Dans un focus publié le 10 juillet dans son rapport « Charges et Produits pour 2027 », l'Assurance maladie dresse un constat préoccupant sur l'état de santé dans les départements et régions d'outre-mer. Elle formule une dizaine de propositions pour améliorer la prévention et l'accès aux soins.
Les départements et régions d'outre-mer concentrent parmi les plus fortes inégalités de santé du territoire national. C'est le constat dressé par l'Assurance maladie dans un dossier publié le 10 juillet, consacré aux DROM dans son rapport annuel « Charges et Produits pour 2027 ». Réalisé avec les agences régionales de santé (ARS) et les Caisses générales de sécurité sociale (CGSS), ce panorama met en évidence des écarts persistants avec l'Hexagone et avance une dizaine de mesures destinées à les réduire.
Le rapport rappelle que ces difficultés s'expliquent par un cumul de facteurs : des taux de pauvreté deux à quatre fois plus élevés que dans l'Hexagone, des contraintes liées à l'insularité ou à l'éloignement, mais aussi une exposition accrue aux risques climatiques, épidémiques et environnementaux.
Premier sujet d'inquiétude : les maladies liées à l'alimentation. Selon l'Assurance maladie, 51,8 % des habitants des DROM sont en surcharge pondérale, dont 22,4 % en situation d'obésité, soit respectivement 3 et 4,3 points de plusque la moyenne nationale. Chez les enfants, 22,4 % des élèves de CM2 sont en surpoids ou obèses, contre 18,1 % dans l'Hexagone.
Cette situation se traduit notamment par une prévalence du diabète de type 2 deux fois plus élevée que dans l'Hexagone. Le rapport pointe également une consommation importante de boissons sucrées et rappelle que certains produits vendus outre-mer contiennent encore davantage de sucre que leurs équivalents commercialisés dans l'Hexagone. Il cite l'exemple d'un yaourt contenant 12,1 g de sucre pour 100 g à La Réunion, contre 10,8 g dans l'Hexagone.
L'Assurance maladie recommande donc d'aligner strictement les teneurs en sucre des produits commercialisés dans les DROM sur celles des produits distribués dans l'Hexagone, estimant que la loi Lurel de 2013, qui interdit une quantité de sucres ajoutés supérieure, doit désormais être appliquée de manière plus complète.
Santé mentale et accès aux soins sous tension
Le rapport met également en lumière une situation préoccupante en matière de santé mentale. Près de quatre jeunes ultramarins sur dix présentent des symptômes dépressifs. À La Réunion, le taux de suicide est présenté comme vingt fois supérieur à celui observé dans l'Hexagone.
L'offre de soins reste insuffisante. Les Antilles comptent seulement deux à trois psychiatres pour 100 000 habitants, contre une quasi-absence en Guyane et à Mayotte (0,3 pour 100 000 habitants). Les psychologues sont également moins nombreux : 23 pour 100 000 habitants en Guadeloupe, 17 en Martinique et 3 à Mayotte, contre 36 dans l'Hexagone.
Les difficultés concernent aussi la médecine de ville. En Guyane, 14 % des patients en affection de longue durée n'ont pas de médecin traitant. Cette proportion atteint 38,2 % à Mayotte, contre 4,2 % dans l'Hexagone.
Une dizaine de mesures proposées
Pour répondre à ces constats, l'Assurance maladie propose plusieurs évolutions. Elle recommande le lancement d'un grand plan Diabète dans les DROM, sur le modèle de celui mis en œuvre à La Réunion. Elle souhaite également relancer le dispositif « Mission retrouve ton cap » pour prévenir le surpoids et l'obésité chez les enfants, en revalorisant la rémunération des professionnels qui y participent.
Le rapport préconise aussi de renforcer les dépistages précoces, notamment des cancers, en élargissant certaines compétences des infirmiers, et d'adapter les campagnes de communication aux réalités locales. En matière de santé sexuelle, il propose de combiner vaccination, dépistage des infections sexuellement transmissibles, distribution de kits de dépistage à domicile et actions de proximité menées avec des ambassadeurs au sein des communautés.
Enfin, l'Assurance maladie souhaite renforcer Mon soutien psy dans les Outre-mer. Elle propose notamment d'autoriser une première consultation en téléconsultation, de majorer le tarif des consultations dans les DROM et de mener une campagne pour inciter davantage de psychologues à rejoindre le dispositif. Le rapport recommande enfin de développer les téléconsultations assistées par des infirmiers libéraux et de poursuivre le déploiement de télécabines dans les dispensaires et centres de santé, alors que le recours à la téléconsultation reste trois fois inférieur à celui observé dans l'Hexagone.
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