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Affaire Phinéra-Horth : le crépuscule d'une figure politique guyanaise

Affaire Phinéra-Horth : le crépuscule d'une figure politique guyanaise
Photo de Marie-Laure Phinéra-Horth prise au sénat au début de son mandat.

Battue dès le premier tour des municipales à Cayenne, la sénatrice Marie-Laure Phinéra-Horth fait face à son procès en appel pour emploi fictif présumé. Entre défaite électorale et batailles judiciaires, retour sur une semaine qui marque un tournant dans le paysage politique guyanais.

Une semaine de revers

Le 15 mars 2026, Marie-Laure Phinéra-Horth a subi un revers électoral sans appel. Avec 13,5 % des voix au premier tour des municipales de Cayenne, l'ancienne maire n'a pas pu accéder au second tour. Sandra Trochimara, sa principale adversaire, a triomphé avec plus de 72 % des suffrages une victoire écrasante qui ne laisse aucune place à l'interprétation.

Cinq jours plus tard, le 20 mars, la sénatrice se présentait devant la cour d'appel de Cayenne pour une audience dans l'affaire d'emploi fictif présumé qui la poursuit depuis plusieurs années.

Les faits : 230 000 euros de salaires contestés

L'affaire remonte à la période 2013-2016. Marie-Laure Phinéra-Horth, orthophoniste de formation, aurait continué à percevoir son salaire du Centre hospitalier de Cayenne sans exercer ses fonctions. Le montant public recelé est évalué par le Parquet à près de 230 000 euros.

Le 4 décembre 2025, le tribunal correctionnel de Cayenne l'avait condamnée à :

  • Deux ans de prison avec sursis
  • Deux ans d'inéligibilité
  • 30 000 euros d'amende
  • 159 000 euros d'indemnité à verser au CHC (solidairement avec un autre prévenu)

Le Parquet avait également requis la confiscation d'un appartement d'une valeur équivalente au préjudice réquisition non suivie par le tribunal.

L'appel : une stratégie qui a fonctionné... jusqu'aux urnes

En faisant appel de sa condamnation, Marie-Laure Phinéra-Horth a obtenu la suspension de son inéligibilité. C'est ce qui lui a permis de se présenter aux municipales de mars 2026.

« Une affaire de ce type ne se règle jamais en première instance », avait justifié son avocat, Me José Lama, à l'issue du premier jugement. « Ce sont des affaires complexes par la durée de l'instruction et par le nombre de protagonistes. »

Mais la stratégie judiciaire n'a pas suffi à convaincre les électeurs cayennais.

L'audience du 20 mars : un simple renvoi

L'audience du 20 mars n'a pas permis de trancher l'affaire. Il s'agissait d'une « audience de relais » destinée à fixer le calendrier de la procédure. Le procès en appel proprement dit est désormais prévu pour le 22 mai 2026.

Me Nicolas Putman, avocat du Centre hospitalier de Cayenne, partie civile, a confirmé que l'hôpital demandera « la confirmation du jugement de première instance ».

Trois anciens cadres de l'établissement sont également poursuivis dans ce dossier pour « détournement de biens d'un établissement public ».

Le retrait du conseil municipal

Au lendemain de sa défaite électorale, Marie-Laure Phinéra-Horth a annoncé qu'elle ne siégerait pas au conseil municipal de Cayenne, où sa liste a tout de même obtenu des sièges d'opposition.

Dans un communiqué, elle a expliqué vouloir « ne donner aucune prise à nos adversaires politiques » et « permettre à notre parti NFG de mener une opposition ferme, renouvelée et sans entrave ».

« Je refuse que les débats à venir soient pollués par des querelles de personnes », a-t-elle ajouté, tout en précisant qu'elle « ne quitte pas le terrain ».

Ce qui reste en suspens

Au plan judiciaire :

  • Procès en appel fixé au 22 mai 2026
  • Risque de confirmation de l'inéligibilité
  • Question du remboursement des 159 000 euros au CHC

Au plan politique :

  • Marie-Laure Phinéra-Horth conserve son mandat de sénatrice (non concerné par l'inéligibilité municipale)
  • L'avenir de son parti, Nouvelle Force Guyanaise (NFG), reste à construire sans sa figure de proue au conseil municipal
  • La montée en puissance de Sandra Trochimara redessine le paysage politique cayennais

Un précédent pour la classe politique locale ?

L'affaire Phinéra-Horth intervient dans un contexte de vigilance accrue sur les emplois présumés fictifs dans la fonction publique hospitalière en Outre-mer. Plusieurs enquêtes ont été ouvertes ces dernières années sur des situations similaires dans d'autres établissements de santé ultramarins.

Le jugement en appel, attendu pour le 22 mai, sera scruté de près tant pour ses implications personnelles que pour le signal qu'il enverra sur la tolérance des juridictions face à ce type de pratiques.

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