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Justice en Guyane : le procès d'un orpailleur révèle les réalités d'une vie entre deux rives

Justice en Guyane : le procès d'un orpailleur révèle les réalités d'une vie entre deux rives
Image d'illustration.

À Cayenne, un Surinamais d'une trentaine d'années conteste sa condamnation pour transport d'or non déclaré. Derrière les chefs d'accusation, le portrait d'un homme pris entre deux pays, une famille éclatée et les contradictions d'une frontière poreuse.

20 grammes d'or, une vie suspendue

Le 28 janvier 2026, 8h20. Les douanes françaises interceptent une pirogue sur le Maroni, le fleuve qui sépare la Guyane du Suriname. À bord, un homme d'une trentaine d'années, de nationalité surinamaise. Dans ses affaires : 20 grammes d'or (valeur estimée : 3 000 euros), de l'argent liquide en plusieurs devises (environ 2 800 euros), une chaîne et un pendentif en or (5 500 euros).

Tout est saisi. L'homme est placé en garde à vue, puis présenté à la justice.

Le 30 janvier, dans le cadre d'une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), il accepte une peine de 12 mois d'emprisonnement, 5 ans d'interdiction du territoire français et 3 000 euros d'amende.

Deux mois plus tard, il fait appel.

« Je ne connaissais pas mes droits »

Le 20 mars 2026, devant la cour d'appel de Cayenne, l'homme conteste. « Je ne connaissais pas mes droits », explique-t-il. Il revient sur les circonstances de son interpellation et sur sa vie.

Sa version des faits :

  • L'or provient de son activité d'orpailleur, qu'il affirme légale, travaillant pour un patron au Suriname
  • Il transportait l'or « par précaution, pour ne pas me le faire voler »
  • Il attendait une remontée des cours pour vendre au Suriname, pas en France
  • « Je ne savais pas qu'il fallait le déclarer »

Dans le dossier, pourtant, l'activité est qualifiée à deux reprises d'« illicite ». Son avocate conteste cette mention, documents du patron à l'appui.

Entre deux pays, une famille éclatée

Le profil de l'accusé illustre une réalité courante sur le Maroni : des vies construites à cheval sur la frontière.

Lui vit au Suriname. Mais toute sa famille parents, frères et sœurs réside en Guyane française. Sa fille de 11 ans, confiée à une tante, habite à Cayenne. Des virements réguliers entre les deux pays apparaissent dans le dossier. « C'est pour ma fille », précise-t-il.

Sa demande de régularisation en France a expiré en novembre 2025. Mais il affirme être venu ce 28 janvier pour déposer de nouveaux documents. Selon son avocate, des démarches administratives sont engagées depuis 2022.

Son projet : s'installer définitivement en Guyane, trouver un travail, rejoindre sa famille.

« On est face à une justice hypocrite »

L'avocat général a requis 18 mois d'emprisonnement plus que la peine initiale.

L'avocate de la défense s'est emportée à la barre. « On est face à une justice hypocrite », a-t-elle lancé. Elle a contesté point par point :

  • L'orpaillage ? « Légal, documents à l'appui »
  • La mention « illicite » dans le dossier ? « Une erreur »
  • L'interpellation sur le fleuve ? « Dans une zone où les habitants circulent sans justificatif, voire sans passeport »

Elle a dénoncé une procédure « expéditive » et une CRPC « utilisée pour tout et n'importe quoi ». Elle a demandé la relaxe, la restitution des biens saisis et, à défaut, l'absence de peine. « Que fait-il en détention, dans un centre déjà surpeuplé ? »

Une frontière qui n'existe pas toujours

Le Maroni est à la fois une frontière internationale et un espace de vie partagé. Les populations des deux rives communautés bushinenge, amérindiennes, créoles circulent depuis des générations entre Guyane et Suriname. Familles éclatées, activités économiques transfrontalières, liens culturels : la réalité humaine ne coïncide pas toujours avec les lignes tracées sur les cartes.

Pour les autorités françaises, le fleuve est aussi une zone de trafics : or clandestin, drogue, armes, immigration irrégulière. La lutte contre l'orpaillage illégal mobilise des moyens militaires importants (opération Harpie).

Mais cette politique de fermeté se heurte à des situations individuelles plus nuancées comme celle de cet homme, pris entre son activité économique, ses démarches de régularisation et sa volonté de rejoindre sa fille.

Une décision attendue le 27 mars

À l'issue de l'audience, le prévenu a exprimé son inquiétude : « Comment je fais pour voir ma fille et ma famille si je suis interdit du territoire français pendant 5 ans ? »

La cour d'appel rendra sa décision le 27 mars 2026.

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