Publiée le 17 août, l'enquête annuelle du syndicat étudiant UNEF, fait passer pour la première fois le reste à charge d'un étudiant au-dessus du seuil de pauvreté. Dans les DROM, il faut y ajouter 314 à 409 euros de dépenses annuelles supplémentaires, que le complément de bourse de 30 euros ne compense pas.
L'UNEF, Union nationale des étudiants de France, a publié le 17 août son enquête annuelle sur le coût de la vie étudiante. Le syndicat y évalue la hausse à 1,66 % sur un an, soit 888 euros supplémentaires, et à 35,84 % depuis 2017. Le reste à charge mensuel, une fois les aides déduites, atteint 1 300 euros, soit 74 euros de plus qu'en 2025. Pour la première fois depuis le début de ces enquêtes, il dépasse le seuil de pauvreté, fixé à 1 288 euros pour 2026.
Les étudiants des outre-mer y sont décrits comme « les grands oublié·e·s des politiques publiques ». L'écart moyen de coût de la vie entre un étudiant vivant dans l'hexagone et un étudiant des DROM s'établit à 6,94 % pour les boursiers et 2,54 % pour les non-boursiers. En euros, cela représente 408,53 euros de dépenses supplémentaires par an pour un boursier à l'échelon 5 décohabitant, et 314,36 euros pour un non-boursier dans la même situation. Le complément de bourse de 30 euros mensuels, obtenu en 2023 pour les étudiants ultramarins, reste selon le syndicat « largement dérisoire ». L'UNEF réclame une hausse de 200 euros de ce complément.
Un écart de prix documenté par l'INSEE
Ce diagnostic recoupe les données de l'INSEE. Lors de sa dernière comparaison spatiale des prix, menée en 2022 et publiée en juillet 2023, l'institut mesurait des prix supérieurs de 14 % en Martinique et en Guyane et de 16 % en Guadeloupe par rapport à l'hexagone. L'écart grimpe à 40 % pour les produits alimentaires en Martinique, 42 % en Guadeloupe et 39 % en Guyane. Or l'alimentation pèse lourd dans le budget étudiant : l'enquête relève une inflation alimentaire de 30,4 % en dix ans, et plus de la moitié des étudiants disent sauter des repas pour des raisons financières.
Partir ou rester, une équation à deux inconnues
Le syndicat pointe aussi le sous-investissement de l'État dans le réseau des œuvres ultramarin et demande la construction de logements Crous, le développement de la restauration universitaire et le renforcement des services sociaux. À l'échelle nationale, seuls 5,82 % des étudiants ont accès à un logement Crous.
L'autre volet est celui de la mobilité contrainte. Faute de certaines filières sur place, en master notamment, une partie de la jeunesse ultramarine doit déménager à plusieurs milliers de kilomètres, avec les coûts que cela suppose. Étudiant martiniquais installé à Paris depuis trois ans, Matthias raconte à Martinique La 1ère s'être « privé de repas » plutôt que de solliciter ses parents.
Le ministère de l'Enseignement supérieur a contesté le constat général dans un communiqué diffusé le soir même, mettant en avant 2,46 milliards d'euros consacrés aux aides sociales, la généralisation du repas universitaire à un euro et le maintien des montants de bourses. L'UNEF relève que 50 millions d'euros ont été engagés pour ce repas à un euro, quand le Cnous en estime le besoin à 120 millions.
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