En Martinique, le bilan démographique 2025 de l’Insee confirme la poursuite du vieillissement et d’un déficit naturel durable, malgré une légère reprise des naissances.
La Martinique continue de voir sa dynamique démographique s’éroder. Dans son bilan 2025 publié le 24 mars, l’Insee souligne que, pour la première fois depuis 2021, le nombre de naissances ne baisse pas sur un an. Mais ce léger répit ne modifie pas la tendance de fond : l’île reste marquée par une natalité faible, une fécondité en retrait, un solde naturel négatif et une population toujours plus âgée. L’institut résume ainsi une situation où l’amélioration conjoncturelle ne suffit pas à inverser les déséquilibres installés depuis plusieurs années.

En 2025, 2 920 enfants sont nés en Martinique, soit 22 de plus qu’en 2024. Cette légère hausse distingue l’île d’une grande partie des régions françaises, alors que la baisse des naissances se poursuit dans l’Hexagone. Pour autant, le niveau reste historiquement bas : l’Insee rappelle que la Martinique enregistre aujourd’hui deux fois moins de naissances qu’au début des années 2000. Le taux de natalité, qui s’élevait à 10,5 ‰ en 2015, se stabilise à 8,1 ‰ en 2025, un niveau inférieur à celui de la France métropolitaine, fixé à 9,2 ‰, et le plus faible des départements et régions d’outre-mer.
Cette fragilité s’explique en partie par l’évolution de la population féminine en âge d’avoir des enfants. Entre 2000 et 2021, le nombre de femmes âgées de 20 à 40 ans a chuté de 37 %, notamment en raison du départ des jeunes adultes pour les études ou l’emploi. Sur cette période, la baisse des naissances a suivi quasiment la même courbe. Mais l’Insee observe aussi un changement plus récent : entre 2021 et 2025, le nombre de femmes de 20 à 40 ans est resté presque stable, alors que les naissances ont encore reculé de 19 %, signe que la baisse ne relève plus seulement de la structure de population, mais aussi des comportements de fécondité.
Une fécondité basse et un déficit naturel qui dure
L’Insee note ainsi que l’indicateur conjoncturel de fécondité est tombé à 156 enfants pour 100 femmes en 2025, contre 189 en 2021. Il devient désormais proche du niveau observé en France métropolitaine (154), mais s’éloigne encore davantage du seuil de renouvellement des générations, estimé à 210 enfants pour 100 femmes. En Martinique, le taux de fécondité atteint 4,1 naissances pour 100 femmes âgées de 15 à 50 ans, contre 4,6 en 2015. Les femmes de 25 à 39 ansrestent les plus fécondes, mais les reculs sont particulièrement marqués chez les moins de 35 ans, qui expliquent 94 % de la baisse totale des naissances entre 2015 et 2025.
Dans le même temps, la mortalité demeure élevée, même si elle recule légèrement. En 2025, 3 732 personnes sont décédées en Martinique, contre 3 793 en 2024. Ce léger reflux ne suffit pas à rétablir l’équilibre naturel : le solde naturelreste négatif, avec 812 décès de plus que de naissances. Il s’agit de la sixième année consécutive où les décès dépassent les naissances. Ce basculement s’est installé durablement depuis 2020, année à partir de laquelle la Martinique a cessé d’enregistrer un excédent naturel.
La région française où la part des aînés est la plus élevée
Ce déséquilibre démographique s’inscrit dans un vieillissement de plus en plus net. L’Insee rappelle que la Martinique demeure la région française où la part des personnes de 60 ans et plus est la plus élevée. Ce vieillissement est alimenté à la fois par la baisse des naissances, l’allongement de la durée de vie et le départ d’une partie des jeunes adultes. L’âge moyen à l’accouchement progresse lui aussi, passant de 29,7 ans en 2015 à 30,3 ans en 2025, tandis que les naissances de mères mineures deviennent plus rares, avec 21 bébés concernés l’an dernier, soit 0,7 % des naissances.
À cette photographie s’ajoute une forme de stabilité dans les modes de vie. L’Insee indique que 900 mariages ont été célébrés en Martinique en 2025, soit un niveau stable sur un an. Mais l’enjeu principal reste ailleurs : la légère remontée des naissances ne compense pas, à ce stade, la faiblesse de la fécondité ni l’ampleur du vieillissement. Le bilan 2025 confirme ainsi moins un rebond qu’un ralentissement de la dégradation, sur un territoire où la question démographique s’impose désormais comme un enjeu structurel de long terme.
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