L'institut d'émission des départements d'outre-mer publie les chiffres définitifs des défaillances d'entreprises au 4ᵉ trimestre 2025. Le résultat est sans appel pour la Guyane : 168 procédures collectives ouvertes en un an, contre 55 douze mois plus tôt. Une explosion de 205,5 % qui place le territoire en tête de tous les DROM, et signe un quatrième trimestre consécutif d'aggravation.
168 procédures collectives ouvertes en Guyane en 2025, contre 55 un an plus tôt. Un triplement net, qui se traduit par une variation annuelle de +205,5 %. C'est le constat sans appel de la note IEDOM-IEOM publiée en février 2026 sur les défaillances d'entreprises au 4ᵉ trimestre 2025. À titre de repère, l'ensemble des Outre-mer progresse de 12,2 % sur la même période et la France entière de 3,5 %. La Guyane est dans une catégorie à part.
Le rapport IEDOM-IEOM raisonne en cumul sur douze mois glissants à fin de chaque trimestre. La trajectoire guyanaise n'a cessé de s'amplifier au fil de 2025. La Lettre IEDOM Guyane de décembre 2025 plaçait déjà le territoire à +125,5 % sur l'année antérieure. Cinq mois plus tard, sur les chiffres de fin 2025, la dynamique s'est encore accélérée. Les économistes des deux instituts d'émission donnent une explication centrale : l'arrivée à échéance des remboursements des Prêts garantis par l'État (PGE) consentis pendant la crise sanitaire, qui rattrape un tissu d'entreprises plus fragile que la moyenne hexagonale.
Tous les secteurs concernés
La note IEDOM-IEOM est nette sur le diagnostic guyanais : « tous les secteurs d'activité sont concernés ». Aucun pan de l'économie n'échappe à la dynamique de défaillance. C'est le marqueur le plus singulier du cas guyanais : ailleurs en outre-mer, la hausse se concentre sur quelques familles précises (transports et entreposage, hébergement-restauration, conseils et services aux entreprises). En Guyane, c'est diffus.
L'effet PGE concerne, par construction, toutes les entreprises ayant bénéficié du dispositif national pendant la crise sanitaire, sans exception sectorielle. Pour le tribunal mixte de commerce de Cayenne, c'est une dynamique d'ouverture de procédures sans précédent depuis la sortie de pandémie. La charge pèse sur les juges-commissaires, sur les greffes, et sur les mandataires judiciaires désignés au fil de l'eau.
Pourquoi la Guyane décroche autant
Le triplement guyanais ne s'explique pas par un seul facteur. Il combine plusieurs réalités locales. D'abord, un tissu d'entreprises plus jeune et plus petit que la moyenne ultramarine, donc plus sensible aux chocs de trésorerie. Ensuite, un volume de PGE souscrit pendant la pandémie qui arrive en remboursement obligatoire, sans que beaucoup de structures aient eu le temps de reconstituer une marge. Enfin, des spécificités économiques territoriales coûts logistiques élevés, dépendance à la commande publique, foncier rare, démographie d'entreprises jeune, qui amplifient les difficultés au moment où l'État durcit l'environnement budgétaire.
À cela s'ajoute, depuis l'automne dernier, la menace d'un retrait de 30 millions d'euros de l'accord structurel État-CTG, dont le président de la collectivité Gabriel Serville a alerté à plusieurs reprises sur l'impact concret. Quand la commande publique territoriale se rétracte, ce sont des carnets entiers de PME locales qui se vident et la dynamique de défaillance qui se prolonge.
Lecture pour les dirigeants guyanais
Pour les chefs d'entreprise, la note IEDOM-IEOM envoie deux signaux concrets. Le premier : anticiper les outils de prévention plutôt qu'attendre la défaillance. Le mandataire ad hoc et la conciliation au tribunal mixte de commerce de Cayenne permettent de négocier en amont avec les créanciers, dans la confidentialité. La médiation du crédit, accessible via la succursale de la Banque de France, prend en charge les difficultés de financement. Le dispositif national « PGE Réaménagement » offre, sous conditions, un étalement supplémentaire des remboursements.
Le second : traiter le sujet PGE comme une priorité de gestion 2026. Avec une dynamique d'amplification sur quatre trimestres consécutifs, la Guyane n'a pas nécessairement atteint son point haut les données du T1 2026, attendues au début de l'été, le diront. En attendant, chaque dirigeant qui a contracté un PGE a intérêt à activer dès aujourd'hui le calendrier de remboursement, à anticiper les renégociations bancaires, et à remonter au plus tôt les éventuels signaux faibles vers les acteurs d'accompagnement.
Le triplement guyanais documenté par l'IEDOM-IEOM n'est pas un simple chiffre. C'est un avertissement à un territoire dont l'écart avec le reste de l'outre-mer s'élargit, trimestre après trimestre.
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