81 millions d'euros dépensés par les visiteurs au premier semestre 2026, en hausse de 78 % sur un an selon les chiffres du Comité du tourisme de la Guyane présentés cette semaine. Derrière cette embellie, le territoire fait face à une tension structurelle : des locations saisonnières qui grignotent l'hôtellerie traditionnelle et un budget de promotion bien en delà des standards du secteur.
Le Comité du tourisme de la Guyane a présenté le bilan de fréquentation du premier semestre 2026, établi par l'Observatoire du tourisme à partir d'une enquête du cabinet MTA Consulting auprès de 821 voyageurs. Sur les 113 281 passagers partis de l'aéroport Félix-Éboué vers l'extérieur entre janvier et juin, 45 465 étaient des visiteurs, soit 40,1 %. Leur profil type : un ressortissant de l'Hexagone (69,5 % des arrivées) ou des Antilles françaises (21,7 %), venu avant tout pour des motifs affinitaires (41,4 %), devant les affaires (33,1 %) et les loisirs (21,4 %). Ces visiteurs restent en moyenne 18,9 jours sur le territoire et dépensent 1 789 euros par personne, dont 940 euros pour l'hébergement. Ils se disent satisfaits à 98,6 %.
Un investissement promotionnel loin des standards du secteur
Le Comité du tourisme dispose d'environ 3 millions d'euros par an, fonctionnement compris, pour un secteur qui génère près de 160 millions d'euros de chiffre d'affaires en Guyane, rappelle son président Jean-Luk Le West. Les écoles de commerce appliquent en général un ratio de communication de 8 % du chiffre d'affaires ; appliqué au tourisme guyanais, ce ratio donnerait près de 12,8 millions d'euros, plus de quatre fois l'enveloppe actuelle. Le président du Comité évoque une "régulation budgétaire" qui concerne l'ensemble du territoire guyanais pour expliquer cet écart, tout en soulignant que la situation géopolitique internationale pèse déjà sur les résultats de la destination.
Locations saisonnières contre hôtels : l'offre se recompose
Autre tendance de fond relevée par l'Observatoire : l'hôtel traditionnel perd du terrain au profit des meublés et gîtes. Au premier semestre, 22,2 % des visiteurs extérieurs ont choisi l'hôtel, pour un séjour moyen de 8,1 jours, tandis que 16,4 % ont opté pour un gîte ou un meublé, avec des durées de séjour supérieures à 20 jours. Plus de la moitié des visiteurs (51,8 %) logent chez des amis ou de la famille. Cette mue de l'hébergement interroge la capacité de la filière à capter la valeur ajoutée du flux croissant, alors même que l'Insee constatait une hausse de 3,6 % de l'activité de l'hôtellerie-restauration en 2025, portée par la clientèle étrangère. Le territoire avait accueilli 167 035 visiteurs en 2025, soit une hausse de 7,5 % sur un an, pour des retombées économiques estimées à 160,6 millions d'euros.
Les Guyanais, premiers touristes chez eux mais exigeants
Le bilan ne s'arrête pas aux visiteurs venus de l'extérieur. Selon une enquête téléphonique menée auprès de 505 résidents, 53,7 % des Guyanais ont voyagé au premier semestre 2026. Parmi eux, 37,3 % ont effectué un séjour avec nuitée en Guyane. Saint-Laurent-du-Maroni arrive en tête des destinations de séjour (32,7 %), devant Kourou (24,8 %) et Cayenne (22,8 %). Ces escapades restent courtes, 4,7 jours en moyenne, pour une dépense de 335 euros par personne. Les résidents se montrent bien plus sévères que les visiteurs : seuls 56,1 % se disent satisfaits, le prix (28,1 %), le manque de communication (20 %) et les infrastructures (15,7 %) concentrant les critiques.
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