Cent seize lettres de licenciement. C'est l'addition que le tribunal mixte de commerce de Pointe-à-Pitre a actée ce lundi 27 avril, en convertissant le redressement judiciaire d'Air Antilles en liquidation pure et simple. Cessation immédiate de l'activité, toutes les offres de reprise rejetées : la compagnie disparaît pour la deuxième fois en moins de trois ans.
Le tribunal n'a pas tergiversé. L'offre la plus sérieuse, le projet « Air Kalinago » porté par le Dr Pierre Sainte-Luce, a été écartée malgré ce que les juges décrivent eux-mêmes comme un « projet industriel structuré ». Capital projeté de 6 millions d'euros, lignes ciblées vers Saint-Martin, Saint-Barthélemy et Fort-de-France au départ de la Guadeloupe, partenariat envisagé avec Air Calédonie : sur le papier, le dossier tenait. Sur le terrain, il s'est heurté à « des obstacles financiers et juridiques insurmontables ».
Le verrou s'appelle CTA
Le point dur, dans cette affaire, tient en trois lettres : CTA. Le certificat de transporteur aérien, document délivré par la DGAC, conditionne tout vol commercial. Air Kalinago ne le détenait pas, et la DSAC Antilles-Guyane a fait savoir qu'elle ne le délivrerait pas en l'état. Sans CTA, pas de décollage. Sans décollage, pas d'activité à reprendre.
Le volet social était lui aussi entamé d'avance. Sur les 116 salariés, le projet ne prévoyait que 14 reprises immédiates, avec des « promesses » d'une vingtaine d'embauches à terme. L'intersyndicale jugeait, dès la veille de l'audience, le plan « fragile ». Trois ans d'incertitude avaient déjà entamé la confiance des équipes ; le rejet de l'offre clot la séquence.
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