitent intégrer le programme.

 

Quels avantages à intégrer le programme pour les éleveurs ?

Faire de la génétique est contraignant mais c’est aussi pour ça qu’elle est plus valorisée et valorisante que de la production « bouchère ». On tâche en tout cas de commercialiser les animaux issus du programme de sélection à un prix plus satisfaisant que le prix « boucherie » pour les éleveurs qui s’engagent dans ce dispositif. Beaucoup le font aussi pour des raisons tout simplement de maintien des atouts de cette race. Produire en pure race Brahman c’est aussi un gage de rusticité, de résilience, d’adaptation aux conditions d’élevage. A ce stade de l’année on est dans un carême qui commence à être assez dur et assez long, notamment en côte atlantique et c’est vrai que c’est la race idéale pour ces terres d’élevage-là.

 

Pourquoi la Brahman est-elle surnommée le 4x4 des savanes ? quelles sont ses caractéristiques et de quoi a-t-elle besoin ?

 

C’est une race qui se plaît très bien en milieu tropical et qui va à la fois être capable de passer une saison humide où elle va patauger, prendre la pluie etc. Et aussi une saison sèche avec du fourrage qui se raréfie, qui perd en qualité. Des animaux qui vont subir ce qu’on appelle l’effet « yoyo », qui vont beaucoup maigrir. Pas parce que les éleveurs ne les nourrissent plus mais parce qu’il y a moins de qualité dans le fourrage et de quantité. Elles vont reprendre ensuite avec l’arrivée de la saison des pluies. Et malgré tout, elles maintiennent un niveau de production satisfaisant. On est bien conscients qu’on n’atteint pas les performances des élevages hexagonaux mais en tout cas on a des animaux rustiques, performants. On a un faible taux de mortalité.

 

Tout ceci est permis notamment par des caractéristiques phénotypiques. La Brahman a un poil qui peut être variable. Nous, en Martinique, on a plutôt un poil blanc, gris avec un peu des variantes de noir. En Guyane ils ont beaucoup de Brahman rouges. Leur point commun c’est qu’elles ont des grandes oreilles, elles ont la bosse qui peut servir de réserve lipidique, elles ont le fanon, cette peau plissée qui court entre le menton et l’accroche sous le poitrail et qui est le support de glandes sudoripares qui permet à l’animal de réguler sa température corporelle. Elles ont les muqueuses et les extrémités, que ce soit sabots ou terminaison de la queue, le mufle, qui sont noirs. Les yeux qui sont ourlés de noir également. Tout ça c’est des adaptations par rapport au rayonnement du soleil et donc ça évite aussi tout ce qui est maladie de peau, problèmes de déplacement … C’est vraiment un animal qu’on arrive à conduire en milieu extensif, herbagé, qui se déplace sur les savanes martiniquaises, pour aller boire, manger, qui met bas à l’extérieur du 1er janvier au 31 décembre, c’est un peu tout ça qu’on prône avec cette race. Elle fait ses preuves en milieu tropical et elle intéresse de plus en plus les éleveurs de zones tempérées et continentales.

 

D'où vient-elle et de quels croisements est-elle issue ?

 

La Brahman est issue d’un croisement de plusieurs souches de zébus (Gir, Nelore et Guzerat) et l’American Brahman a été stabilisée au Texas, dans les années 1900 et a commencé à être utilisée à la Martinique dans les années 1950. C’est vrai que par le passé c’était facile de mettre des animaux dans un avion-cargo au Texas. Toutes les contraintes sanitaires se sont corsées et depuis 1990-92 l’UEBB n’a pas pu le faire : la loi européenne n’autorise plus d’importer des bovins sur pieds issus des Etats-Unis. On y arrive en revanche très bien depuis les pays de la zone européenne.  Mais depuis les Etats-Unis c’est fermé, même si c’était vraiment notre fief de reproducteurs. Il a fallu y pallier parce que, bien sûr, pour nous l’enjeu sur une île c’est de maintenir la diversification génétique pour la production. Cela passe par l’achat de semence pour l’insémination, de la production d’embryons à l’étranger que l’on arrive à faire venir en zone européenne et notamment aux Antilles-Guyane et puis, plus récemment, depuis les années 2021, l’UEBB travaille avec un fournisseur de Brahman en Allemagne ce qui nous a permis d’obtenir de nouveaux reproducteurs plus facilement. Tout ça apporte une diversification de lignée et on espère aussi une amélioration génétique.

 

Il s'agit plutôt de vaches à viande ou vaches à lait ?

A la Martinique et en Guyane la Brahman est exclusivement utilisée pour la production de viandes, donc bovin allaitant. Elle élève son veau jusqu’à ce qu’on le sèvre donc, selon la qualité du veau et l’état de la mère cela peut être un sevrage à six mois comme à neuf ou dix mois. C’est une race qui est en petit effectif à l’échelle de l’Union européenne et notamment de la France mais à l’échelle mondiale on la trouve en Australie, en Afrique du Sud en Amérique du Nord en Amérique du Sud et en Asie où elle est aussi utilisée pour le lait. Mais pour les cheptels que l’on pilote en Martinique et en Guyane on ne l’analyse pas du tout pour sa production laitière.

 

Consomme-t-on la viande de Brahman de la même façon que la viande d’une autre race européenne ?

 

Oui tout à fait. En tout cas dans son mode de cuisson elle se plaît à la fois à du ragoût, à des plats mijotés ou grillés. On valorise tout type de quartier et de pièce sur les carcasses qui sont abattues à la Martinique et en Guyane. Après pour tout ce qui est flaveur, jutosité… le PARM (Pôle Agro Recherche de Martinique) dans le cadre d’un projet mené avec des structures comme la coopérative CODEM et l’UEBB (pour ne citer que nous mais il y a aussi d’autres structures) ont travaillé à un projet de labellisation, et ont mené une analyse sensorielle et un testing auprès d’un jury constitué de consommateurs et de personnes de secteurs différents et il est vrai que certaines qualités particulières ont été relevées. En tout cas on la prépare en tous types de plats et cette viande a notamment été mise à l’honneur lors du Salon de l’Agriculture où on avait proposé des ateliers de dégustation et donc chaque jour on a valorisé un type de pièce bouchère avec une recette martiniquaise.

 

Quel est l’avenir de la Brahman en Martinique et dans l’Hexagone ?

 

En Martinique elle a sa place, c’est clair et dans l’Hexagone elle commence à conquérir le cœur du public qui est venu rencontrer l’UEBB et Biguine en hologramme au Salon de l’Agriculture à Paris.

 

La Brahman est la principale race bovine élevée à la Martinique, et elle a vocation a s’y développer encore. C’est vraiment la vache emblématique de l’île ! En France hexagonale elle est très peu présente, mais il est vrai que certains éleveurs commencent à s’intéresser à cette race, pour les atouts que nous avons déjà évoqués. Dans un contexte climatique incertain, la Brahman peut apporter sa contribution aux objectifs de souveraineté alimentaire et de durabilité de nos systèmes de production agricole.

 

 

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