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Sirius Space décroche la dernière place sur Diamant : la start-up française qui parie sur la réutilisabilité s'installe à Kourou

Sirius Space décroche la dernière place sur Diamant : la start-up française qui parie sur la réutilisabilité s'installe à Kourou
Futur lanceur Sirius. Crédit : Sirius Space

Le 23 avril 2026, le CNES a sélectionné la start-up Sirius Space pour occuper la dernière place disponible sur l'ancien ensemble de lancement Diamant du Centre spatial guyanais. La jeune entreprise basée en région parisienne développe une gamme de trois lanceurs légers réutilisables, aux moteurs assemblés à Blois par impression 3D métal. Premier tir prévu début 2028. Elle rejoint quatre opérateurs européens déjà retenus : Latitude (France), Rocket Factory Augsburg (Allemagne), PayLoad Aerospace / PLD Space (Espagne) et ISAR Aerospace (Allemagne).

Diamant. Le nom fait référence au premier lanceur français, dont les cinq tirs entre 1970 et 1975 depuis Kourou avaient marqué l'entrée de la France dans le club des puissances spatiales. Un demi-siècle plus tard, l'ancien ensemble de lancement Diamant retrouve une seconde vie. Le CNES l'a désigné comme le site d'accueil du nouveau paysage spatial européen : petits lanceurs, micro-lanceurs, opérateurs privés, mode collaboratif.

Cinq entreprises se partagent désormais l'affiche. Latitude, française, développe le lanceur Zephyr. Rocket Factory Augsburg, allemande, prépare le RFA One. PLD Space (nom commercial de PayLoad Aerospace), espagnole, finalise le Miura 5. ISAR Aerospace, allemande, avance son Spectrum. Et depuis la décision du 23 avril 2026, Sirius Space vient combler la dernière place disponible.

Sirius Space, c'est une jeune entreprise basée en région parisienne. Elle a été lauréate en 2022 de l'appel à projets "Mini et micro-lanceurs" lancé par le CNES en décembre 2021, aux côtés d'autres candidats. Son parcours industriel s'appuie sur un choix stratégique : la réutilisabilité. Là où les lanceurs classiques sont perdus après chaque tir, Sirius mise sur des étages capables d'atterrir, d'être révisés, et de repartir. Objectif annoncé : entre 10 et 20 réutilisations par étage, et 100 % de réutilisabilité à l'horizon 2035.

L'autre pari est technique. Les moteurs des lanceurs Sirius sont assemblés à Blois, dans le Loir-et-Cher, en s'appuyant sur la maîtrise de l'impression 3D métal. La technique permet de fabriquer un moteur en trois semaines à un mois, contre plusieurs mois en fabrication traditionnelle. Sur le marché des petits lanceurs, où le "time-to-market" est un différenciateur clé, c'est un atout compétitif.

Trois lanceurs sont prévus dans la gamme Sirius, positionnés sur l'orbite basse et le transport de satellites de moins d'une tonne. Marché en pleine expansion : constellations de télécommunications, satellites d'observation de la Terre, missions scientifiques légères, cubesats institutionnels ou privés. La demande mondiale sur ce segment est estimée à plusieurs centaines de lancements par an d'ici 2030, avec une concurrence internationale déjà vive (SpaceX, Rocket Lab, Chine, Inde).

Pour Kourou, l'installation de Sirius Space complète un puzzle qui prend forme. Cinq opérateurs privés partagent désormais Diamant, avec des calendriers et des besoins spécifiques. Le CNES doit gérer cette cohabitation : allocation des créneaux de tir, mutualisation des infrastructures, standardisation des interfaces. Le nouveau Centre Opérationnel du CSG, livré en septembre 2026, est précisément conçu pour ce type de coordination multi-opérateurs.

Sur le terrain, la construction du pas de tir spécifique à Sirius Space doit se faire dans les prochains mois. Analyse des sols à Kourou programmée en septembre 2026. Chantier ensuite. Premier vol commercial visé pour début 2028. Un calendrier ambitieux, qui suppose que ni les autorisations administratives, ni le financement industriel, ni les tests moteurs ne rencontrent d'obstacle majeur.

Pour les entreprises guyanaises, l'arrivée de Sirius est une opportunité de plus dans un écosystème qui se densifie. Les besoins concernent le génie civil (construction du pas de tir), les équipements techniques (fluides, énergie, sécurité), les services (logistique, hébergement, restauration pour les équipes de préparation). Rien qui garantisse mécaniquement une captation par le tissu local : les grands opérateurs privés arrivent avec leurs propres chaînes de fournisseurs, souvent européennes. Mais rien qui l'exclut non plus, si les acteurs consulaires (CCI, UEBS) savent positionner les entreprises guyanaises sur les segments accessibles.

Un chiffre pour finir : Sirius Space, dans ses premières projections, table sur une trentaine d'emplois directs en Guyane à pleine activité, plus les emplois indirects. C'est modeste rapporté à l'échelle du CSG (plusieurs milliers d'emplois cumulés), mais c'est un signal cohérent avec la logique multi-opérateurs. Le hub Kourou de demain sera fait d'une somme de petites présences, plutôt que d'un unique gros donneur d'ordres.

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