Cinquante corps entassés dans une morgue saturée. Vingt-deux bébés qui n'ont jamais eu de sépulture. Des dépouilles en décomposition dans une chambre funéraire sans agrément. Une odeur pestilentielle qui envahit un quartier entier. Bienvenue en Guadeloupe, en 2026, où l'on découvre que des dizaines de morts ont été oubliés pendant des années.
Cette enquête révèle l'ampleur d'un scandale sanitaire et éthique qui dépasse le seul territoire guadeloupéen. Elle pose une question fondamentale : comment une société traite-t-elle ses morts les plus vulnérables ?
La découverte
Le 24 février 2026, les habitants du Gosier assistent à une scène surréaliste. Des gendarmes de la brigade de recherches de Pointe-à-Pitre, appuyés par des policiers, déploient un dispositif conséquent autour d'une chambre funéraire. Des véhicules funéraires stationnent pendant des heures. Puis les cercueils commencent à sortir.
"On a assisté à une noria de cercueils en bois qui sortaient", témoigne un riverain. "À un moment, quand ils ont ouvert la maison d'en face, une odeur s'est répandue dans le Gosier de façon absolument extraordinaire. La moitié du Gosier suffoquait."
Au moins quinze corps, dix-huit selon le gérant de l'établissement, sont extraits ce jour-là des pompes funèbres Duhamel. Certains témoins décrivent des intervenants équipés de protections respiratoires. Les dépouilles sont, selon plusieurs sources, "très abîmées et en état de décomposition avancée".
Le parquet de Pointe-à-Pitre ouvre une enquête préliminaire. Le scandale des corps oubliés de Guadeloupe vient d'éclater au grand jour.
L'ampleur du désastre
Mais l'affaire du Gosier n'est que la partie émergée de l'iceberg.
Quarante-huit heures après la perquisition, une autre révélation secoue l'archipel. Un arrêté préfectoral, signé le 19 février, autorise la crémation de 31 autres dépouilles conservées à la morgue du CHU de Guadeloupe.
Ces corps sont ceux de personnes décédées entre le 13 septembre 2017 et le 25 septembre 2025. Huit ans. Huit ans pendant lesquels des êtres humains sont restés dans des tiroirs réfrigérés, en attente d'une sépulture qui n'est jamais venue.
Parmi eux : 22 enfants. Des nourrissons, pour la plupart. Des bébés morts à la naissance ou dans leurs premiers jours de vie, dont les corps n'ont jamais été réclamés par leurs familles ou dont les familles n'ont jamais été retrouvées.
Au total, en comptant les corps du Gosier et ceux du CHU, ce sont plus de cinquante dépouilles qui ont été découvertes dans des conditions indignes en l'espace de quelques jours.
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