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Alerte maximale sur le BTP guadeloupéen : 91 % des patrons inquiets, chiffre d'affaires en chute de 9,8 %, moins d'un appel d'offres sur dix trouve preneur

Alerte maximale sur le BTP guadeloupéen : 91 % des patrons inquiets, chiffre d'affaires en chute de 9,8 %, moins d'un appel d'offres sur dix trouve preneur
Image d'illustration. DR

La Fédération régionale du bâtiment et des travaux publics de Guadeloupe a lancé une alerte maximale cet été, dans la continuité d'un mouvement engagé depuis plusieurs mois. Les chiffres racontent la crise : 91 % des chefs d'entreprise du secteur se disent inquiets, le chiffre d'affaires a chuté de 9,8 % en 2025, et seulement 331 appels d'offres ont été publiés entre novembre 2024 et novembre 2025, contre 501 l'année précédente. Moins d'un marché sur dix trouve preneur. Le sénateur Victorin Lurel a écrit au Premier ministre le 19 juin pour réclamer un plan de sauvetage.

Neuf sur dix. C'est la proportion de chefs d'entreprise du BTP guadeloupéen qui se disent inquiets pour l'avenir de leur activité, selon la Fédération régionale du bâtiment et des travaux publics (FRBTP) de Guadeloupe. 91 %, précisément. Un chiffre proche de celui documenté début 2026 par l'enquête Qualistat (91 % d'inquiétude dans le BTP local). L'inquiétude ne se dissipe pas. Elle s'installe.

Le diagnostic économique confirme la trajectoire. Le chiffre d'affaires du secteur a chuté de 9,8 % en 2025. La note de conjoncture INSEE Guadeloupe T1 2026 (n° 40) confirme la poursuite du repli au premier trimestre 2026 : heures rémunérées en baisse de près de 10 %, activité à l'arrêt sur plusieurs sous-secteurs. La construction reste le secteur le plus dégradé de l'économie guadeloupéenne, à contre-courant du tourisme qui, seul, tire les indicateurs vers le haut.

Le marché de la commande publique se dérobe. Entre novembre 2024 et novembre 2025, seulement 331 appels d'offres ont été publiés en Guadeloupe, contre 501 sur la période équivalente un an plus tôt. Une chute de plus de 30 %. Et parmi ces marchés, moins d'un sur dix trouve preneur. Combinaison mortifère : moins de commandes disponibles, et les rares commandes proposées ne parviennent pas à trouver leurs opérateurs, faute de coût compatible avec les prix pratiqués sur le marché ou faute d'appétit dans un climat sectoriel déprimé.

Cet été 2026, la FRBTP a formalisé son alerte. Conférence de presse organisée à la CCI IG de Pointe-à-Pitre, dans le cadre du collectif « Guadeloupe Économique » qui rassemble les fédérations patronales. Le message : « situation d'urgence dont les répercussions pourraient durablement affecter l'économie guadeloupéenne et l'emploi ». Formulation forte qui traduit l'ampleur de la crise.

Le sénateur Victorin Lurel a relayé l'alerte au plus haut niveau. Courrier officiel adressé au Premier ministre le 19 juin 2026. Le sénateur pointe une chute d'activité continue, des appels d'offres infructueux, des trésoreries sous tension, et réclame un plan de sauvetage. Le contenu attendu de ce plan n'est pas explicitement détaillé, mais plusieurs leviers sont évoqués par les acteurs de la filière.

Le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) est identifié comme un facteur aggravant. Ce dispositif européen, entré en vigueur en janvier 2026, tarifie les produits importés à forte empreinte carbone. Les matériaux de construction (ciment, acier, aluminium) sont directement concernés. Pour un territoire ultramarin qui importe la quasi-totalité de ses matériaux, l'impact sur les prix est mécanique. Le patronat guadeloupéen demande une dérogation outre-mer ou une compensation nationale.

La fermeture de la carrière de Deshaies, qui privait le territoire d'une source majeure d'agrégats (1,6 million de tonnes par an), a alourdi la facture logistique. Importations depuis la Martinique, la Dominique ou l'hexagone avec les surcoûts logistiques associés. Une réouverture conditionnelle est réclamée par plusieurs fédérations, sous conditions de sécurité renforcées.

La commande publique en repli est l'autre facteur structurel. Les collectivités guadeloupéennes (Région, Département, communes, EPCI) sont les principaux donneurs d'ordre. Les tensions budgétaires nationales et locales (menace de coupe de dotations, arbitrages internes défavorables au BTP) se traduisent par un pipeline de projets qui s'étiole.

La baisse de la Ligne budgétaire unique (LBU) logement social outre-mer, actée dans le budget 2026, prive le BTP guadeloupéen d'un moteur historique. La Guadeloupe est passée de 24 à 15 M€ de crédits LBU cette année. Cinq mille logements sociaux qui ne se feront pas, selon les bailleurs sociaux.

Face à cette conjonction, l'appel des professionnels est net. Un plan combiné qui articule aides d'urgence (accompagnement de trésorerie, échéances fiscales et sociales, prêts garantis), levée des blocages structurels (Deshaies, MACF), et relance de la commande publique (rehaussement des enveloppes LBU, accélération des projets d'investissement CTR, mobilisation des fonds européens FEDER).

Pour les entreprises du secteur, les réflexes opérationnels sont ceux d'une gestion de crise avancée. Sécuriser la trésorerie (mobilisation des dispositifs Bpifrance, prêts garantis, médiation du crédit). Ajuster les effectifs et les charges à un carnet de commandes réduit. Diversifier autant que possible vers les marchés privés ou les rénovations. Surveiller les délais de paiement des maîtres d'ouvrage publics. Anticiper les échéances fiscales et sociales pour éviter les procédures collectives par surprise.

Pour les 300 emplois annoncés par Accor dans le tourisme, ils ne compenseront pas les pertes attendues dans le BTP si la trajectoire actuelle se prolonge. Le secteur emploie plusieurs milliers de personnes en Guadeloupe. Une année en repli marqué peut détruire des centaines d'emplois, avec des effets sociaux en cascade.

Pour l'État, la question est politique. Répondre à l'alerte du sénateur Lurel et de la FRBTP par un plan concret, c'est engager des moyens dans un contexte de contraintes budgétaires nationales. Ne pas y répondre, c'est laisser une filière stratégique se déliter, avec des conséquences durables sur l'attractivité et l'emploi du territoire. Le second semestre 2026 dira de quel côté la balance a penché.

Reste que la FRBTP a fait ce qu'elle pouvait : documenter, alerter, mobiliser les élus. La suite dépend de la capacité du gouvernement à répondre. Pour les chefs d'entreprise guadeloupéens du secteur, chaque semaine qui passe sans réponse rapproche l'échéance des choix douloureux : licenciements, réductions d'activité, dépôts de bilan. L'alerte maximale n'est pas une formule de communication. C'est le diagnostic d'une profession qui compte les jours.

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