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Narcotrafic : la Martinique devient le point d’ancrage d’une coopération internationale renforcée

Narcotrafic : la Martinique devient le point d’ancrage d’une coopération internationale renforcée
Une partie des participants à la conférence régionale de sécurité le 2 juillet à l'Université des Antilles. Crédit : Fanny Fontan

Du 29 juin au 3 juillet, la Martinique a accueilli une conférence régionale sur la sécurité réunissant États, organisations internationales et ministres pour coordonner la lutte contre les trafics.

Le campus de Schoelcher de l’Université des Antilles a accueilli, du 29 juin au 3 juillet dernier, la conférence régionale de sécurité des Antilles, un rendez-vous international consacré à la lutte contre le narcotrafic, le trafic d’armes et la criminalité organisée dans la Caraïbe et en Amérique latine. Organisée dans le cadre de la présidence française du G7, cette rencontre a réuni les délégations de 21 États de la Caraïbe et d’Amérique latine, quatre pays européens et quatre organisations internationales. Co-présidée par Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur, et Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer, la conférence avait pour objectif de renforcer les coopérations en matière de renseignement, de lutte contre les filières criminelles, de sécurisation des ports et des aéroports ainsi que de coopération judiciaire. La rencontre s’est tenue en présence notamment d’Étienne Desplanques, préfet de la Martinique, et de Serge Letchimy, président du conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Martinique. Après quatre jours de travaux techniques organisés notamment par la direction de la coopération de sécurité et de défense du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, l’Institut des hautes études de défense nationale et la préfecture de la Martinique, les participants ont adopté une déclaration politique baptisée « Appel de la Martinique ». Cette mobilisation intervient alors que les réseaux criminels développent leurs activités dans le bassin Antilles-Guyane. En haute mer, les saisies de stupéfiants réalisées par les autorités françaises ont atteint 35,7 tonnes en 2025, contre 28 tonnes en 2024, soit une hausse de 30 %. Lors de la clôture de la conférence, Jean-Didier Berger a rappelé le poids stratégique de la zone caribéenne dans les routes internationales du trafic : « Un kilo sur quatre saisi en mer dans le monde l’est en mer des Caraïbes ».

Pour le ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur, cette situation impose un changement d’échelle. « La lutte contre le narcotrafic, c’est un enjeu global », a expliqué Jean-Noël Barrot, soulignant que le phénomène dépasse les frontières nationales et nécessite une réponse coordonnée. « Individuellement, il y a extrêmement peu de chances pour que nous puissions gagner face à la criminalité organisée, mais ensemble, il n’y a aucune chance que nous n’y arrivions pas », a-t-il ajouté. Jean-Didier Berger a également insisté sur la nécessité d’une approche dépassant les seules opérations de police. « Le combat sur le narcotrafic doit vraiment être à 360 degrés », a-t-il déclaré, en évoquant à la fois les dimensions opérationnelle, judiciaire, du renseignement mais aussi la question de la consommation. Le ministre a rappelé que les organisations criminelles avaient désormais une capacité d’adaptation importante, en utilisant les réseaux sociaux pour recruter et en s’appuyant sur des structures internationales. « Nous devons être capables d’échanger aussi ensemble du point de vue judiciaire, parce qu’une organisation criminelle est tentaculaire, elle concerne parfois dans le même réseau plusieurs pays », a-t-il expliqué.

Une coalition internationale inédite autour de la Caraïbe

La conférence a réuni une coalition large associant les pays directement concernés par les routes du trafic. Parmi les participants figuraient les quatorze États membres de la Communauté caraïbéenne (CARICOM), les principaux pays producteurs de cocaïne comme la Colombie, le Pérou et la Bolivie, les États du G7, l’Union européenne, ainsi que plusieurs organisations internationales comme l’ONU, l’Organisation des États américains (OEA), la CARICOM et l’Agence IMPACS. Pour Jean-Noël Barrot, cette mobilisation constitue une étape nouvelle dans la coopération internationale. « Il ne faut pas sous-estimer l’importance de cette première conférence régionale de sécurité », a déclaré le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, estimant que la présence d’« une quarantaine de pays présents ici en Martinique et décidant collectivement de joindre leurs forces pour entraver l’activité de ces organisations transnationales spécialisées dans le trafic de drogue, d’armes à feu et la traite d’êtres humains, c’est tout simplement inédit ».

Dans le cadre de la présidence française du G7, la France souhaite également renforcer la coopération autour des infrastructures maritimes. Un réseau des ports du G7 et de leurs partenaires doit permettre de partager les pratiques de sécurisation, les informations disponibles et les méthodes de détection des activités criminelles. Jean-Noël Barrot a également dressé le bilan des engagements internationaux pris par la France. « Nous avions dit en novembre dernier que nous signerions 12 accords de coopération avec les pays de la région, Amérique latine et Caraïbes. Nous en avons déjà signé 18 et 23 autres sont en cours de signature », a-t-il indiqué. Ces accords concernent notamment les domaines douanier, militaire et policier. Le ministre a également évoqué le renforcement des moyens dans les représentations diplomatiques françaises, avec « près de 40 % d’augmentation dans le renforcement des postes ».

