Vendredi 10 juillet 2026, Serge Letchimy a convoqué à la CTM les représentants de Cap Nord, Espace Sud et CACEM pour trouver une issue à la crise financière de Martinique Transport. Contexte : réseau Sud Lib totalement à l'arrêt depuis le 9 juillet, Mobilité Sud en cessation de paiement, plus de 10 millions d'euros manquants dans les caisses de l'opérateur, 270 salariés directement exposés. L'équation économique du transport public martiniquais n'est plus tenable.
Dix millions d'euros de recettes. Coûts vingt fois supérieurs. La formule dit tout de la crise que traverse le transport public martiniquais en cet été 2026. C'est dans ce contexte que Serge Letchimy, président du Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Martinique, a réuni le vendredi 10 juillet 2026 au siège de la CTM les représentants des trois EPCI concernés : Cap Nord Martinique, Espace Sud Martinique, et la CACEM (Communauté d'agglomération du Centre de la Martinique). Objectif : trouver une solution immédiate face à un système qui craque de partout.
Le déclencheur : Mobilité Sud a été placée en cessation de paiement. Le réseau Sud Lib, qui dessert les communes du sud de l'île, est totalement à l'arrêt depuis le mercredi 9 juillet 2026. Les usagers du sud (Le Diamant, Sainte-Anne, Rivière-Pilote, Le François, Rivière-Salée) se retrouvent sans desserte publique organisée. Situation qui n'est ni tenable pour les habitants, ni pour les 270 salariés directement employés par le réseau.
Le problème ne date pas d'hier. Depuis plusieurs mois, l'opérateur du réseau connaît des difficultés de paiement répercutées sur ses fournisseurs et sous-traitants. Les transporteurs privés qui interviennent en sous-traitance dénoncent des retards de paiement pouvant atteindre six mois. Une PME de transport ne survit pas à un délai fournisseur pareil, surtout dans un secteur où les marges sont déjà comprimées.
L'origine du désordre est structurelle. Martinique Transport, autorité organisatrice de la mobilité qui coordonne l'ensemble du transport public à l'échelle de l'île, doit assurer le financement des différents réseaux (Sud Lib, réseau CACEM, transports interurbains, TCSP). Ses recettes propres (billets, abonnements, versement mobilité) ne couvrent qu'une fraction des coûts. Le reste est censé provenir des concours publics (CTM, EPCI, État). Quand ces concours arrivent en retard, quand ils sont sous-dimensionnés, quand les priorités concurrentes gagnent (santé, éducation, sécurité), la trésorerie s'assèche.
Pour les EPCI, la situation est particulièrement délicate. Selon plusieurs analyses juridiques, les intercommunalités membres de Martinique Transport (Cap Nord, Espace Sud, CACEM) sont légalement garantes du passif du syndicat mixte. Cela signifie qu'en cas de défaillance financière de Martinique Transport, les EPCI pourraient être appelées à contribuer, avec des conséquences directes sur leurs propres budgets et leurs propres investissements.
C'est cette perspective qui a conduit Letchimy à convoquer d'urgence les représentants des trois EPCI le 10 juillet. L'objectif était triple.
Premièrement, poser un diagnostic partagé. Les responsables locaux ne peuvent plus se renvoyer la balle. Sud Lib à l'arrêt, Mobilité Sud en cessation, transporteurs impayés : la chaîne de responsabilités doit être clarifiée pour envisager une sortie.
Deuxièmement, construire une réponse financière d'urgence. Débloquer des concours immédiats pour éviter la propagation de la crise, préserver l'emploi, remettre les bus en route. C'est l'objectif court terme.
Troisièmement, repenser le modèle. Continuer avec le schéma actuel, c'est refaire vivre la même crise dans quelques mois. Une refonte de l'architecture (gouvernance, financement, contrats avec les opérateurs, tarification) est indispensable. Chantier de moyen terme, qui doit s'articuler avec la réflexion plus large sur la mobilité durable, la transition écologique du transport, et l'adaptation au territoire martiniquais (topographie, densité, saisonnalité).
Pour les usagers, la crise est immédiate. Ceux qui dépendaient de Sud Lib pour aller au travail, à l'école, chez le médecin doivent trouver des solutions alternatives : covoiturage, taxi, marche, arrêt pur et simple des déplacements. Les publics les plus fragiles (personnes âgées, jeunes sans permis, ménages à faible revenu, personnes en situation de handicap) sont les plus exposés.
Pour les entreprises martiniquaises, en particulier celles qui dépendent des flux de salariés ou de clientèle passant par les réseaux publics, l'impact est direct. Absentéisme, retards, baisse de fréquentation. Les secteurs du commerce, de l'hôtellerie-restauration, des services sont particulièrement affectés.
Pour les 270 salariés de Mobilité Sud et pour les employés des sous-traitants privés, l'urgence est existentielle. Cessation de paiement peut basculer en liquidation si la solution n'est pas trouvée rapidement. Les représentants syndicaux ont commencé à mobiliser pour préserver les emplois.
Pour la CTM et les EPCI, la crise du transport rejoint d'autres dossiers lourds (ODYSSI et le déficit de 15 M€ sur l'eau, l'accord-cadre État/CTM du 1er juillet et ses suites, la stagnation économique 2025 relevée par le CEROM). Le second semestre 2026 s'annonce chargé sur le front de la reconstruction des services publics martiniquais.
La réunion du 10 juillet est un point de départ. Reste à passer des paroles aux actes. Un plan crédible de refinancement du transport public martiniquais suppose : des engagements financiers chiffrés, un calendrier de mise en œuvre, une gouvernance revue, et une articulation avec les autres dossiers publics majeurs. Sans cela, la crise Sud Lib peut se propager à d'autres réseaux, avec des conséquences en cascade que personne ne souhaite.
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