Disponible depuis le 9 avril sur Netflix, la série Bandi tournée quasi exclusivement en Martinique, s’est immédiatement hissée dans le Top 10. Une aventure humaine et collective qui pourrait se poursuivre.
Mise en ligne le 9 avril sur Netflix, Bandi s’est directement installée dans le Top 10 de la plateforme. Un lancement remarqué pour une série qui est avant tout le fruit d’une longue aventure humaine et artistique, portée par Capucine Rochant et Éric Rochant.
Dès l’origine, le projet repose sur plusieurs intentions fondatrices. « La première envie était de travailler ensemble » a expliqué Capucine Rochant dans un bref discours prononcé lors de l’avant-première qui s’est déroulée le 19 mars au cinéma Madiana. Ensemble ? C’est-à-dire avec son père, Eric Rochant, créateur du Bureau des Légendes, qu’elle remercie pour sa « transmission ». À cette dynamique familiale s’ajoute une ambition créative : « la deuxième envie c’était de faire une série de genre. Et cette envie a rencontré l’envie de Netflix. Et en général quand on a ce genre d’occasions, on ne les refuse pas. »
Mais d’emblée les créateurs prennent leurs distances avec les codes attendus. « La troisième envie, c’était de ne pas faire une série de genre, parce qu’en fait ce n’est pas notre genre », a-t-elle poursuivi, décrivant une volonté de détourner les formats pour raconter « l’histoire de la famille Lafleur », centrée sur des trajectoires humaines.
Bandi c’est donc avant tout une histoire de famille. D’abord celle d’Éric et Capucine, mais surtout celle portée à l’écran de cette fratrie de onze enfants, adolescents et jeunes adultes, dont la mère, poto mitan, décède brutalement. Bandi nous laisse suivre les différentes trajectoires que choisissent de suivre ces frères et sœurs pour s’en sortir et la tentation de la violence et des trafics. En somme Bandi s’inscrit entre Snowfall et Shameless, tout en proposant complètement autre chose. Véritable critique sociale, elle relève le défi d’être la première série Netflix à se dérouler en Martinique tout en se tenant à distance des images paradisiaques de plages et de cocotiers.
Une fabrication ancrée dans le réel
Cette ambition d’authenticité a structuré toute la fabrication de la série. Le réalisateur martiniquais Khris Burton qui a co-écrit plusieurs épisodes de cette première saison, raconte avoir d’abord été réticent à l’idée d’un projet porté par une production venue de l’Hexagone. Puis avoir été séduit par la démarche : Eric et Capucine Rochant ont, pour créer leurs personnages, souhaité d’abord recueillir des témoignages de Martiniquais(es), les rencontrer et les interviewer. Cette volonté de s’appuyer sur des récits réels a permis de construire des figures incarnées, en prise directe avec les réalités locales. Car au-delà du thriller et à travers l’histoire de la famille Lafleur, Bandi c’est aussi une critique sociale de la Martinique.
Le choix du casting s’inscrit dans cette logique, avec une place majoritaire accordée à des comédiens amateurs issus du territoire. Une manière de préserver la spontanéité du jeu et de renforcer la crédibilité des personnages. En parallèle, la production a mobilisé de nombreux techniciens, accessoiristes et régisseurs locaux, tout en s’appuyant aussi sur des équipes venues de l’Hexagone à travers la société de production d’Eric Rochant, Maui Entertainment.
Entre débats et attente des performances
Avant même sa sortie, Bandi a suscité de nombreux débats et réactions. La série a fait l’objet par certains internautes d’accusations de white gazing (terme employé ici pour dénoncer le récit de la réalité de personnes racisées via un regard occidental). Certains ont également regretté une représentation de la Martinique centrée sur la violence, même si celle-ci constitue aussi une réalité.
Ces réactions traduisent aussi une attente forte. Longtemps peu représentés, les Martiniquais redoutent que cette visibilité nouvelle s’accompagne de représentations jugées réductrices. À l’inverse, d’autres rappellent qu’il s’agit d’une fiction, qui n’a pas vocation à embrasser toutes les facettes d’un territoire, et que la présence de violence ou de trafics est un ressort classique des récits audiovisuels.
Malgré ces polémiques, le démarrage dans le Top 10 de Netflix témoigne d’un fort intérêt du public. Reste désormais à observer les performances de la série dans la durée, un critère déterminant pour la plateforme.
Car au-delà du lancement, c’est bien la question d’une suite qui se pose. Lors de l’avant-première, Éric Rochant a insisté sur l’ampleur du travail : « Trois ans et demi de travail si on compte l’écriture ». Et de rappeler : « le tournage a été énorme, les acteurs ont été énormes, les équipes ont été énormes, le travail aussi, un peu du sang et des larmes, il y a eu des larmes ». Et de conclure : « je ne suis pas du genre à dire qu’on est une famille, la famille est là sur l’écran, mais le travail avec les comédiens, avec l’équipe et les centaines de personnes qui ont travaillé avec nous, c’est sûr que ça a donné une âme absolument incroyable à cette série. Et ce, au point que Capucine et moi et Khris on ne rêve que d’une chose, c’est de continuer ».
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