Selon les alertes sénatoriales relayées en 2026, la flotte de pêche guyanaise affiche une rentabilité de 0 %. Les navires ont en moyenne 60 ans d'âge. Le port du Larivot, 9e port de pêche français, spécialisé sur la crevette et le vivaneau, opère avec un outil productif qui ne se renouvelle plus. Réponses en cours : Pacte tripartite État-CTG-CRPMEM signé, ouverture d'un CAP maritime au lycée Matiti à la rentrée 2025. Mais l'équation économique reste impossible sans changement d'échelle.
Le port du Larivot, à quelques kilomètres de Cayenne, est le 3e secteur économique de Guyane et le 9e port de pêche français en tonnage. Spécialisé sur la crevette et le vivaneau, il est le point d'ancrage d'une filière qui structure historiquement plusieurs bassins d'emploi. Ces dernières années, la filière est entrée dans une trajectoire descendante que les acteurs institutionnels tentent d'infléchir.
Le chiffre qui résume la situation : rentabilité 0 %. C'est ce que les sénateurs qui suivent le dossier ont documenté à plusieurs reprises. Sur l'ensemble de la flotte guyanaise, le compte d'exploitation cumulé ne permet plus de dégager de résultat positif. Les recettes couvrent tout juste (et parfois pas) les charges d'exploitation. Aucune marge pour investir, moderniser, se renouveler.
Le second chiffre est tout aussi accablant : 60 ans d'âge moyen pour la flotte. Un navire de pêche a une durée de vie économique et technique de 25 à 30 ans dans les conditions normales d'exploitation. À 60 ans en moyenne, une flotte est structurellement en fin de course. Les pannes se multiplient, la maintenance devient prohibitive, la sécurité des équipages est engagée, les rendements se dégradent.
Les causes de cette situation sont documentées.
La concurrence internationale exerce une pression forte sur les prix. Les crevettes de Guyane rivalisent avec des produits importés d'Amérique latine (Équateur, Brésil, Venezuela) et d'Asie (Vietnam, Thaïlande) souvent produits avec des coûts sociaux et environnementaux beaucoup plus bas. Les vivaneaux guyanais font face aux produits caribéens et sud-américains. Le prix du marché ne rémunère plus l'effort de pêche local.
Les coûts d'exploitation guyanais sont particulièrement élevés. Carburant, glace, appâts, main-d'œuvre, entretien, taxes portuaires : tout coûte plus cher qu'ailleurs. Les compensations éventuelles (aides carburant, POSEI Pêche, subventions FEAMPA) n'équilibrent pas l'écart.
Les contraintes réglementaires s'accumulent. Quotas de pêche, périodes de fermeture, techniques autorisées, normes de sécurité : chaque disposition prise pour préserver la ressource et sécuriser les équipages ajoute des coûts ou réduit les capacités de capture.
Le renouvellement des équipages devient problématique. Métiers difficiles, revenus incertains, image dégradée : les jeunes Guyanais s'orientent moins vers la pêche que par le passé. Les capitaines vieillissent sans successeurs identifiés.
Face à cette équation, plusieurs réponses institutionnelles sont mobilisées.
Le Pacte tripartite pour la relance de la filière pêche en Guyane a été signé entre le ministère de la Transition écologique (via Hervé Berville dans son précédent portefeuille), la CTG et le Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins (CRPMEM). Objectifs : accompagner le renouvellement de la flotte, structurer la filière (mareyage, transformation, commercialisation), soutenir l'installation de nouveaux capitaines.
L'ouverture d'un CAP maritime au lycée Matiti (EPLEFPA) à la rentrée 2025 vise à former de nouveaux professionnels de la mer. Formation initiale sur les métiers de la pêche, du transport maritime, de l'aquaculture. Objectif : renouveler le vivier de compétences dans une filière qui manque cruellement de main-d'œuvre qualifiée. Les premiers diplômés arriveront sur le marché du travail à la rentrée 2027.
Les dispositifs FEAMPA (Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l'aquaculture) offrent des enveloppes de soutien à l'investissement, à la modernisation, à la formation. Encore faut-il que les acteurs guyanais soient en mesure de monter les dossiers et d'absorber effectivement les crédits.
Restent les questions de fond que la filière ne peut résoudre seule.
Le modèle économique. Pêche artisanale, semi-industrielle, aquaculture, transformation à terre, valorisation en circuit court : le mix optimal reste à définir. Chaque option a ses avantages, ses coûts, ses effets sur l'emploi et l'écosystème.
L'infrastructure portuaire. Le port du Larivot a besoin d'investissements structurants (débarquement, criée, chambres froides, ateliers de réparation). Les projets existent, les financements sont plus rares.
La gouvernance. Le Comité régional des pêches, la CTG, la préfecture, l'État central : autant d'acteurs à coordonner pour une action cohérente sur la durée.
Pour les acteurs économiques intéressés par la filière (industriels de la transformation, distributeurs, restaurateurs, exportateurs), le sujet est à suivre. Une filière pêche relancée en Guyane représente un potentiel de plusieurs centaines d'emplois et de plusieurs dizaines de millions d'euros de valeur ajoutée. Une filière qui s'éteint représente une perte sèche pour l'économie locale, et une dépendance accrue aux importations pour un territoire qui aspire à la souveraineté alimentaire.
Le port du Larivot mérite une stratégie de fond, pas seulement des pactes tripartites et des enveloppes ponctuelles. La rentrée 2026 sera un test.
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