Le 17 juin, à Fort-de-France, la Collectivité territoriale de Martinique a réuni élus, institutions et acteurs de terrain pour bâtir une réponse collective face à la montée des violences et du narcotrafic.
La venue prochaine de plusieurs membres du Gouvernement est désormais attendue en Martinique. Une visite qui doit permettre de transformer en engagements concrets les propositions formulées lors de la rencontre pour la mobilisation collective visant à prévenir et lutter contre les violences et le narcotrafic, organisée le 17 juin à l’hôtel de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM).
Face à une situation jugée préoccupante, la CTM a souhaité rassembler élus, représentants de l’État, associations, professionnels de l’insertion, éducateurs et citoyens afin de dégager des pistes d’action communes. La collectivité rappelle que « l’heure n’est plus aux constats, mais à l’action ». Elle souligne qu’après 40 homicides enregistrés en 2025, douze victimes étaient déjà recensées depuis le début de l’année 2026.
Les échanges ont porté sur plusieurs axes prioritaires : le renforcement des moyens de sécurité et de justice, une meilleure protection des frontières ainsi que des actions en faveur de la jeunesse, des familles, de l’éducation et de l’insertion.
Technologie, effectifs et coopération régionale
Présent lors de cette rencontre, le préfet de Martinique, Etienne Desplanques, a défendu une stratégie articulée autour de l’innovation technologique, du renforcement ciblé des moyens humains et de la coopération régionale. « Je suis persuadé que le virage technologique nous apportera les moyens d’action », a-t-il déclaré, évoquant notamment le recours à la lecture automatisée des plaques d’immatriculation, aux scanners et à de nouvelles solutions de surveillance des canaux maritimes reliant la Martinique à la Dominique et à Sainte-Lucie.
Le représentant de l’État estime également que le développement de la vidéoprotection constitue un enjeu important. « Je trouve dommage que nous n’ayons pas de vidéo protection dans des parties entières de la Martinique alors même que nous sommes proches de zones de débarquement », a-t-il souligné. Sur la question des effectifs, le préfet plaide pour des renforts ciblés. « On a besoin aujourd’hui de plus d’enquêteurs », a-t-il expliqué, tout en évoquant la nécessité de renforcer les contrôles au port et à l’aéroport. Enfin, Etienne Desplanques a mis l’accent sur la coopération caribéenne, alors que la Martinique doit rejoindre la CARICOM. Il a notamment cité le système régional de sécurité RSS ainsi que l’agence CARICOM IMPACS, qui dispose d’un fichier interconnecté des armes circulant dans la région.
Une réponse qui dépasse le seul cadre sécuritaire
Au fil des interventions, un constat a largement fait consensus : la lutte contre les violences et le narcotrafic ne peut se limiter à l’action policière et judiciaire. Présidente de l’Institut martiniquais du sport (IMS) et adjointe au maire du Lamentin, Yannick Étienne Notte a livré un témoignage marqué par l’émotion. Évoquant le quartier de Four-à-Chaux, dont elle suit les problématiques de près, elle a rappelé que derrière les statistiques se trouvent des visages connus. « Ce ne sont pas des inconnus, ce ne sont pas des faits divers. Pour moi c’est une réalité, la réalité de mon pays », a-t-elle affirmé. Selon elle, le sport peut constituer un levier de prévention, à condition d’aller directement au contact des jeunes. Parmi les propositions avancées par l’IMS figure le déploiement d’équipes mobiles capables d’organiser des activités sportives dans les quartiers, sous les kiosques ou sur les espaces publics. « Arrêtons d’ouvrir des structures, ils ne viendront pas. Aller sur place et proposer du basket, de la boxe, du crossfit…, donner un cadre », a-t-elle plaidé.
L’élue a également insisté sur la place des familles, notamment des mères souvent confrontées à des situations difficiles. « J’ai peur pour la jeunesse que j’aime. J’ai peur pour les quartiers de la Martinique, que l’on juge trop vite et que l’on accompagne trop tard », a-t-elle déclaré.
Même analyse du côté de Jean-Michel Loutoby, directeur de la Mission locale Nord Martinique. Selon lui, les réseaux criminels prospèrent sur l’absence de perspectives offertes à une partie de la jeunesse. « Chaque jour à la mission locale, nous rencontrons des jeunes qui ne rêvent pas de devenir des délinquants mais d’un emploi, de revenus, d’une place dans la société », a-t-il rappelé. Pour ce dernier, la répression demeure nécessaire mais insuffisante. « Chaque jeune sorti du trafic doit être remplacé par un jeune entré dans la formation, dans l’emploi ou dans un projet de vie », a-t-il estimé. Parmi ses propositions figurent l’occupation des temps libres dans les quartiers, la création d’une académie des métiers de la mer et de la terre, ainsi que le développement de parcours de formation associés à des engagements d’embauche mais aussi à un projet collectif de déconstruction de l’imaginaire vendu par les narcotrafiquants.
Au terme de cette journée, les participants ont affiché leur volonté de construire une réponse globale mêlant sécurité, prévention, insertion et accompagnement social. Un ensemble de propositions que la CTM espère désormais voir relayé et soutenu lors de la prochaine visite ministérielle annoncée dans l’île.
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