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Logement social en Guyane : 30 millions de moins, le BTP s'inquiète

Logement social en Guyane : 30 millions de moins, le BTP s'inquiète
Logements sociaux réalisés en Guyane. Crédit : Semsamar

30 millions d'euros en moins. La menace que la Collectivité territoriale de Guyane redoutait depuis l'automne dernier vient de se concrétiser sur le secteur le plus exposé : le logement social.

La baisse annoncée des subventions étatiques sur ce volet inquiète directement les fédérations BTP du territoire, déjà fragilisées par un recul de 29,2 % des autorisations de construire en 2025 et une explosion de 205,5 % des défaillances d'entreprises sur douze mois.

L'équation guyanaise est connue. Sur dix ans, le territoire doit combler un déficit estimé à 45 000 logements pour rattraper sa croissance démographique. Aujourd'hui, 80 % de la population guyanaise est éligible au logement social, mais seulement 15 % en bénéficie effectivement. Sur cent demandes déposées, seules seize obtiennent satisfaction en moyenne. Quand le robinet des subventions se ferme, c'est cette équation qui se grippe et tout un pan du tissu BTP local qui s'inquiète.

Le coup de rabot se concrétise

Depuis l'automne 2025, le président de la CTG Gabriel Serville alerte sur la menace d'un retrait de 30 millions d'euros dans l'accord structurel qui lie la collectivité à l'État. Une crainte budgétaire qui se traduit désormais en arbitrage opérationnel : la baisse touche en priorité les subventions au logement social, c'est-à-dire au cœur même de la politique de lutte contre la fracture territoriale guyanaise. Pour la CTG, la marge de manœuvre se rétrécit. Pour les opérateurs HLM (Sigh, Simko, Soguafer notamment), le calendrier des programmations devient incertain.

Le mécanisme est connu : sans subvention publique, les opérations de logement très social (PLAI) et social classique (PLUS) ne peuvent pas équilibrer leur plan de financement, en raison des coûts de construction très élevés en Guyane 20 à 40 % au-dessus de la moyenne métropolitaine. Quand l'État réduit son apport, les bailleurs sociaux limitent le nombre de logements construits, ou les concentrent sur les segments les moins exigeants en subvention (PLS, accession à la propriété), au détriment des plus précaires.

Une crise du logement déjà massive

Pour mesurer ce qui se joue, il faut regarder les profils des demandeurs. 86 % des Guyanais qui sollicitent un logement social correspondent aux critères d'éligibilité des Logements à Loyers Très Sociaux (LLTS), c'est-à-dire les publics les plus modestes. Les familles monoparentales avec enfants représentent 55 % des demandes, contre 42 % en moyenne dans les autres DROM. Une demande structurellement orientée vers les segments les plus aidés du parc HLM ceux-là mêmes que la baisse des subventions touche en premier.

À cela s'ajoute le contexte démographique. La Guyane gagne, chaque année, plusieurs milliers d'habitants supplémentaires par solde naturel mais aussi par migrations transfrontalières. La pression sur le parc immobilier ne faiblit pas, et l'écart entre besoins et offres se creuse. La situation est d'autant plus critique que le parc privé est étroit, cher, souvent vétuste, et concentré sur Cayenne et Kourou. Pour les communes de l'intérieur, l'enjeu est encore plus aigu Saint-Georges, Maripasoula, Saint-Laurent-du-Maroni cumulent les difficultés.

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