La Guyane importe encore la majeure partie de ce qu'elle mange. Mais un cap est fixé : produire localement 80 % de ses fruits et légumes d'ici 2030. Un chantier exigeant, porté par les agriculteurs du territoire et l'une des plus belles promesses économiques de la région.
C'est un paradoxe que connaît tout Guyanais devant un étal de supermarché : sur le plus vaste territoire forestier de France, une large part de ce qui finit dans l'assiette a traversé l'Atlantique. En 2020, la Guyane affichait encore 63 % de dépendance aux importations alimentaires selon l'ADEME, et ne produisait qu'environ un tiers de ce qu'elle consommait. Pour un département jeune, en pleine croissance démographique, c'est à la fois une fragilité la moindre perturbation des navires fait grimper les prix et une immense marge de progression.
Un cap chiffré, pas un slogan
C'est là qu'intervient l'Interprofession des filières végétales de Guyane (IFIVEG). Créée en 2012, elle a posé dans son plan de filière un objectif clair : 80 % d'autonomie sur les fruits et légumes à l'horizon 2030. Du côté des filières animales, la cible est plus modeste un taux de couverture de l'ordre de 20 % mais la direction est la même : remplacer, mètre carré après mètre carré, ce qu'on importe par ce qu'on cultive ici.
Le chantier a un prix. Les plans de filières l'estiment autour de 153 millions d'euros d'investissements sur dix ans, pour l'amont comme pour l'aval : produire davantage, mais aussi transformer, stocker, distribuer. Car nourrir la Guyane, ce n'est pas seulement faire pousser des tomates, des choux ou des citrons trois produits stratégiques que l'interprofession veut justement cesser d'importer. C'est bâtir toute une chaîne, du champ à la cantine scolaire.
Ce que l'autonomie changerait vraiment
L'enjeu dépasse l'agriculture. Une Guyane qui produit sa nourriture, c'est une économie moins exposée aux chocs de prix et aux ruptures d'approvisionnement, des emplois ancrés sur le territoire, et une réponse concrète à la vie chère. C'est aussi une forme de souveraineté très tangible : décider de ce que l'on mange plutôt que de le subir. Pour une région où l'agriculture reste l'un des rares secteurs à pouvoir créer de l'emploi à grande échelle, le potentiel est considérable.
L'État accompagne le mouvement, notamment à travers le Plan régional de l'alimentation, qui soutient les projets alimentaires territoriaux et la production locale. Et la dynamique se voit déjà dans les cantines, où la part de produits du cru devient un marqueur politique autant qu'un débouché pour les agriculteurs.
Le chemin reste exigeant
Personne ne prétend que la marche sera facile. L'objectif 2030 se heurte à des obstacles réels : le foncier agricole à sécuriser, le climat équatorial, la logistique sur un territoire grand comme le Portugal, et une crise de l'alimentation animale qui freine particulièrement le volet élevage. Atteindre 80 % en quelques années relève de l'ambition forte plus que de la prévision tranquille.
Mais il y a, pour une fois, un cap partagé et chiffré, une interprofession structurée et des agriculteurs qui croient à leur terre. La Guyane a tout pour se nourrir elle-même : du soleil toute l'année, de l'eau, de l'espace et une demande qui ne cesse de croître. Transformer cet atout en assiettes, c'est peut-être le plus beau projet économique que le territoire puisse se donner pour la décennie.
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