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Jusqu'à 200 jours pour être payé : les délais de paiement des collectivités guyanaises étranglent les entreprises

Jusqu'à 200 jours pour être payé : les délais de paiement des collectivités guyanaises étranglent les entreprises
Jean-Luc Le West, vice-président de l’Assemblée territoriale de Guyane à la réunion du haut conseil de la commande publique. Crédit : Prefecture de Guyane.

Le haut conseil à la commande publique s'est réuni le mercredi 15 juillet 2026 à la préfecture de Guyane, co-présidé par le préfet Antoine Poussier et la CTG. Constat : la commune de Roura affiche 209 jours de délai de paiement au 31 mai 2026, contre 35 jours un an plus tôt. La CTG stagne à 44 jours de moyenne, avec des pics à 54 depuis deux mois. Loin des 30 jours réglementaires pour les collectivités et des 50 jours pour les hôpitaux. Pour les entreprises guyanaises, particulièrement du BTP, l'équation devient impossible.

Deux cents neuf. Le chiffre a de quoi faire réfléchir. Au 31 mai 2026, la commune de Roura affichait un délai de paiement moyen de 209,02 jours à ses fournisseurs. Un an plus tôt, à la même date, le chiffre était de 35,36 jours. En douze mois, la commune a multiplié par six son délai de règlement. Pour les entreprises qui l'ont pour client, la traduction est simple : on facture aujourd'hui, on attend sept mois pour être payé.

Roura est un cas extrême, mais pas isolé. La Collectivité territoriale de Guyane (CTG) elle-même, principale donneuse d'ordre du territoire, affiche une moyenne de 44 jours sur l'année, avec des pics à 54 jours depuis deux mois. Rappel réglementaire : la loi impose 30 jours pour l'État et les collectivités, 50 jours pour les établissements publics de santé. Autant dire que le respect des textes reste largement théorique.

C'est dans ce contexte que s'est tenue le mercredi 15 juillet 2026 à la préfecture de Guyane la réunion du haut conseil à la commande publique. Co-présidence : le préfet Antoine Poussier et la CTG. Autour de la table : services de l'État, collectivités locales, représentants des entreprises. Le format n'est pas nouveau (une charte sur la commande publique avait été signée en octobre 2025 pour engager les acteurs sur des trajectoires d'amélioration), mais le diagnostic reste sévère.

Pourquoi ces retards ? Plusieurs facteurs se cumulent.

Le circuit administratif des collectivités locales guyanaises est souvent long. Réception de facture, validation par le service prescripteur, contrôle par la direction financière, ordonnancement, transmission au Trésor public, mandatement, décaissement effectif. Chaque étape ajoute des jours. Dans les collectivités les mieux organisées, l'ensemble tient dans les 30 jours. Dans celles qui accumulent les difficultés (sous-effectifs, procédures obsolètes, logiciels inadaptés, tensions de trésorerie), les délais s'étirent.

Les tensions de trésorerie aggravent le tableau. Certaines communes attendent des versements de dotations de l'État, de la CTG, ou de l'Union européenne pour pouvoir décaisser à leurs propres fournisseurs. Un retard en amont se propage en cascade. Roura, avec ses 209 jours, illustre cette mécanique.

La complexité comptable des marchés publics ajoute encore un niveau. Avenants, décomptes, retenues de garantie, disputes techniques : autant de motifs qui peuvent bloquer un paiement pendant des semaines, parfois des mois, y compris pour des factures pourtant validées sur le principe.

Pour les entreprises guyanaises, particulièrement du BTP, l'équation devient impossible à porter. Une PME de bâtiment qui accepte un chantier avec un maître d'ouvrage à 200 jours de paiement doit financer six à sept mois de trésorerie sur ses fonds propres ou avec un concours bancaire. Sur une opération de plusieurs centaines de milliers d'euros, la charge est écrasante. Résultat : soit l'entreprise refuse de candidater (ce qui explique pour partie les taux d'appels d'offres infructueux à Guadeloupe et en Guyane), soit elle candidate et se retrouve étranglée financièrement, avec un risque de dépôt de bilan à la clé.

La charte de commande publique signée en octobre 2025 identifie plusieurs leviers d'amélioration : accélération des circuits administratifs, formation des personnels des services financiers, digitalisation des factures (avec l'obligation E-facture qui monte en puissance en 2026), engagement des ordonnateurs sur des objectifs de délais.

Selon la direction régionale des finances publiques (DGFiP), les indicateurs s'améliorent globalement en Guyane depuis un an. Mais ils restent trop élevés, et les écarts entre collectivités demeurent importants. Certaines respectent la règle des 30 jours. D'autres, comme Roura, s'en éloignent massivement.

Pour les dirigeants d'entreprises qui envisagent de candidater aux marchés publics locaux, plusieurs réflexes s'imposent. Vérifier avant de candidater les statistiques de paiement du maître d'ouvrage concerné (données publiques disponibles sur data.gouv.fr et sur le portail de la DGFiP). Négocier au contrat des clauses de pénalité de retard robustes (à activer effectivement en cas de dépassement des délais). Anticiper les besoins de trésorerie en mobilisant les dispositifs Bpifrance (avance sur créances publiques, prêt à moyen terme, garantie). En cas de tension aigüe, saisir la médiation du crédit ou le médiateur des entreprises pour tenter un règlement amiable.

Pour les collectivités qui ne tiennent pas leurs engagements, le préfet a rappelé les conséquences potentielles : au-delà des intérêts moratoires dus légalement, mise en cause de la responsabilité administrative, éventuelles sanctions individuelles pour les ordonnateurs, atteinte à la crédibilité du territoire pour les investisseurs et opérateurs.

Le sujet est ancien. Il persiste. La charte de 2025, le haut conseil du 15 juillet 2026, les rappels de la DGFiP : autant d'outils qui produisent des effets à la marge. Pour un renversement de tendance, il faudra probablement des mesures plus radicales : sanctions effectives, mise sous tutelle des collectivités les plus en retard, dispositifs de financement de la trésorerie des entreprises fournisseurs. Autant de sujets qui appellent des arbitrages politiques que Cayenne, Paris et Basse-Terre n'ont pour l'instant pas tranchés.

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