L'UTG et la Fapeeg ont tenu une conférence de presse ce lundi pour alerter sur les conditions de transport des élèves de Trois-Sauts. Le signalement de trois collégiennes craignant des agressions sexuelles a déclenché une mobilisation des organisations syndicales et des peuples autochtones. La CTG promet un renforcement de l'encadrement.
Le transport scolaire sur le Haut-Oyapock est au cœur d'une polémique depuis qu'un signalement au procureur a révélé les craintes de trois collégiennes de 11 et 12 ans. Ces adolescentes de Trois-Sauts, scolarisées à Saint-Georges, ont demandé mi-mars la pose d'un implant contraceptif à l'hôpital, par peur d'être agressées sexuellement lors de leurs trajets en pirogue.
Ce lundi, l'Union des travailleurs guyanais (UTG) et la Fédération autonome des parents d'élèves et étudiants de Guyane (Fapeeg) ont détaillé les dysfonctionnements du système lors d'une conférence de presse. L'Organisation des nations autochtones de Guyane (Onag) s'est également jointe à l'alerte.
Des conditions d'encadrement jugées insuffisantes
Selon les syndicats, 125 élèves seraient accompagnés par seulement cinq encadrants lors des trajets jusqu'à Saut-Maripa un ratio bien en-deçà des besoins pour garantir la sécurité des mineurs sur un parcours de plusieurs heures en pirogue.
Les organisations pointent plusieurs failles : des carbets d'hébergement ouverts au camp Mokata à Camopi, des portions de trajet qui se feraient sans présence adulte, et une absence totale d'encadrement institutionnel pendant quatre des six périodes de vacances annuelles (Toussaint, Carnaval, juillet et rentrée).
Le proviseur de la cité scolaire de Saint-Georges aurait lui-même mentionné des incidents préoccupants abus sexuels et fugues lors d'un compte-rendu en janvier dernier.
Les revendications syndicales
L'UTG et la Fapeeg demandent un doublement des effectifs d'encadrement : dix accompagnateurs et deux responsables pour sécuriser les trajets. Ils proposent également d'organiser les départs en deux temps, en séparant les plus jeunes des lycéens.
À plus long terme, les syndicats réclament l'ouverture d'un collège directement à Trois-Sauts. Un local serait déjà disponible et une vingtaine d'élèves de 11 ans pourraient y être scolarisés dès la rentrée prochaine, évitant ainsi ces transports à risque.
La réponse des institutions
La Collectivité territoriale de Guyane (CTG), responsable du transport scolaire, maintient qu'aucun incident grave n'a été signalé ces dernières années. Elle annonce néanmoins un renforcement immédiat : des agents volontaires accompagneront les élèves dès ce 1er avril pour les vacances de Pâques.
Une mission conjointe CTG-État est programmée début mai à Trois-Sauts pour rencontrer les familles. Le rectorat indique travailler à une solution pérenne.
L'ancienne ministre Christiane Taubira avait également saisi la procureure de Cayenne dès la révélation du signalement, demandant des mesures préventives urgentes.
L'isolement de Trois-Sauts en question
Ce village wayãpi, situé à l'extrême sud de la Guyane, n'est accessible que par pirogue après plusieurs heures de navigation. Les élèves du secondaire n'ont pas d'autre choix que de rejoindre Saint-Georges pour leur scolarité.
La création d'un aérodrome est évoquée pour désenclaver le territoire à moyen terme. En attendant, la question de la sécurité des enfants lors de ces trajets reste entière.
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