En rejoignant le réseau national « Osez l'IA », Mathieu Castor, référent de la CCI de Guyane, devient le point de contact des entreprises du territoire qui veulent s'emparer de l'intelligence artificielle. Une porte d'entrée vers des ressources et des financements jusque-là lointains.
La Guyane a désormais un visage pour l'intelligence artificielle. La Chambre de commerce et d'industrie vient d'intégrer le réseau national des « Ambassadeurs IA », avec un référent identifié : Mathieu Castor. La nomination accompagne l'élargissement du plan « Osez l'IA » aux Outre-mer, annoncé le 17 juin à VivaTech, 45 nouveaux ambassadeurs, dont plusieurs ultramarins, portant le réseau à 615 référents. Pour la première fois, le territoire a son entrée dans le dispositif, et un interlocuteur joignable pour s'y retrouver.
C'est tout l'intérêt de la fonction. Un ambassadeur n'a pas de budget propre ; il a un rôle de passeur. Mathieu Castor est habilité à organiser des ateliers, à relayer les ressources de l'État et à orienter les entreprises vers les bons dispositifs. Sur un territoire où l'information sur les aides circule mal, et où peu de dirigeants ont le temps de décrypter un appel à projets national, ce rôle d'aiguilleur a une vraie valeur.
Ce que la nomination met à portée
Le plan « Osez l'IA », lancé en juillet 2025, vise à diffuser l'intelligence artificielle dans 100 % des grandes entreprises, 80 % des PME-ETI et 50 % des TPE d'ici 2030. En neuf mois, ses ambassadeurs disent avoir sensibilisé plus de 35 000 entreprises. Le 17 juin, Bpifrance a aussi ouvert « Accélérez avec l'IA », une plateforme qui rassemble plus de 75 cas d'usage concrets commerce, relation client, tourisme pour donner aux dirigeants des exemples tangibles plutôt que des slogans.
Derrière, il y a des financements réels. Les « Diagnostics Data IA » offrent huit jours d'expertise pour 10 000 euros hors taxes, pris en charge à 40 % par France 2030, afin d'identifier les usages prioritaires d'une entreprise. Les « Accélérateurs IA » vont plus loin, sur dix-huit mois, avec une prise en charge de 46 %. Autant de portes que, jusqu'ici, peu d'entreprises guyanaises savaient même pousser et vers lesquelles un ambassadeur local peut désormais les guider.
Le vrai chantier : faire descendre l'IA jusqu'aux TPE
C'est là que le rôle de M. Castor prend tout son sens. Ces diagnostics et accélérateurs visent d'abord les PME et ETI : les premiers s'adressent aux structures de 10 à 2 000 salariés, les seconds aux entreprises de plus de 50 collaborateurs réalisant au moins 8 millions d'euros de chiffre d'affaires. Or le tissu économique guyanais est, dans son immense majorité, fait de très petites entreprises et de micro-entrepreneurs.
L'enjeu n'est donc pas de dérouler des dispositifs calibrés ailleurs, mais de les traduire pour la réalité d'ici et c'est précisément le terrain d'un ambassadeur de proximité. Les ateliers gratuits, les démonstrations, l'orientation pas à pas : voilà ce qui peut mettre l'IA à portée d'un artisan, d'un commerçant ou d'une TPE du tourisme, là où un diagnostic à cinq chiffres resterait théorique. La réussite se mesurera moins au nombre de gros dossiers déposés qu'à la capacité à embarquer les petites structures qui font le quotidien de l'économie guyanaise.
Un préalable demeure, plus terre à terre : la connexion. Adopter l'IA suppose une connectivité fiable, encore inégale sur le territoire ; la Guyane attend pour la fin 2026 la mise en service du câble sous-marin Lum@Link, censé la relier directement à l'Europe et faire baisser les tarifs. La marche se fera donc par étapes. Mais avec cette nomination, le territoire a au moins ce qui manquait : un nom, un numéro et une mission claire pour que l'intelligence artificielle cesse d'être, pour les entreprises guyanaises, une affaire qui se décide loin d'elles.
Cet article vous a plu ?
Inscrivez-vous gratuitement pour recevoir les prochains directement par email.
Pas de publicité, pas de spam, données jamais revendues.

À lire aussi
Choose Outre-mer, le pari des atouts
oct. 03, 2026
Ary Chalus condamné, il fait appel et reste à la Région
oct. 02, 2026
Narcotrafic : le Grand Port verrouille ses quais
oct. 02, 2026