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189 sites d'orpaillage illégal dans le Parc amazonien : les autorités Wayana somment l'État de « déclarer la guerre »

189 sites d'orpaillage illégal dans le Parc amazonien : les autorités Wayana somment l'État de « déclarer la guerre »
Vue aérienne de la rivière de Kaw en forêt amazonienne en Guyane française, image d'illustration. DR

Chiffre record : 189 sites d'orpaillage illégal recensés par les agents du Parc amazonien de Guyane lors des relevés du début 2026. Un plafond jamais atteint depuis la création du parc en 2007. Le reportage POLITIS publié début juillet 2026 fait le tour de la situation à Camopi et sur le Haut-Maroni. Les autorités coutumières Wayana appellent l'État à changer d'échelle : « Les dispositifs actuels ne suffisent pas ». Face à cette pression, un poste militaire est promis à Camopi et un recrutement de jeunes locaux est annoncé.

Cent quatre-vingt-neuf. C'est le nombre de sites d'orpaillage illégal recensés par les agents du Parc amazonien de Guyane (PAG) lors de leurs campagnes de survol et de patrouille du premier semestre 2026. Un record depuis la création du parc en 2007. Le chiffre est publié dans un reportage du magazine POLITIS début juillet, qui documente la situation sur le terrain, à Camopi et dans les zones frontalières.

Le record n'est pas une surprise. Il s'inscrit dans une trajectoire de long terme : depuis la flambée des cours de l'or (le gramme est passé au-dessus de 113 euros en 2025, quasi doublé en quatre ans), le rendement économique du métal jaune attire une population croissante de garimpeiros venus principalement du Brésil, mais aussi du Suriname et de Guyane même. La rentabilité de l'activité, même dans les conditions clandestines, dépasse largement celle des filières légales.

L'opération Harpie, engagée depuis 2008, mobilise en permanence près de 280 militaires et gendarmes sur le terrain. Le bilan communiqué mi-2026 fait état de 8 031 abris détruits sur l'année, 80 broyeurs neutralisés, 170 pirogues confisquées, 148,8 millions d'euros de dégâts infligés aux réseaux clandestins. Chiffres impressionnants, mais qui ne renversent pas la dynamique. Le préfet Antoine Poussier a lui-même reconnu, en décembre 2025, que le dispositif avait atteint un « plafond de verre ».

Pour les autorités coutumières Wayana du Haut-Maroni, ce constat n'est plus acceptable. Dans une déclaration solennelle relayée par La1ère et amplifiée par le reportage POLITIS, elles appellent l'État à « déclarer la guerre » à l'orpaillage illégal. Formule volontairement forte, qui traduit une exaspération née de décennies de cohabitation forcée. Pollution mercurielle des fleuves qui contamine les poissons et donc l'alimentation. Insécurité chronique dans les villages proches des sites. Perte de contrôle sur des territoires ancestraux.

À Camopi, commune amérindienne du haut Oyapock, le constat est similaire. Les habitants dénoncent la présence massive des orpailleurs clandestins, souvent brésiliens, qui structurent une économie parallèle. Certains y trouvent un revenu occasionnel (portage, ravitaillement, hébergement). D'autres subissent. La ligne de partage est ténue.

Face à cette pression politique et médiatique, l'État a fait deux annonces récentes.

Un poste militaire permanent à Camopi. La demande des autorités coutumières était ancienne. La promesse a été formalisée récemment, avec un calendrier de déploiement à préciser. Objectif : présence dissuasive, réaction rapide, coordination avec la gendarmerie et les forces armées.

Un recrutement de jeunes locaux en appui aux forces engagées. Le modèle s'inspire de dispositifs existants (réservistes locaux, guides de terrain, appui logistique). Objectif : combiner connaissance du terrain (souvent supérieure côté local que côté militaire hexagonal) et légitimité communautaire.

Ces deux annonces sont accueillies avec prudence par les acteurs coutumiers. La promesse d'un poste militaire ne dispense pas de le construire, de le doter, de le maintenir dans la durée. Le recrutement de jeunes locaux suppose une politique de formation et de rémunération soutenable. Sans ces conditions, les annonces peuvent rester lettre morte.

Pour les acteurs économiques légitimes du secteur minier, la question de fond reste inchangée. Les opérateurs miniers légaux guyanais, structurés autour d'une vingtaine d'entreprises, produisent environ une tonne d'or par an sous cahier des charges environnemental strict. Face à eux, les clandestins extraient entre 6 et 10 tonnes selon les estimations, sans fiscalité, sans obligation environnementale, sans traçabilité. La distorsion de concurrence est massive.

Le débat sur la révision du Schéma départemental d'orientation minière (SDOM), engagée en 2026 et dont les arbitrages sont attendus pour 2027-2028, est directement affecté par ces tensions. Les acteurs légaux plaident pour l'ouverture de nouvelles zones à l'exploration, en soutenant que la présence d'opérateurs encadrés est une réponse à la clandestinité. Les associations environnementales et une part des acteurs coutumiers s'y opposent, considérant que toute extension légale légitime l'idée d'une extraction dans des zones qui devraient rester préservées.

Le reportage POLITIS a le mérite de replacer le sujet dans son contexte politique national. Face à l'exaspération locale, aux pressions politiques répétées, aux constats judiciaires (rejet du recours en carence fautive contre l'État par le TA de Cayenne le 21 mai 2026, mais reconnaissance partielle sur le dispositif de traçabilité de l'or), la doctrine française arrive à un point de bascule. Continuer avec le dispositif actuel, c'est accepter un plafond de verre indexé sur le cours mondial de l'or. Changer d'échelle, c'est engager des moyens humains, financiers, diplomatiques (coopération renforcée avec le Brésil et le Suriname) qui n'ont pas été mobilisés jusqu'ici.

189 sites. Le chiffre restera dans les débats de fin d'année. La question qu'il pose, elle, dépasse la seule Guyane : jusqu'à quel point la République est-elle disposée à défendre effectivement le contrôle de son territoire amazonien, face à une économie parallèle qui prospère sur la faiblesse structurelle des dispositifs ?

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