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Orpaillage : les chefs coutumiers wayana lancent un ultimatum à l'État

Orpaillage : les chefs coutumiers wayana lancent un ultimatum à l'État
Orpaillage sur le fleuve Maroni. DR

À la veille d'une visite du préfet sur le Haut-Maroni, six autorités coutumières wayana ont rendu publique une lettre ouverte. Leur message rompt avec des décennies de doléances : elles ne demandent plus des moyens, elles exigent une décision politique et conditionnent à elle la légitimité de l'État sur leurs terres.

« Une véritable guerre à l'orpaillage illégal et aux réseaux qui l'organisent. » C'est, en une phrase, ce que réclament six responsables coutumiers wayana dans une lettre ouverte signée le 18 juin 2026 à Maripasoula. Le ton n'est pas celui d'une énième alerte. C'est celui d'un ultimatum.

Une lettre, un calendrier, un avertissement

Le texte est adressé au préfet de Guyane, dont la venue sur le fleuve Maroni est annoncée du 21 au 27 juin. Il est signé du Gran Man wayana Patrick Touenke, de l'ancien Gran Man Amaïpotï Touenke, du chef coutumier de Taluen Michel Aloïke, du chef coutumier d'Antecume Pata Aïtalewa Palanaïwa, de la responsable de ce village Kulilu Cognat-Cachine et de la capitaine de Kayodé Mélanie Aliman-He.

Leur raisonnement tient en une bascule : le problème, écrivent-ils, n'est pas l'absence d'action de l'État, mais son inefficacité durable. Et ils posent une condition. Soit la visite débouche sur des « décisions concrètes, immédiates et vérifiables » ; soit, préviennent les signataires, l'État ne pourra « plus être considéré comme légitime » sur ces terres coutumières. Une formule lourde, assumée comme un constat plutôt qu'une menace.

Ce que l'État reconnaît lui-même

Sur le fond, le diagnostic des chefs coutumiers rejoint celui des institutions. Le rapport d'information du Sénat sur le Plateau des Guyanes, publié en novembre 2025, est sans ambiguïté : l'opération Harpie « a permis de contenir le développement de l'orpaillage illégal » mais « n'a pas réussi à enrayer durablement le phénomène ». Le même rapport chiffre la réalité du terrain : entre 450 et 550 sites actifs et environ 6 100 orpailleurs, dont plus de 90 % de Brésiliens.

L'État agit pourtant, et massivement. En 2024, la lutte a conduit à la destruction de matériels et d'installations représentant 94,5 millions d'euros d'avoirs criminels, avec en moyenne 350 militaires engagés chaque jour en forêt, selon le Sénat. Depuis septembre 2025, gendarmerie et armées disposent même d'un état-major conjoint. Mais le rapport pointe aussi ce qui sape ces efforts : la hausse quasi continue du cours de l'or depuis fin 2018 rend l'orpaillage clandestin toujours plus attractif, effaçant les gains de la répression. C'est précisément ce « plafond de verre » que les signataires retournent contre l'État.

Un coût sanitaire et environnemental documenté

L'autre socle de la lettre, c'est la santé. Le 21 mai 2026, le tribunal administratif de Guyane a rejeté la requête de six associations et de deux habitants de Taluen qui mettaient en cause l'État mais son jugement a reconnu le lien entre l'orpaillage illégal et la contamination au mercure des populations du Haut-Maroni. L'Agence régionale de santé rappelle de son côté, dans sa stratégie « métaux lourds », que les habitants des fleuves, les femmes enceintes et les enfants sont les plus exposés au mercure et au plomb. Les travaux du Parc amazonien de Guyane décrivent, chez les Wayana, des taux d'imprégnation au mercure trois à dix fois supérieurs.

Les signataires vont plus loin en citant un courrier de l'ARS de 2023 évoquant, selon eux, un enfant sur cinq atteint de saturnisme et parlant d'un « chlordécone de la Guyane ». Ces formulations, fortes, leur appartiennent : elles traduisent la manière dont les autorités coutumières lisent la responsabilité publique.

Une parole qui change de registre

C'est là que réside la nouveauté. Jusqu'ici, la contestation passait par les associations et par les tribunaux. Cette fois, ce sont les plus hautes autorités coutumières wayana, un Gran Man en exercice et son prédécesseur, qui prennent la parole, après l'échec du front judiciaire de mai. On quitte le terrain de la plainte pour celui de la mise en cause politique de l'État. Pour des communautés françaises parmi les plus isolées de la République, c'est une façon de rappeler que la souveraineté ne se mesure pas au nombre d'opérations menées, mais à leurs résultats.

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