Le plan Antilles-Guyane pour changer d’échelle

À l’issue de la conférence, Jean-Didier Berger a présenté, à l’aéroport Aimé-Césaire, le plan Antilles-Guyane, dispositif d’urgence lancé le 29 janvier dernier par le président de la République et piloté par le ministère de l’Intérieur. Ce plan vise à renforcer la réponse de l’État face aux réseaux criminels qui utilisent les territoires ultramarins comme points de passage vers les marchés européens. Le dispositif repose sur cinq axes : renforcer la coopération régionale, instaurer un « cordon sanitaire » autour des territoires antillais et guyanais, renforcer l’occupation du terrain par les forces de sécurité, cibler davantage les profils sensibles et protéger les agents engagés dans la lutte contre le narcotrafic.

Le premier axe concerne l’action internationale, avec l’objectif d’améliorer les échanges de renseignements et les coopérations judiciaires. « Le trafic de stupéfiants n’a pas de frontières », a rappelé Jean-Didier Berger, soulignant la nécessité d’agir simultanément sur plusieurs niveaux : opérationnel, renseignement, judiciaire et prévention. Le deuxième axe prévoit notamment le déploiement de radars en Guadeloupe pour détecter les tentatives d’importation de stupéfiants, la création d’unités spécialisées dans les ports et le renforcement des moyens dans les aéroports. Ces mesures répondent aux inquiétudes exprimées par Serge Letchimy sur la vulnérabilité des points d’entrée maritimes.

Le président du conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Martinique a rappelé que le territoire faisait face à une progression importante des violences liées aux trafics. Selon les chiffres qu’il a présentés, 40 personnes ont été assassinées en Martinique en 2025, dont 35 par arme à feu. Il a également évoqué 2 204 infractions à la législation sur les stupéfiants en 2025, soit une hausse de 40 %, et 294 armes à feu illégales saisies, en progression de 70 %. « Le narcotrafic n’est pas un problème de sécurité. C’est aussi un problème économique, c’est un problème social, de culture, d’environnement », a déclaré Serge Letchimy, appelant à une réponse dépassant le seul champ répressif.

La question du contrôle des flux maritimes reste un enjeu central. Le président de la Collectivité territoriale a rappelé que près de 172 000 conteneurs transitent chaque année par le port de la Martinique. « Avec la solution ancienne, on ne contrôlait que 3 à 5 000 conteneurs. Avec la solution du scanner mobile de basse fréquence qui est installée au port, nous allons contrôler environ 7 à 8 000. Entre 172 000 et 7 à 8 000, il y a quand même une très grande différence » a-t-il souligné, appelant à poursuivre le renforcement des moyens de contrôle. Et de déplorer qu’en plus du port il y a 40 points d’entrée sur la côte martiniquaise par lesquels arrivent drogue et armes. « Nous devons sécuriser ces entrées dans les meilleures conditions possibles. La collectivité territoriale est disposée à financer avec vous des outils de vidéoprotection afin de pouvoir travailler ensemble ».

Une réponse qui associe sécurité, prévention et cohésion sociale

Tous s’accordent : la lutte contre le narcotrafic ne peut pas se limiter aux opérations policières. Naïma Moutchou a insisté sur la nécessité d’agir également sur les causes sociales du phénomène et sur les perspectives offertes aux jeunes. « Moi, je préfère un jeune qui rêve d’une formation et d’un emploi qu’un jeune qui rêve d’intégrer un réseau », a déclaré la ministre des Outre-mer, appelant à accélérer les actions liées à l’éducation, à l’accompagnement des familles et à la prévention. Elle a également rappelé que la lutte contre le narcotrafic devait être menée à tous les niveaux, avec l’école, les associations, les collectivités, les élus et les familles. Pour la ministre, « le combat doit être total », en associant les enjeux sécuritaires aux questions d’insertion et de cohésion sociale

Jean-Didier Berger a également insisté sur la responsabilité collective face à la consommation de stupéfiants. Selon lui, la lutte doit intégrer la question de la demande. « Il n’y a pas de consommation anodine », a-t-il déclaré, rappelant qu'« une personne sur trois a déjà consommé » des stupéfiants en France et que « 900 000 personnes consomment tous les jours ». Selon lui, « on ne peut pas d'un côté s'indigner lorsqu'il y a des crimes dans la rue (...) et de l'autre consommer comme si les deux n'avaient aucun lien ». Serge Letchimy a, de son côté, appelé à une mobilisation locale plus large. « J’appelle la population et je dis à la population : l’omerta, il faut arrêter », a-t-il déclaré, estimant que la lutte contre les trafics nécessitait une implication collective.

La Collectivité territoriale de Martinique entend également participer à cette stratégie en proposant plusieurs dispositifs : relance de 1 000 emplois aidés, création d’un centre d’appel destiné aux familles en difficulté, développement d’un accompagnement de proximité dans les quartiers et mise en place d’actions associant entreprises, associations et collectivités. « Nous proposons d’ouvrir ce qu’on appelle des sas d’insertion, en relançant l’économie inclusive et surtout en accompagnant les familles qui sont en difficulté », a indiqué Serge Letchimy.

À travers l’Appel de la Martinique et les engagements pris lors de cette conférence, les participants souhaitent désormais transformer cette mobilisation diplomatique en actions concrètes. La prochaine étape sera celle de la mise en œuvre des coopérations annoncées, alors que les réseaux criminels continuent d’adapter leurs méthodes et leurs itinéraires dans la Caraïbe.

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