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Budget 2026 de la CTG : 897 millions d'euros et la menace d'un désengagement de l'État

Budget 2026 de la CTG : 897 millions d'euros et la menace d'un désengagement de l'État
Siège de la Collectivité Territoriale de Guyane (CTG), à Cayenne | CTG

La Collectivité Territoriale de Guyane (CTG) a adopté son budget primitif 2026 à 897,3 millions d'euros lors de la séance plénière du 18 décembre 2025, répartis entre 618,3 millions d'euros en fonctionnement et 279 millions d'euros en investissement. Un budget ambitieux, porté par un objectif annuel de 200 millions d'euros d'investissements structurants, mais dont l'exécution est menacée par un possible retrait de 30 millions d'euros de la part de l'État.

Les investissements inscrits au budget ciblent des secteurs considérés comme prioritaires pour le développement du territoire : modernisation du réseau routier, aérodromes et transports scolaires, construction et réhabilitation d'établissements éducatifs, culturels et sportifs. La CTG confirme ainsi sa stratégie de « choc d'investissements » engagée ces dernières années, visant à rattraper un retard structurel en matière d'équipements publics sur un territoire en forte croissance démographique.

C'est le volet financement qui inquiète. Selon le président de la CTG, Gabriel Serville, l'État envisagerait de retrancher 30 millions d'euros de l'accord structurel qui lie la collectivité à l'État central. Cette coupe, si elle se confirmait, réduirait directement la capacité de la CTG à poursuivre ses investissements au rythme prévu. Le rapport d'orientations budgétaires présenté le 27 novembre 2025 en assemblée plénière avait déjà souligné la fragilité de l'équilibre financier du territoire, dans un contexte de blocage parlementaire prolongé autour du budget national.

Cette tension budgétaire intervient alors que le tissu économique guyanais traverse une période particulièrement difficile. Selon les données de l'IEDOM, les défaillances d'entreprises en Guyane ont bondi de 133,8 % sur les douze derniers mois, avec 152 jugements de procédures collectives prononcés — redressements et liquidations judiciaires confondus. Un chiffre qui tranche nettement avec la situation observée dans d'autres territoires ultramarins, où certains, comme La Réunion, enregistrent au contraire une baisse de 2,7 % des défaillances sur la même période. L'activité du secteur privé guyanais s'est par ailleurs significativement dégradée au cours de l'année 2025, avec une accélération des procédures qui témoigne de fragilités structurelles dans le tissu entrepreneurial local.

Pour les entrepreneurs guyanais, l'effet de ciseau est préoccupant : d'un côté, des investissements publics indispensables pour structurer un territoire dont la population devrait dépasser les 400 000 habitants dans les prochaines années ; de l'autre, un secteur privé fragilisé par la hausse des défaillances et un climat d'incertitude lié aux arbitrages budgétaires nationaux. L'accès au crédit, la commande publique et la stabilité réglementaire figurent parmi les leviers les plus attendus par les acteurs économiques locaux.

La CTG tente par ailleurs de diversifier ses sources de financement pour réduire sa dépendance aux transferts de l'État. L'Agence Française de Développement (AFD) a récemment renforcé son partenariat avec la collectivité en activant une nouvelle tranche de financement. Des appels à projets ont été lancés pour 2026, notamment en matière d'économie sociale et solidaire, doté d'une enveloppe globale de 465 000 euros, et dans le cadre du dispositif France 2030 régionalisé, ciblant les PME et ETI engagées dans des démarches d'innovation et de recherche-développement. Un appel à projets complémentaire pour des actions d'inclusion économique et sociale (AIES) couvre quant à lui la période 2026-2028, signe d'une volonté de la collectivité d'inscrire ses politiques économiques dans la durée.

La Guyane reste le DROM à la croissance démographique la plus dynamique de France, ce qui en fait un territoire aux besoins colossaux en infrastructures, en éducation et en emploi. L'adoption du budget 2026 à 897,3 millions d'euros traduit une volonté politique de répondre à ces défis, mais la menace d'un désengagement de l'État à hauteur de 30 millions d'euros place la collectivité dans une position d'équilibre fragile. Les négociations entre la CTG et le gouvernement sur l'accord structurel seront déterminantes pour les mois à venir.

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