Le conflit au Moyen-Orient et la fermeture intermittente du détroit d'Ormuz depuis fin février 2026 ont fait flamber le prix du kérosène. Pour les compagnies aériennes qui desservent la Martinique, le carburant pèse désormais 40 % à 45 % des coûts d'exploitation, contre un quart avant la crise. Corsair a concentré ses annulations sur mai et juin, mois creux. Air Caraïbes, dans le même temps, a engagé un abondement de 75 € sur les bons LADOM aller-retour et trois fréquences hebdomadaires supplémentaires à l'été 2026. Le ticket Martinique se joue désormais à la marge.
Quarante-cinq pour cent. C'est, selon Pascal de Izaguirre, PDG de Corsair et président de la FNAM (Fédération nationale de l'aviation et de ses métiers), la part actuelle du kérosène dans les coûts d'exploitation d'une compagnie aérienne. Avant la crise, cette part oscillait autour de 25 %. Le bond est brutal, et il pèse mécaniquement sur les marges, les arbitrages de flotte et les politiques tarifaires. Pour les compagnies qui desservent la Martinique au long cours (Air France, Corsair, Air Caraïbes, French Bee), c'est un sujet de pilotage permanent.
L'origine de la flambée est documentée. Depuis le 28 février 2026, le conflit au Moyen-Orient s'est intensifié, et l'Iran a perturbé la circulation dans le détroit d'Ormuz, zone stratégique par laquelle transitent près de 20 % du pétrole raffiné mondial. Le baril de Brent a bondi de 24,4 % en avril 2026, atteignant 121,56 $. Le kérosène, dérivé direct du pétrole, a suivi la trajectoire. Pour les compagnies aériennes long-courrier, sans couverture systématique de toute la consommation, l'effet sur le compte d'exploitation est immédiat.
Ce que les compagnies ont décidé
Pour Corsair, l'arbitrage a été clair. Annuler certains vols sur mai et juin 2026, identifiés comme mois creux où le taux de remplissage prévisionnel ne permettait pas de couvrir les coûts opérationnels gonflés par le kérosène. Selon les chiffres communiqués par Pascal de Izaguirre, les annulations ont concerné moins de 2 % de l'ensemble des vols opérés par les compagnies françaises, et n'ont pas touché la haute saison estivale (juillet-août). Pour les voyageurs concernés, le réacheminement vers d'autres dates ou d'autres vols a été proposé, mais l'effet sur les agendas professionnels et familiaux a été réel.
Pour Air Caraïbes, l'arbitrage a été différent. La compagnie, attachée à sa mission historique de continuité territoriale entre la métropole et les Antilles-Guyane, a maintenu ses programmes. Mieux : à compter du 27 avril 2026, elle est la seule compagnie à proposer un abondement de 75 euros aller-retour pour les bénéficiaires d'un bon LADOM, qui vient en déduction du prix du billet. Le dispositif s'inscrit dans la continuité d'une action déjà engagée en 2025, où plus de 5 000 passagers ont profité d'un dispositif similaire entre avril et juillet.
Côté capacités, Air Caraïbes a confirmé pour l'été 2026 trois fréquences hebdomadaires supplémentaires au départ de Paris-Orly vers les Antilles, la Guyane et la Caraïbe, portant à 9 le nombre de destinations desservies. Fort-de-France conserve jusqu'à 16 liaisons hebdomadaires en haute saison. Le pari est de capter les passagers de la continuité territoriale et de profiter de la fenêtre laissée par les annulations Corsair.
Pour la Martinique, un ticket d'avion qui se joue à la marge
La question du coût du transport aérien est sensible en Martinique. Pour les ménages, qui voyagent en moyenne 1 à 2 fois par an pour des raisons familiales, professionnelles ou de santé, le prix du billet pèse lourd dans le budget. Pour les entreprises (envoi de cadres en métropole pour des formations, des salons, des missions), le coût des déplacements affecte les marges. Pour les hôteliers et acteurs touristiques, la baisse éventuelle du nombre de touristes en provenance de l'hexagone est un signal à surveiller en temps réel.
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