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La foncière de Saint-Laurent-du-Maroni, l'outil discret d'une bascule urbaine

La foncière de Saint-Laurent-du-Maroni, l'outil discret d'une bascule urbaine
Pirogue sur le Maroni. DL

100 000 habitants d'ici dix ans. C'est la trajectoire démographique projetée pour Saint-Laurent-du-Maroni, appelée à devenir la première commune de Guyane devant Cayenne. Pour tenir ce choc, la ville s'est dotée d'un outil rarement mobilisé à cette échelle en Outre-mer : une foncière municipale. La Banque des Territoires en publie le premier retour d'expérience en juillet 2026.

Une ville de moins de 60 000 habitants qui doit en accueillir près du double en une décennie. Sur le papier, l'énoncé suffit à comprendre pourquoi la question foncière est devenue, à Saint-Laurent-du-Maroni, la mère des batailles. Le foncier disponible y est éclaté, souvent grevé d'indivisions, traversé de statuts hérités et d'occupations informelles anciennes. Le marché privé, seul, ne suit pas.

D'où la foncière.

Créée récemment, opérationnelle depuis quelques mois, elle acquiert, porte, aménage et cède du foncier stratégique dans une logique de long terme. Elle intervient là où le marché est bloqué, trop lent ou orienté vers des logiques peu compatibles avec l'intérêt général. Elle mobilise les compétences juridiques, financières et opérationnelles qu'une équipe municipale, seule, ne peut pas déployer.

Le retour d'expérience publié par la Banque des Territoires en juillet 2026 documente les premiers mois. L'outil a permis de débloquer plusieurs opérations bloquées de longue date, principalement dans le centre-ville historique et sur les secteurs stratégiques identifiés par le Nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU) et par Action Cœur de Ville. La méthode se rôde. Les procédures se calent. La coopération avec les bailleurs sociaux (SIGUY, SIMKO, SEMSAMAR) monte en régime.

Un modèle économique en construction

La foncière a besoin de capitaux longs. Elle porte du foncier avant qu'il ne trouve sa valorisation finale, ce qui suppose une capacité de trésorerie et une visibilité budgétaire que ni la commune seule, ni les opérateurs privés classiques ne peuvent apporter.

Le partenariat avec la Banque des Territoires (Caisse des Dépôts) résout partiellement l'équation. La CTG cofinance certaines opérations dans le cadre de ses compétences aménagement et logement social. L'État intervient via la Ligne budgétaire unique et via les crédits Cœur de Ville et NPNRU. L'articulation entre ces briques est l'ingénierie qui donne son sens à l'outil.

Reste à démontrer, sur plusieurs années, la soutenabilité du modèle. Les cessions valorisées doivent progressivement couvrir une partie des coûts d'acquisition et de portage. Le rythme dépendra de la qualité des projets aménagés et de la demande solvable qu'ils rencontrent.

Ce que la foncière débloque pour le tissu local

Pour les bailleurs sociaux, elle prépare des terrains qu'ils n'auraient pas obtenus seuls. Le rythme des mises en chantier de logements sociaux dans l'ouest guyanais dépend directement de cette capacité de préparation en amont.

Pour les promoteurs privés, elle sécurise un cadre partenarial jusqu'ici imprévisible. Les projets d'aménagement complexes, qui butaient sur l'indivision ou sur l'absence d'ingénierie municipale, redeviennent finançables.

Pour les entreprises du BTP, elle enclenche un pipeline de commandes qui se chiffre en centaines de millions d'euros à horizon 2030 : logements, équipements publics, voirie, réseaux, requalification des centralités.

Un précédent qui compte

La foncière de Saint-Laurent-du-Maroni est parmi les premières de ce type déployées en Outre-mer à l'échelle d'une commune. La Banque des Territoires suivra son évolution et publiera d'autres retours d'expérience. Ce que cet outil réussit ou rate ici façonnera les décisions d'autres collectivités confrontées à des enjeux comparables : Kourou, Macouria, Matoury, et au-delà de la Guyane, des communes ultramarines en croissance rapide.

La ville qui, historiquement, a été enclose par son passé pénitentiaire et par sa position frontalière, se dote donc de l'un des outils les plus classiques du droit de l'urbanisme français, mais dans une configuration inédite pour le contexte guyanais. Le succès ne se mesurera pas en mois mais en mandatures.

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